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SILLON DE ROLANDO

la regardant par son côté externe, le premier accident qui appelle le regard est encore la scissure de Sylvius qui a contourné le bord inférieur de l^hémisphcre et se montre sur sa face externe (A, fig. 16). Elle s'y partage en branches réunies en V, l'une antérieure, très-courte, qui se porte en haut et en avant, et se perd de suite dans le lobe antérieur; l'autre postérieure, la seule qu'on remarque à première vue d'ailleurs, longue, et qui se dirige obliquement en haut et en arrière, en laissant au-dessous d'elle un lobe cérébral volumineux, allongé et bien détaché, qui est le lobe temporo-sphénoidal que nous avons déjà vu par en dessous. La scissure de Sylvius répond sur le crâne dans sa moitié antérieure au bord supérieur de l'écaillé du temporal (Broca).

Aucune autre scissure de même importance ne se dessine ù la surface du cerveau, et l'on se demande comment on parvient à y établir quelque autre division fondamentale. Néanmoins, au milieu dessillons, si compliqué? en apparence, il en est un dont on a fait la ligne de séparation de cette surface en lobe antérieur ou frontal et lobe postérieur ou pariéto-occipital ; c'est le sillon de Rolando (B, fig. 16), Il est constant et le premier à se dessiner chez le fœtus après la scissure de Sylvius; sa situation et sa direction sont, dans tous les cerveaux sains, à peu près la même. 11 commence à quelques millimètres au-dessus de la scissure de Sylvius et s'élève verticalement, ou mieux, un peu obliquement en arrière pour atteindre, à quelques millimètres près, le bord supérieur de l'hémisphère. Son obliquité et sa situation sont indiquées par les deux rapports suivants. La longueur totale du cerveau étant de 100, la partie en avant est à la partie en arrière, comme 43,0 : 57,0 à l'extrémité inférieure du sillon, et comme 36,3 : 43,7 à son extrémité supérieure ; il en résulte que sa partie moyenne est sensiblement à égale distance des deux extrémités des hémisphères. M. Hamy estime de

110 LOBES CÉRÉBRA.UX.

son côté que Tinclinaison du sillon est d'environ 70 degrés chez Tadulte.

Gratiolet pensait que le sillon de Rolando répond exactement à la suture coronale sur le crâne ; mais M. Broca a établi que chez l'Européen il est toujours en arrière de 40 à 56 millimètres dans sa partie supérieure, en moyenne de 47 millimètres, et de 15 millimètres dans sa partie inférieure (1).

11 est un second sillon d'égale importance qui marque une nouvelle division à la face externe des hémisphères, c'est la scissure perpendiculaire externe (EE, fig. 16). 11 sépare le lobe pariéto-occipital en deux, le lobe pariétal et le lobe occipital, et répond sur le crâne à 2 millimètres près à la suture lambdoïde.

Pour le découvrir, il faut souvent aller à la recherche de son prolongement sur la face interne de l'hémisphère, à quelques centimètres de l'extrémité postérieure, où il prend le nom de scissure perpendiculaire interne. Son nom de perpendiculaire provient de ce qu'elle détache exactement de bas en haut la partie la plus reculée de l'hémisphère pour en faire un lobe occipital.

Ainsi 1° un lobe antérieur ou frontal, limité en arrière par la scissure de Sylvius et le sillon de Rolando ; 2° un lobe moyen ou pariétal compris entre ce dernier et la scissure perpendiculaire externe ; 3° un lobe postérieur ou occipital, situé en arrière de la scissure perpendiculaire ; et 4° un lobe inférieur ou temporosphénoïdal, sous-jacent à la branche longue et oblique de la scissure de Sylvius, telles sont les divisions appréciables à la face externe des hémisphères, Tout à Theure nous décrirons la face interne en même temps que ses circonvolutions.

Circonvolutions.— Lesactcs de transmission dans le cerveau,

(I) Sur la déformation toulousaine du crâne, par Paul Broca, in Bull. Soc.d'anthrop., 2» série, t. VI, 1871.

qu'il s'agisse de mouvements voulus, de certains mouvements réflexes, de sensations, ou de certaines phases des opérations inlellecluelles, ont pour siège les fibres dont l'ensemble forme la masse blanche centrale des hémisphères. Les actes d'initiative, de pensée, se passent au contraire dans la substance grise qui constitue l'écorce de ces hémisphères. Par conséquent, plus il y a de substance grise et de surface sur laquelle elle puisse se développer en couche continue, et plus les phénomènes vraiment intellectuels acquièrent de puissance. A cet effet, cette surface se plisse, se contourne de manière à multiplier son étendue. Tel est l'ofllce des circonvolutions, renflements allongés et tortueux séparés par des sillons plus ou moins profonds. De leur nombre et de la richesse de leurs flexuosités dépend l'activité cérébrale, plus encore que de la masse entière de l'organe. Mais que de difficultés à les décrire chez l'homme? C'est que dans leur complexité extrême elles se composent de parties fondamentales, constantes, mais aussi de parties secondaires et variables dont les modifications réagissent sur les premières. Le cerveau du fœtus estd'abordlisse, c'est-à-dire dépourvu de circonvolution , les plus importantes y apparaissent les premières, des flexuos'ités s'y ajoutent et la complication s'accroît avec Tàge en proportion du degré d'activité de l'organe. Soit une circonvolution rectiligne sur un sujet de médiocre intelligence, comme ce malade de Bicétre dont nous avons en ce moment le cerveau sous les yeux; la même sur un autre sujet à intelligence élevée se montrera tortueuse, multiple ou déformée par la pression des circonvolutions voisines très-dévcloppées ; les intervalles ou sillons en seront masqués.

Cependant, avec de l'attention et en étudiant d'abord des cerveaux de singes, de fœtus, d'enfants et d'idiots à circonvolutions simples, le chaos se débrouille. Desmoulinsle premier (1) attira

(1) Anatomie du système nerveux, par Â.Desraoulins, vol. II, 18-2Ô.

