LA MAIN ET LE PIED. 8S
pied l'opposition est nulle ; il n'en fait pas plus que les rameurs chinois, les cavaliers nubiens ou les peintres privés de liras qui saisissent vn fléchissant les orteils en masse, ou en rapprochant le pouce du second orteil. Son pouce et ses orteils se bornent à embrasser comme les deux branches d'un crampon les deux côtés de la branche dans l'acte de grimper. Sa démarche ordinaire est l'obliquité, les jaml>es pliées, les bras allongés et un peu écartés pour atteindre le sol, les avant-bras en pronation et les mains fermées appuyant à la fois par le bord interne et la face dorsale de leurs phalanges. Les orangs qu'il nous a été donné d'observer marchaient les orteils repliés en dessous et le bord externe du pied appliqué contre le sol. 11 paraît toutefois que chez d'autres anthropoïdes la plante du pied touche quelquefois par toute son étendue et que les orteils se maintiennent étendus. Quant à l'attitude verticale, l'anthropoïde la prend souvent, mais accidentellement. Ainsi on a vu des gibbons courir sur le sol tout à fait debout, les bras élevés au-dessus de leur tète et rejetés en arrière pour déplacer évidemment leur centre de gravité d'une façon plus favorable. Le gorille fuit l'honuiie ; mais se trouvc-t-il subitement en sa présence ou a-t-il à proléger la retraite de sa femelle, qu'il fait face à l'ennemi aver une grande bravoure, se redresse, se frappe la poitrine et s'avance sur lui debout et la tète haute. Le chimpanzé se redresse souvent de la même façon. L'orang est .si apathique qu'il va presque toujours en se traînant.
En somme, l'anthropoïde est bipède, mais il a une disposition des pieds qui lui permet de marcher sur les arbres. Il est bimane, mais il s'aide de ses mains pour marcher comme nous le ferions nous-mêmes si, ayant les bras plus longs, nous voulions l'imiter. Son attitude dans son mode ordinaire de progression est plus voisine de la verticale que de l'horizontale, de la façon de l'homme que de la façon des quadrupèdes.
Pour nous résumer sur les mammifères terrestres : les membres postérieurs sont toujours disposés pour la marche, les membres antérieurs tantôt pour la préhension, tantôt pour la marche, souvent pour les deux. Les quatre membres remplissaient à l'origine un simple but de sustentation ; l'adaptation plus ou moins parfaite des antérieurs aux actes de toucher et de préhension est un caractère de perfectionnement, et s'il fallait à ce point de vue établir une échelle graduée, la série se succéderait comme il suit : les pachydermes et ruminants, les carnassiers en général, les kangourous, les singes ordinaires, les anthropoïdes et les hommes.
Taille.— Après avoir considéré le squelette dans ses parties, il reste à l'examiner dans son ensemble. La taille et le volume en anatomie comparée ont une valeur secondaire, les plus gros animaux côtoient les plus petits dans des genres voisins. Parmi les gibbons, par exemple, le siamaug atteint 1™,16, l'entelloïde 80 centimètres. Les autres anthropoïdes se rapprochent par là davantage de l'homme. Le chimpanzé aurait environ l^jSO, le?, deux ou trois espèces d'orangs de 1™,10 à 1™,60, le gorille de 1™,40 à l™,7o et plus. L'homme adulte en France a 1^,60 environ et varie partout le globe de 1 à 2 mètres au plus. Parmi les pithéciens, les cynocéphales sont généralement les plus grands; le nasique mesure 1™,10, le miothèque 30 centimètres. Les cébiens varient de 90 centimètres chez les brachyures, à '20 centimètres chez le ouistiti. Les lémuriens sont petits.