112 CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.

l'attention sur cette étude; les utopies des phrénologistes et les quelques résultats récents sur la localisation des facultés lui ont imprime un nouvel essor; aujourd'hui, grâce aux travaux de Gratiolet, d'Owen, de Turner, de BischofF, de Broca, d'Ecker, la lumière se fait. 11 ne s'agit que d'en tirer des applications à la science des phénomènes intellectuels comparés (1).

La surfaceexterne ou convexe du cerveau(fig. 1 6 et 1 8) regardée de profil est l'endroit par lequel il faut attaquer la description des circonvolutions. Considérons donc la scissure de Sjlvius, savoir : son fond et les parties au-dessous d'abord, puis au-dessus.

Le fond ne mérite de mention qu'au sommet du V; là, en écartant les deux lèvres, on découvre un assez fort mamelon appelé insula de Reil et aussi lobule central parce qu'il est dans le prolongement exact des pédoncules cérébraux ; il est occupé par cinq ou six petits plis qui rayonnent de son angle inférieur.

Sa région sous-jacente, ou lobe temporo-sphénoïdal, forme une grosse masse obliquement dirigée de bas en haut et d'arrière en avant et traversée dans le même sens par un sillon qui est parallèle à la scissure de Sylvius et que pour cette raison on appelle scissure parallèle (L) ; par son extrémité postérieure elle envoie un petit cul-de-sac au sein du lobe pariétal et un prolongement quelquefois vers le lobe occipital. Une seconde scissure se dessine au-dessous d'elle, mais bien moins importante. Les renflements intermédiaires portent le nom de première, seconde et troisième circonvolulions temporo-sphéiwïdales (H, 12 et 13), la troisième ou inférieure appartenant aussi bien à la face inférieure du cerveau.

(2) Sur la slniclure des circonvolutions, voir Recherches sur la structure de la couche corticale des circonvolutions, par M. Baillargir, in Méin. Acad. de médecine, 1840, t. VllI ; el l'arlicle Cerveau du Dict. encycl. des sciences médicales, par M. Paul Berger, 1^^ série, t. XlVr année 1875.

La région sus-jaccnte comprend à la fois le lobe frontal et le lobe pariétal séparés par le sillon de Rolando dont les deux

Fig. 16. — Figure schématique (Face externe du cerveau). — A, scissure de Sylvius ; B, sillon de Rolando ; C, scissure parallèle ; D, sillon interpariétal ; E, scissure perpendiculaire externe.

l' Première circonvolution frontale transverse, double; 2° seconde circonvolution frontale transverse ; 3° troisième circonvolution frontale transverse ; 40, 0° et 60, première, seconde et troisième circonvolutions du lobule orbitaire ou de la face inférieure du lobe frontal: 7° circonvolution frontale ascendante, ou ascendante antérieure ; 8» circonvolution pariétale ascendante, ou ascendante postérieure ; 9» lobule pariétal supérieur; 10° lobule pariétal inférieur, ou du pli courbe, 11° et 12° première et seconde circonvolutions temporo-sphénoïdales ; 13° troisième circonvolution temporo-sphénoïdale se continuant avec la troisième temporo-sphénoïdale de la face interne; 14° les trois étages du lobe occipital : a et 6, premier et second plis de passage réunissant les deux lobules pariétaux avec le lobe occipital ; b et c, troisième et quatrième plis de passage réunissant les deux dernières circonvolutions temporosphénoîdales avec le lobe occipital ; e, pli en anse appartenant à la troisième circonvolution frontale transverse.

It-vres forment deux des circonvolutions les plus apparentes de tout le système de la face externe. Dirigées comme le sillon qui

.\NTHR0P0L0G1E. 8

414 CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.

les sépare. Tune appartient au lobe frontal et prend le nom cl(» circonvolution ascendante antérieure (7), l'autre au lobe pariétal et est appelée c('rcom;o/u^îon ascendante postérieure (8).

Lelobc frontal, si important chez l'homme, puisque c'est laque résident ses plus hautes facultés, se compose tout d'abord de deux régions très-distinctes, l'une faisant partie de la face inférieure du cerveau, s'appujant sur la voûte orbitaire et que pour cette raison on appelle lobule orbitaire, et l'autre appartenant à la face externe ou supérieure, qui se loge dans toute la concavité que forme le front du côté de la boîte crânienne. Le lobule orbitaire peut, à la rigueur, être divisé en trois parties : Tune interne et longitudinale (6) resserrée entre le bord de l'hémisphère et le sillon du nerf olfactif et deux externes (4 et 5) séparées par un petit amas de sillons irréguliers, la plus externe se confondant avec la circonvolution frontale inférieure dont nous allons parler.

La seconde région, ou frontale proprement dite, se partage à son tour en deux parties : l'une occupée par la circonvolution ascendante antérieure ou frontale indiquée à l'instant et l'autre par trois circonvolutions antéro -postérieures, parallèles entre elles et perpendiculaires à la précédente (1 , 2 et .3). La supérieure, dédoublée dans son sens longitudinal, longe le bord supérieur de l'hémisphère, puis sa pointe, et rejoint par en bas le lobule orbitaire ou seulement la circonvolution suivante. Celle-ci, la seconde, ne présente rien de particulier ; la partie postérieure du sillon qui la sépare de la suivante répond sur le crâne, suivant M. Broca, à la ligne courbe temporale du pariétal. La troisième ou inférieure s'anastomose avec la voisine et se termine en arrière par un gros pli constant qui contourne en anse {e) la petite branche de la scissure de Sylvius et se jette dans la partie la plus déclive de la frontale ascendante.

Cette circonvolution frontale inférieure a un intérêt physio-

logique particulier en ce que dans sa partie la plus postérieure, au voisinage du gros pli en anse et dans ce pli même, siège la faculté du langage, à en juger par la sup|)rossion de cette fonction chaque fois que la région est touchée par un foyer apoplectique ou toute autre lésion aiguë, La faculté siège dans les deux hémisphères en cet endroit, maiss'exerce spécialement à gauche ; aussi n'est-ce guère que les maladies du côté gauche qui en amènent l'abolition (1).

Le lobe suivant ou pariétal, compris entre le bord de l'hémisphère en haut, la scissure de Sylvius et le lobe temporosphénoïdal en bas, et la scissure perpendiculaire en arrière, est formé par trois circonvolutions : la première ou ascendante postérieure a été décrite; la seconde, ou lobule pariétal supérieur (9), commence par une racine vers la partie moyenne ou la partie supérieure de la précédente, décrit une série de flexuosités verticales qui touchent au bord supérieur de l'hémisphère et forment ainsi un petit amas très-facile à voir; la troisième est au-dessous et séparée de celui-ci par un sillon transversal appelé scissure inlerpariélale (D); elle prend naissance à la partie inférieure de l'ascendante postérieure dans l'angle qu'elle fait avec la scissure de Sylvius, contourne la terminaison de cette scissure et donne lieu à un groupe de flexuosités verticales qui s'anastomosent tantùtavec la première, tantôt avec la seconde circonvolution temporo-sphénoïdale, tantôt avec les deux. C'est le lobule pariétal inférieur, ou lobule du pli courbe de Gratiolet ( i 0), appelé courbe parce qu'il embrasse dans une anse simple ou complexe non seulement la terminaison de la scissure de Sylvius, mais aussi la terminaison de la scissure parallèle. Une disposition spéciale est ici assez fréquente : la terminaison de cette scis-

(1) Sur le siège de la faculté du langage articulé, par P. Broca, in Didl. Soc. anthrop., Paris, 1861.

116 CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.

sure parallèle se bifurque et sa branche postérieure atteint la scissure perpendiculaire externe, qu'elle franchit même pour devenir l'un des sillons transverses du lobe occipital. Dans ce cas Tanse que forme le pli courbe persiste, mais va former ce que nous appellerons tout à Theure le second pli de passage, sans envoyer d'anastomose à la seconde circonvolution temporo-sphénoïdale. M. Gratioleta décrit à côté du lobule pariétal inférieur un pli marginal supérieur et un un pli marginal inférieur qui ne sont autres que les circonvolutions bordant l'extrémité de la scissure de Sylvius. Le premier est en effet la partie du lobule pariétal inférieurqui s'étend de sa jonction avec la circonvolution ascendante postérieure vers la fin de la scissure, et le second est la continuation de la première circonvolution temporo-sphénoïdale. Peu importe qu'en s'accroissant leurs flexuosités prennent plus d'importance, ce sont des cas individuels.

Le lobe occipital, le plus petit de tous, est formé de trois étages que séparent deux sillons antéro-postérieurs. La scissure perpendiculaire externe le sépare du lobe pariétal et du lobe temporo-sphénoïdal , scissure difficile à retracer exactement chez l'homme parce qu'elle est en partie comblée ou masquée par quatre plis de communication avec les lobules voisins dont l'étude offre un grand intérêt sous le nom de plis de passage [a, b, c et d). Le premier ou supérieur de Gratiolet vient du lobule pariétal supérieur; le second, ou inférieur, du lobule pariétal inférieur; le troisième, plus bas, de la seconde circonvolution temporo-sphénoïdale, et le quatrième, dissimulé au bord inférieur du cerveau, de la troisième circonvolution temporosphénoïdale. La dénomination de plis de passage est d'ailleurs employée en bien d'autres cas, elle est synonyme de communication ou d'anastomose de deux circonvolutions reconnues fondamentales à l'aide d'une circonvolution intermédiaire.

Nous serons plus court sur la face interne de l'hémisphère,

adossée à la faux du cerveau, sur la ligne médiane (fig, 17). Lorsqu'on durcit et dessèche un cerveau par le procédé de M. Broca (acide nitrique) (Ij, l'organe se ratatine davantage dans son sens transversal, et ce qui formait la partie concave de la face inférieure en arrière, se présente de côté comme faisant partie de la face interne. C'est ainsi que nous étudierons les deux faces réunies.

Au centre se voit d'abord le corps calleux, voûte allongée qui recouvre les ventricules et se termine en avant par un renflement appelé genou dont le point le plus déclive est le bec, et en arrière par un autre renflement appelé bourrelet. Vers son extrémité postérieure se voit ensuite une fente rendue béante par la préparation qui est la scissure perpendiculaire interne déjà décrite; elle détache de cette face un lobule triangulaire formant la portion du lobe occipital regardant de ce côté, et que limite en bas un sillon dit sillon des hippocampes. Toute la portion située au-dessous et à gauche de ce sillon sur la figure n'est autre que la face interne (en partie inférieure) du lobe temporo-sphénoïdal. Un premier sillon transverse très-net et un second qui lui est parallèle, moins sensible, partagent cette région en trois circonvolutions (6, 7 et 8), la supérieure se recourbant en crochet à son extrémité antérieure pour contourner la scissure circumpédonculaire, et l'inférieur ne faisant qu'un avec la troisième temporo-sphénoïdale de la face externe.

En avant du lobule triangulaire se dégage ensuite un lobule quadrangulaire (Foville) très-bien arrêté, qui est simplement le côté interne du lobe pariétal supérieur, se prolongeant en bas jusqu'auprès du corps calleux et délimité en arrière par la scissure perpendiculaire et en avant par ce que nous allons dire.

(f) Procédé pour la momification des cerveaux, par M. Paul Broca, in Bull. Soc. anthrop., 1865, t. VI.

t]S CIRCONVOLUTIONS CÉRÉBRALES.

Un petit lobule ovalaire (Pozzi) doit encore être mis de côté, il est situé en avant du précédent, accolé au bord supérieur de l'hémisphère et formé par la jonction regardée par la face interne, des deux circonvolutions.ascendantes, antérieure et posbTieure de sa face externe.