Comment comparer d'ailleurs des êtres les uns allant à quatre pattes, les autres demi-inclinés, à l'homme pai'faitement droit? Les formes générales ont plus d'intérêt. L'homme varie au point de mériter les épithètes de sveltc et élancé, ou de court et trapu ; il est maigre ou obèse, son cou est long ou court, son ventre rentré ou proéminent. Chez les anthropoïdes les différences sont considérables. Le sribbon est mince, allongé e
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adapté pour ragilité, se rapprochant en cela des semnopithèqucs; pour leur ressembler dans ses allures, il ne lui manque que la queue. L'oranjr, à l'inverse, est lourd, apathique, trapu ; il marche à pas comptés. Le gorille brille à son tour par le développement athlétique de ses formes, il lutte avec avantage même contre le léopard. Tous deux, orang et gorille, ont le ventre ditrormepar sa proéminence, ce qui est dû à leur régime herbivore ou granivore. Le chimpanzé, moins musculeux de Corme, moins gros, jouit comme le gorille d'une certaine vigueur. Les proportions du squelette ont une tout autre portée. Leur étude relève de Vostéoméirie, Tune des branches les plus riches d'espérance de Tanthropologie, et à laquelle se rattache la craniométrie, dont la mesure de Tangle facial, la direction du plan du trou occipital déjà étudiées sont des applications. L'ostéométrie elle-même n'est qu'une partie de ce qu'on doit appeler la zoomélrie, qui porte sur les animaux, par opposition à ïan- Ihropométrie, qui a l'homme pour objet.
Est-ce sur le squelette ou sur le vivant qu'il faut relever les proportions du corps? Telle est la question qui domine l'ensemble de l'ostéométrie. Sur le vivant, on a l'avantage de pouvoir rapporter chaque mesure à une unité de comparaison, comme la taille, lorsqu'on ne compare que les hommes entre eux, ou la colonne vertébrale, lorsqu'on étend la comparaison aux animaux, ce qui simplifie considérablement l'étude. Quelle que soit l'habileté d'un préparateur à monter un squelette, il règne toujours quehjue arbitraire dans la façon de rapprocher les os et de simuler les disques intervertébraux par des rondelles de cuir. Les os frais et les os secs sont différents; sur ces derniers, les cartilages sont desséchés, leur raccourcissement varie d'un squelette à l'autre d'un quantité impossible à prévoir. Lorsqu'il s'agit d'une seule extrémité osseuse, cette rétraction est légère ; mais porte-t-elle, comme à la main, sur les douze
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surfaces articulaires qui se succèdent du bout des doigts au poignet, elle devient considérable.
Sur le vivant, d'autre part, on ne peut reconnaître avec précision les points de repère, ou bien ils sont inaccessibles. Ainsi la véritable longueur du fémur ou de la cuisse dans l'attitude verticale, c'est la projection comprise entre un plan horizontal tangent à la face inférieure des deux condyles et un autre plan parallèle tangent au sommet de la tète fémorale. Sur le vivant, il n'y a pas d'artifice qui puisse le donner aussi bien; en bas, on trouve facilement Tinterligne articulaire du genou, mais en haut, faute de pouvoir atteindre la tète, on se contente du grand trochanter, dissimulé sous une épaisse couche de tissu celluloadipeux et dont on sent difficilement le bord supérieur. Au i;oude, au poignet, à l'épaule, il surgit des difficultés du même genre.
En un mot, sur le vivant on a l'unité de comparaison qui permet de tenir compte des différences naturelles provenant de la taille de l'individu, mais de mauvais points de repère, et sur le squelette des mesures parfaites, mais pas de terme certain de comparaison; un autre avantage des mesures sur le vivant, c'est de pouvoir être prises par les voyageurs en pays lointains sur un plus grand nombre de sujets.
Les anatomistes, en somme, ont employé les deux systèmes ou des termes moyens; les uns ont supposé le squelette bien monté et lui ont rapporté la longueur particulière de chaque os, les autres ont comparé les os entre eux sans se préoccuper de la rétraction des cartilages. Pour notre part, nous croyons qu'on c\agère l'arbitraire de la taille d'un squelette; l'engrenage des apophyses articulaires vertébrales oblige le préparateur à donner aux disques intervertébraux leur véritable épaisseur ; les causes d'erreur se limitent au dessèchement des cartilages, qui s'opère à la surface articulaire de ces apophyses comme ailleurs.