Fig. 17. — Figure schématique (Face interne du cerveau). — a, genou du corps calleux; b, bourrelet du corps calleux; c, coupe des pédoncules cérébraux. A, scissure fronto-pariétale ; B, scissure perpendiculaire interne ; S, scissure de Sylvius; H, sillon des hippocampes.

1° Première circonvolution frontale interne se continuant avec la première de la face externe ; 2° seconde circonvolution frontale interne ; 3° lobule ovalaire; 4° lobule quadrilatère ou pariétal interne ; 5° lobule triangulaire ou occipital interne ; 6° et 7°, première et seconde circonvolutions temporosphénoîdales internes ; 8° troisième circonvolution temporo-sphénoîdale interne se continuant avec la troisième de la face externe; 9» circonvolution du corps calleux ou de l'ourlet.'

Tout ce qui reste de la face interne se partage enfin en deux parties, l'une supérieure et antérieure, qui fait partie du lobe frontal, Tautre inférieure et appuyée au corps calleux auquel il

faut la rattacher. Du reste, un sillon profond les sépare dans toute leur étendue ; il commence au-dessous du bec du cor|)s calleux, contourne son genou à une petite distance parallolenient à la voûte et s'en écarte ensuite pour gagner obliquement le bord supérieur de Thémisphère en séparant le lobule ovalaire du lobule (luadrilatère. Une circonvolution unique dite du corps calleu.v est concentrique à cette scissure, et continue, lorsque celle-ci s'en éloigne, à suivre le corps calleux pour constituer la base du lobule quadrilatère et s'anastomoser linalement avec la première circonvolution temporo-sphénoïdale.

La portion excentrique à la scissure ci-dessus, qui a la forme d'un S dont la première anse embrasse le genou du corps calleux et la seconde le lobule ovalaire, est la portion interne du lobe frontal, disons-nous. Dans toute sa longueur curviligne elle présente un sillon interrompu qui la divise en deux étages ou deux, circonvolutions dont la supérieure n'est autre que la première circonvolution frontale de la face externe vue par sa face interne.

Le nombre el la nature des circonvolutions fondamentales peuvent en somme se résumer dans la forme suivante:

Face externe.

; l lobule orbitaire. 3 circonv. longitudinales (A).

Lobe frontal.. ' 1 lobule frontal pro-l 1 circonv. ascendante (D).

' prement dit. | H cire, antéro-post. (A', B).

Lobe pariétal, il circonvolution ascendante (D).

{ 1 lobule supérieur (E). ■•

' 1 lobule inférieur.

Lobe occipital. 3 circonvolutions antéro-postérieures. Lobe temporo-

sphénoïdal.. 3 circonvolutions parallèles ((j).

Face interne, l'inférieure du lobe •postérieur comprise.

Lobe frontal 2 circonvolutions curvilignes allongées (B').

T , -., , (1 lobule ovalaire (?) (D').

Lobe pariétal < * ' ^ '

( 1 lobule quadrilatère (E').

Lobe temporo-occi- \ \ lobule triangulaire.

pito-sphénoïdal.. . . ) 3 circonvolutions parallèles (C).

Corps calleux 1 circonvolution curviligne.

N. B. L'une des circonvolutions est commune en A et A', l'une de celles en B et B', et l'une de celles en C et C également. D' dépend de même de D et D. Les deux tiers supérieurs de E' dépendent aussi de E. Le lobule ovalaire est neutre et peut se rattacher aussi bien au lobe frontal, comme sur la figure 17.

Un détail inattendu de l'histoire des circonvolutions sur lequel insiste M. Broca, est leur défaut de symétrie d'un côté à l'autre chez les individus les mieux partagés. Des circonvolutions simples, se développant sans entraves et par là semblables dans les deux hémisphères sont un caractère d'infériorité, soit chez l'homme, soit dans la série des mammifères. Bichat avait donc tort lorsqu^'il attribuait les aberrations intellectuelles à l'asymétrie du cerveau. Sa propre autopsie a du reste prouvé le contraire (I).

Les différences que présente l'encéphale des mammifères avec le type humain qui précède, portent sur le volume relatif des parties principales, sur quelques détails intérieurs, sur l'absence ou le nombre des circonvolutions et sur le poids.

Lorsqu'on regarde tout le système encéphalique par sa face

(I) Sur les circonvolutions, voir surtout Traité de l'anatomie physiologique et pathologique du système nerveux cérébro-spinal, par Foville, 1" partie, Paris, 1844. — Mémoire sur les Plis cérébraux de l'homme et des primates, par Graliolet, Paris, 1853. — Mémoire sur /es Plis du cerveau, par M. Bischoff, in Bull. Soc. anlhrop., '2« série, t. IV, année 1869. — Mémoire cité sur les Primates, par M. Broca, 1869. —

CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES. 12t

supérieure, ou s'aperçoit que les hémisphères chez les marsupiaux et les monotrèmes laissent à découvert en avant les renflements dits bulbes olfactifs, qui ont chez la plupart des mammifères l'importance de lobes, et en arrière la plus grande partie des tubercules quadrijumeaux, ou lobes optiques et le cervelet. Sur d'autres animaux, comme le fourmilier, le rat, le lièvre, la chauve-souris, les lobes optiques cessent d'être visibles, mais les lobes olfactifs et le cervelet sont encore en entier exposés au regard. Sur d'autres et jusqu'aux singes exclusivement, les premiers sont masqués tandis qu'une quantitéplus ou moins grande du cervelet reste visible. Chez les lémuriens cet organe dépasse encore un peu les hémisphères. Chez les. pithéciens et les cébiens, le cervelet est le plus généralement de niveau. Chez les anthropoïdes et chez l'homme non-seulement il a disparu, mais ce sont les hémisphères qui a leur tour le dépassent plus ou moins.

La forme du cerveau se modifie aussi. Plus ou moins allongée dans son ensemble ou ovoïde à petite extrémité antérieure, sa région frontale est rétrécie, parfois comme étranglée, puis devient globuleuse etacquiert son maximum de plénitude chez l'homme. Les derniers vestiges de cette atténuation se voient en avant, sousl'aspect d'une disposition en pointe, ou en 6ec, de l'angle interne, antérieur et inférieur de chaque hémisphère, plus ou moins prononcée chez les pithéciens, moindre chez les anthropoïdes et ordinairement nulle chez l'homme.

The Convolutions of human cerebrum topographically considered,, parTurner, Paris, 18G6. — Zur Eniwicklungsgeschichte der Furchen nnd Windungen der Grosshirn-Hemispharen in Fôtus der Menschen,, par Ecker, in Archiv fur Anthropologie, 186S. — Eludes sur les circonvolutions chez l'homme elles singes, ^av J. Gromier. Thèses de- Paris, 1874. — kvWcXt Circonvolutions , i\\x Dict. encycl. des sciences médicales, par S.Pozzi, l^^ série, t. XVII, 1875.

Sous ces deux rapports, les anthropoïdes sont plus voisins de l'homme que des autres singes.

Pour la structure interne, la première différence est Tahsence du corps calleux chez les marsupiaux et les monotrèmes, ainsi que dans les classes de vertébrés au-dessous, tandis qu'il existe chez tous les autres mammifères. L'aqueduc de Sylvius, simple canal percé au-dessus des tubercules quadrijumeaux chez rhorarae et la plupart des mammifères, est une cavité ou mieux un ventricule supplémentaire chez le kangourou. Les cornes antérieure et moyenne des ventricules latéraux existent chez tous les mammifères; la corne postérieure ou occipitale est spéciale à Thomme, aux singes, aux phoques et aux marsouins. M. le professeur Owen avait pensé que l'absence de cette corne chez les anthropoïdes, du petit hippocampe qui en dépend et du lobule occipital dans lequel elle est creusée, constituait un caractère distinctif qui séparait le singe de l'homme. Un examen plus attentif en a décidé autrement. Par là encore^ l'homme et les anthropoïdes sont semblables.

De même a-t-on cherché une caractéristique de l'homme dans la présence des tubercules mammillaircs, petits corps arrondis situés à la base du cerveau, et dont l'usage est inconnu. Vain espoir ! Le chimpanzé, l'orang, le gibbon, le mône les possèdent.

Les circonvolutions manquent chez les poissons, les reptiles et les oiseaux. Elles font défaut chez un grand nombre de mammifères, sont médiocrement développées chez d'autres et le sont beaucoup chez plusieurs, comme le marsouin et l'éléphant. M. Owen a proposé d'en faire la base d'une classification en quatre ordres : les hjencéphales, qui ont le cerveau lisse et les lobes optiques découverts ; les lissencéphales, à cerveau lisse encore, mais à lobes optiques cachés ; les gyr encéphales, à circonvolutions peu abondantes, et les archencéphules, dans lequel ne figure que l'homme. Mais les autres traits de Torganisation

CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES. 123

tie inarchont pas parallèlement avec ces caractères et la qua- (rième classe est toute théorique (1).

Erasistrate écrivait jadis que les circonvolutions sont plus nombreuses chez riiomme, parce qu'il remporte par l'esprit et ie raisonnement. A. Desmoulins, précisant davantage, disait, en 182b, que le nombre et la perfection des facultés intellectuelles dans les espèces comme chez les individus, sont en proportion de l'étendue de la surface des hémisphères et quecelle-ci est en raison directe du nombre et de la profondeur des circonvolutions. -M. Darcste émit une autre proposition, ce serait en raison de la taille que se développeraient les circonvolutions, les petites espèces étant celles qui ont le plus souvent le cerveau lisse. Gratiolet se chargea de le réfuter : l'homme et après lui Torang, le chimpanzé, le phoque, l'ours, le chien, î'éléphant, ont les circonvolutions le plus compliquées, tandis que les insectivores, les rongeurs, les marsupiaux, généralement moins intelligents, les ont peu apparentes ; la taille ou le volume du corps sont étrangers à la question, le plus petit chien a plus de circonvolutions que le plus gigantesque kangourou, le phoque plus que le bœuf. 11 y a des exceptions, mais faciles à expliquer. Le but à atteindre pour répondre à une plus grande activité, c'est la multiplication de la substance grise corticale des hémisphères ;les moyens employés sont : 1° l'augmentation de la masse cérébrale et par conséquent de sa surface, toutes choses égales ; 2° l'augmentation des plis et replis qui permettent à une plus forte proportion de substance grise de se déposer dans une même étendue ; 3° l'accroissement de celle-ci en épaisseur et son amélioration en qualité. Tant qu'on ne tiendra pas compte de tous ces éléments, on ne peut s'étonner

(1) The Ânatomy of Vertébrales, vol. III, Mamuals, par R. Owen, Londres, 1868,

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des exceptions, mais le fait général persiste : le développement des circonvolutions et le degré d'intelligence sont en raison directe chez les mammifères. Attachons-nous aux singes. De l'ouistiti le plus inférieur des cébiens, qui a le cerveau lisse et une trace seulement de scissure de Sylvius, jusqu'à l'homme, toutes les nuances se rencontrent. Déjà chez les sagouins se montrent quelques circonvolutions. Le nombre en augmente rapidement chez les cébiens les plus élevés et chez les pithéciens. Tout à coup chez les anthropoïdes et presque sans transition, elles se présentent telles que nous les avons décrites chez l'homme. Toutes les circonvolutions fondamentales y sont, le type est le même et les différences ne portent que sur des parties secondaires, sur le degré de flexuosité, sur ce qui varie de même chez l'homme et y est individuel (1).

Quelques détails nous paraissent utiles sur le degré simien, intermédiaire au type humain et aux types inférieurs des cébiens.

La face orbitaire du lobe frontal, aplatie chez l'homme, est excavée chez les pithéciens ; le sillon du nerf olfactif manque ; l'anse qui termine en arrière la circonvolution frontale inférieure est rectiligne, ce qui a son intérêt au point de vue de la faculté du langage; la circonvolution frontale supérieure est simple

(I) « Entre le cerveau lisse des ouistitis et le cerveau merveilleusemeut compliqué des cliimpauzés et des orangs, il y a un abîme, dit M. Broca, tandis qu'il n'y a que de légères nuances dislinctives entre ce dernier et celui de l'homme. » Et plus haut : « La niasse énorme et si compliquée des circonvolutions de l'homme... se compose toujours des mêmes plis fondamentaux, unis par les mêmes connexions et séparés par les mêmes sillons. Ces circonvolutions primaires, ces parties essentielles, communes et seules communes à tous les cerveaux humains, se retrouvent, sans aucune exception, sur les cerveaux de l'orang et du chimpanzé (celui du gorille est mal connu). » [Mémoire sur les primates.)

comme chez la Vénus hottentote de Cuvicret l'idiot étudié par Gratiolet, tandis que chcxTorang et le chimpanzé elle est double comme chez l'homme. Le lobule pariétal inférieur ou du pli courbe mérite mieux ce dernier nom, en ce sens qu'il commence plus en avant et contourne plus visiblement les angles postérieurs de la scissure de Sj'lvius et de la scissure parallèle. Le lobule pariétal supérieur est très-diminué en particulier chez

Kig. 18. — Cerveau, vu par sa face externe, d'un pithccien, la guenon, ou cercopithèque à collier (figure empruntée aux Leçons de M. Vogt).

F, lobe frontal ; T, lobe temporo-sphénoïdal ; O, lobe occipital ; S, scissure de Sylvius ; R, sillon de Rolande ; V, scissure perpendiculaire externe ; AA, circonvolution frontale ascendante ; a 1, a 2, a 2, première, seconde et troisième circonvolutions frontales transverses ; a, lobule orbitaire; BB, circonvolution pariétale ascendante donnant naissance transversalement au lobule pariétal supérieur, et au lobule pariétal inférieur ou du pli courbe ; ce dernier contournant à la fois la scissure de Sylvius et la surface parallèle comme sur la figure 16 ; C et C, première et seconde circonvolutions temporo-sphénoïdales externes, séparées par la scissure parallèle.

les cynocéphales ; il forme chez le chimpanzé et l'orang un lobule aussi important que chez l'homme. La partie externe de la scissure perpendiculaire est plus ouverte et plus visible par suite de l'absence ou de la situation plus profonde des plis de passage de cette région. U s'ensuit que le lobe occipital, dans

CIRCONVOLUTIONS CEREBRALES.

sa partie supérieure, projette au-dessus d'elle un opercule dont le degré de saillie constitue un caractère décroissant d'infériorité. Le lobule central, très-plissé chez Thomme, un peu chez Torang et le chimpanzé, est lisse sur la plupart des pithéciens et des cébiens et manque chez les lémuriens comme, du reste, chez tous les autres mammifères.

Fig. 19. — Cerveau, \'u par en haut, du même pithécien. L, grande scissure médiane du cerveau, séparant les deux hémisphères ; R. sillon' de Rolando; V, scissure perpendiculaire; K. opercule dépendant du lobe occipital, qui s'avance au-dessus d'elle ; AA, circonvolution ascendantefrontale; B, B, circonvolution ascendante pariétale; i', lobule pariétal supérieur; 6', 6', lobule du pli courbe ou pariétal inférieur; a', bec de l'encéphale.

Le lobe occipital et ses plis de passage méritent une mention particulière. Son volume est en rai.son inverse en général du nombre de ses circonvolutions. Presque entièrement lisse sur le cynocéphale, chez le macaque et la guenon il contraste si fortement avec le reste de sa surface cérébrale, que Gratiolet l'y a comparé à une calotte. Chez quelques semnopithèques le contraste

diminue, une un deux incisures se montrent, la complication commence avec le gibbon et est bien près d'être identique, chez le chimpanzé et Torang, à ce qu'elle est chez l'homme. Les deux plis de passage inférieur existent toujours ; plus grêles (•i>ez les pilhéciens et le gibbon, ils sont épais chez l'homme et les anthropoïdes. 11 n'en est pas de même des supérieurs qui sont profonds, c'est-à-dire peu apparents, ou superficiels (dans le premier cas on dit volontiers qu'ils manquent). Les deux existent, c'est-à-dire sont dans le dernier cas chez les atèles, les semnopithèques, les gibbons, l'orang et l'homme. Le supérieur manque ou est caché au fond de la scissure perpendiculaire chez le chimpanzé, le macaque et le cynocéphale. Les deux sont profonds chez les guenons. La question n'est pas toutefois résolue par tous les anthropoïdes; M. Turner, par exemple, pense que le premier pli de passage a existé sur la plupart des chimpanzés jusqu'ici étudiés ; deux fois le second était superficiel. 11 n'est donc pas prouvé que parce point même les anthropoïdes diffèrent de l'homme. Le cerveau du gorille est encore mal connu, mais on en sait assez pour affirmer qu'il est notablement inférieur à celui des trois autres anthropoïdes.

Si les différences jusqu'ici constatées dans la morphologie du cerveau entre l'homme et les animaux ne sont pas ce qu'on serait en droit de supposer, en revanche celles qui portent sur sa masse ou son poids ont de quoi satisfaire les partisans les plus jaloux des prérogatives humaines, ainsi qu'il a déjà été établi à propos de la capacité crânienne.

Le poids absolu de l'encéphale varie chez l'homme adulte et sain d'esprit de 1 830 grammes, qui est le poids du cerveau de Cuvier, à 872, qui est celui d'une femme boschimane, étudié en Angleterre par M. Marshall; mais ce sont des faits excei»tionnels. La moyenne, à l'âge de trente à quarante ans, dans la race blanche el lorsque l'organe a atteint son maximum de crois-

sance est de i 410 pour les hommes et de 1 262 pour les femmes suivant Wagner, de 1 424 pour les hommes et de 1 272 pour les femmes suivant Huschke. Ce poids absolu varie, du reste, suivant la taille, le sexe, Tàge, l'intelligence et la profession. Ré- ■sumons rapidement les principaux résultats acquis sur ces points afin de ne plus avoir à y revenir (i).

Les sujets de haute taille ont l'encéphale plus lourd ; cinq sujets choisis dans ces conditions et ayant en moyenne i^,14: avaient un cerveau de 96 grammes plus lourd que cinq sujets petits en moyenne de i",63. La différence de poids répondait exactement, d'ailleurs, à la différence de taille : elle était de 6 pour 100 dans Tune et l'autre série. Résultat sensiblement le même chez la femme.

Le cerveau est plus léger chez la femme que chez l'homme. Le premier pesant 100, le second pèserait H 2, toutes choses égales, suivant Huschke. Cette différence n'est pas imputable à ce que la taille est habituellement plus petite. Parchappe a établi que la taille de la femme était à celle de l'homme comme 92,7 : 100, tandis que le poids de leur cerveau serait comme 90,9 : 100. Le cerveau est donc réellement plus léger chez la femme, ajoutons qu'il en est ainsi à tous les âges.

Les tableaux dressés par M. Broca, avec les matériaux de Wagner et portant sur 347 pesées de cerveaux sains, établissent que cet organe s'accroît jusqu'à l'âge de quarante ans, qu'il est stationnaire jusqu'à cinquante et décroît ensuite. Audelà de soixante ans les hommes avaient perdu 5,7 pour 100 du

(1) Sur le poids du cerveau, par Lélut, in Journ. des conn. mêdicochirurg., t. V, Paris, 1857. — Recherches sur l'encéphale, par Parchappe, Paris, 183G. — Ueber die typischen Verschiedenlieiten der Windungen der Hemisphàren und uber die Lehre vom Hirngewicht, von Rud. Wagner, Gôl'.ingen, ISCO. — Discussion sur le cerveau, par Broca, Craliolel, Daresle, elc, in Bull. Soc. anthrop., vol. Il, année 1861.

poids maximum et les femmes 4,7. Gratiolct a démontré que le crâne do l'enfant est plus allongé à sa naissance, qu'il s'élargit ensuite aux régions temporales et que son développement se continue en haut et en avant. 11 doit en être de même du cerveau. Le cerveau s'accroît, toutes choses égales, en proportion de l'activité vasculaire dont il est le siège. Ainsi s'explique que le cerveau de certains criminels ou aliénés soit très-volumineux. Mais de tous les genres d'activité, celui qui est conforme à la destination de l'organe a le plus d'efficacité. Telle est l'activité phy.«iologique dont la résultante est l'intelligence. Les pesées faites par Lélut, Parchappe, Wagner le démontrent. Les manouvriers étudiés par Parchappe avaient la tète plus forte que « ses hommes distingués ». Les internes de l'hôpital de Bicètre mesurés par M. Broca étaient dans le même cas, par rapport aux infirmiers. La capacité des crânes de la ville de Paris a augmenté du douzième au dix-neuvième siècle d'une quantité qu'il est permis de rapporter aux progrès de la civilisation. Cette capacité crânienne est plus grande dans la race blanche, moindre dans les races nègres en général, moindre encore dans les plus inférieures d'entre elles. Les cerveaux d'idiots, de déments sont plus petits et moins lourds dans les établissements d'aliénés que ceux des employés et des malades ordinaires ou en proie à un délire aigu. Le poids énorme du cerveau de Cuvier est à lui seul un argument. Celui non moins remarquable, quoique moins exagéré, des cerveaux d'Abercrombie, de Bruce, de Dupuytren et des autres personnages éminents réunis par Wagner, ne l'est pas moins. C'est parce que la femme a moins d'activité cérébrale à déployer dans la sphère de ses attributions que son cerveau est plus léger ; aux âges passés, il était relativement plus gros dans la Lozère, parce qu'elle y partageait avec l'homme le fardeau de la vie extérieure.

La vérité est que le poids du cerveau augmente avec l'usage

ANTimOPOLOGIE. 9

qu'oa fait de cet organe, avec certaines professions ; en un mot, avec le degré de l'intelligence.

Le poids absolu et moyen du cerveau humain à son maximum de croissance est en somme de 1 400 grammes en nombres ronds pour les hommes et de \ '250 grammes dans les mêmes conditions pour les femmes. A quelques exceptions près, c'est le plus lourd de la série des mammifères. Nous citerons plus bas des chiflrcs ; ils auraient toutefois peu de valeur pour la plupart des animaux, si l'on ne tenait compte de la taille ou du poids du corps. Chez l'éléphant le poids du cerveau est estimé à 1 oOO ou \ GOO grammes, assure M. Sappey, et chez le dauphin à 1 800 grammes, et cependant, rapporté au poids du corps, il serait comme 1 : oOO chez le premier et comme 1 : 100 chez le second, tandis que la môme proportion chez l'homme est comme 1 : 36 suivant Cuvier, et comme 1 : 52, suivant Colin. L'observation est juste, mais les chiffres nous sont suspects, car le cerveau d'un jeune éléphant d'Asie offert au laboratoire de M. Broca pesait le double, savoir: 3 080 grammes. Raison de plus pour tenir compte de la taille de l'animal. Dans la liste publiée pap Cuvier, le poids du cerveau étant de 1, celui du corps est de 48 à lOo chez les singes ordinaires, de 97 à 365 chez les carnassiers, de 320 à 800 chez les marsupiaux, de 730 à 800 chez deux bœufs, etc. Sur un gibbon le même chiffre est de 48 pour Leuret et sur un autre du laboratoire de M. Broca, de 18,7(1).

Fort heureusement que, pour les trois anthropoïdes supérieurs qui nous intéressent le plus, la comparaison avec l'homme peut se faire directement. S'ils sont en moyenne un peu plus petits, ils sont en revanche plus gros, en sorte que la masse du corps se correspond sensiblement. L'anthropoïde est même en

(1) Voir Analomie du système nerveux, par Leuret, vol. 1, 1S59.

POIDS DU ckrvp:let. i:n

général un pou plus volumineux, ce qui l'obligerait, toutes choses égales, à avoir un cerveau plutôt plus gros. 11 est vrai qu'on n'a pas eu d'occasion de peser des cerveaux frais d(; grands singes, mais on estime ce poids assez convenalilement par la capacité crânienne (1). M. Huxley pense que le poids du cerveau du gorille peut alteindre de coltc façon rj67 grammes, et M. Broca porte à ")40 grammes celui dont il a cubé le crâne avec ^I. Alix. Pour notre part, nous estimerions que la moyenne, sans avoir égard au sexe, serait au-dessous de 47o chez le gorille et bien plus bas pour l'orang et le chimpanzé.

On a cherché à mesurer aussi les proportion? relatives des diverses parties de l'encéphale.

Ainsi M. Baillarger a évalué l'étendue de la surface des circonvolutions recouvertes de substance grise : elle était de 1 700 centimètres carrés chez l'homme et de 2A centimètres chez un lapin. M. Hermann Wagner a employé un autre procédé et a calculé ensuite le rapport de la superficie occupée dans chaque lobe à la superficie totale du cerveau. Il est à craindre que ces essais ne donnent jamais de résultats sérieux, mais il faut les encourager. Voici les moyennes des rapports obtenus par M. Hermann Wagner :

Homme. Orang.

Lobe frontal 43,5 36.8

— pariétal 10. 9 25.1

— temporal 21.8 19.6

— occipital 17.8 18.5

Surface totale 100.0 100.0

Il y a plus à attendre du rapport du cervelet aux hémisphères. Le poids du premier est de 179 grammes chez Ihomme

(!) Cependant M. Owen a posé un cerveau frais de gorille ; il était de 15 onces = 425?, 19.

et de 147 grammes chez la femme, suivant Parchappe, et de 170 aussi chez l'homme suivant Lélut. Ce poids exprimé par i, celui des hémisphères est de lo,o chez l'homme et de 13,9 chez la femme pour Parchappe et de 15,5 aussi chez l'homme, pour Lélut. Le même terme se succède comme il suit chez les animaux : saimiri, li; mone, 8; magot, papion et coïta, 7; ouistiti, 6,3; maki, 4,5; gibbon, 4,4; parmi les singes et hérisson, 12 ; lièvre, 1 1,3 ; bœuf, 9 ; cheval, 7; mouton, 5; souris, 2, parmi les autres mammifères (Leuret). 11 en résulte que le cervelet humain est le plus léger par rapport au poids du cerveau, et que si l'on mettait trois cas de coté sur les quarante-quatre de Leuret, l'homme se trouverait privilégié par là comme par le poids entier de l'encéphale.

On a essayé de comparer ensuite le poids de l'encéphale avec celui delà moelle== 1,0; mais l'opération n'a pas été poursuivie sur l'homme. Les chiffres suivants, empruntés à M. Colin, ont trait à cette question et aux précédentes sur les animaux domestiques (1) :

Poids Poids Poids des deux Poids

de du corps, hémisphères, de Tencéphale,

l'encéphale, encépli =1. cervelet=l. moelle=:l.

15 chevaux entiers.. 633 633 6.9 2.3

13 juments 398 383 7.4 2.3

17 chiens 8:5 212 8.5 4.7

3 chats 28 106 6.1 3.4

3 bœufs , 309 648 8.2 2.4

4 ânes 368 332 7.2 2.9

3 porcs 123 639 7.3 2 3

L'une des conclusions de M. Colin mérite d'être rapprochée de celle à laquelle était arrivé M. Dareste. Les petites espèces ont

(1) Traité de Physiologie comparée des animaux, par J. Colin, 2 vol., Taris, 1871.

MP:NSURAT10NS CÉRÉIiRALES. US

lo cerveau plus dcveloppL^ que les grandes; la souris, par cxeuiple, a, par rapport à sou corps, plus de cerveau que riiomme, et treize fois autaut que, le cheval, ouzc fois autant que Téléphant, voilà ce que dit M. Colin. Les petites espèces ont plus souvent le cerveau lis^c, conclut M. Dareste. Les deux propositions se complètent mutuellement. Les circonvolutions ont moins de tendance à se produire dans les petites espèces, en supposant le fait démontre, parce que leur cerveau est i)lus volumineux; c'était supcrthi. C'est ainsi que l'organisation atteint le même résultat par des procédés différents.

Sœmraering enfin a imaginé de comparer le cerveau avec les nerfs qui en partent. Le volume relatif du premier serait plus considérable chez iliomme, les singes viendraient après. Le plus gros cerveau de cheval que j'aie pesé, dit-il, avait 1 livre et 7 onces et le plus petit d'homme 2 livres et 5 onces un quart ; néanmoins les nerfs de la base étaient dix fois plus gros chez le premier, quoique la différence de poids de leur cerveau fût de 14 onces un quart au moins.

Des mensurations directes ont enfin été pratiquées sur le cerveau des animaux. Sœmmering et Ebel ont comparé la largeur du bulbe rachidicn, à son union avec la protubérance annulaire avec la largeur maxiuia du cerveau. Leuret a pris les dimensions et la situation relatives du corps calleux et du cervelet. Cuvier a donné la largeur, la hauteur et la longueur maximum du cerveau sur trente-huit mammifères. Leuret s'est attaché à la largeur par rapport à la longueur, les deux mesurées non plus sur le cerveau, mais à rintérieur de la cavité crânienne, méthode très-recommandable, lorsqu'on se sert des instruments spéciaux imaginés par M. Broca et permettant de mesurer tous ses détails sans abîmer la pièce par une coupe quelconque. Dans un premier groupe comprenant le kangourou, le cochon d'Inde et le castor, les deux diamètres sont égaux; dans un second, occupé

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