USURE DES DENTS
Le cràni; en main, avec cette liste, il sera généralement facile de reconnaître l'âge avant dix-huit ans ; quelquefois, dans l'intervalle de deux éruptions, il faudra rechercher au fond de Talvéole, ou juger au soulèvement de la face antérieure du bord alvéolaire du temps qu'il reste à la dent prochaine avant de sortir. A l'autre extrémité de la vie, lorsque les dents tombent naturellement, une estimation inverse sera également utile; on verra de combien l'alvéole s'est fermée ou comblée. Les molaires tombent les premières; du nombre de leurs alvéoles vides, du degré d'atrophie des arcades alvéolaires et enfin des caractères séniles déjà indiqués du maxillaire inférieur on déduira Tàge probable.
Il est un autre moyen que donne l'examen des dents; c'est leur usure. Les temporaires aussi bien que les permanentes s'usent, mais celles-ci davantage en raison de leur plus grande durée. Les molaires et les canines sont généralement les plus atteintes, mais dans les races inférieures ou préhistoriques l'usure intéresse souvent les incisives aussi et peut aller jusqu'à la moitié ou les quatre cinquièmes de leur hauteur. M. Broca établit à cet égard 4 degrés : au premier l'émail est seul entamé ; au deuxième les tubercules de la couronne ont disparu et l'émail est mis à nu ; au troisième une partie de la hauteur de la dent est atteinte; au quatrième l'usure arrive presque au collet. Ce dernier degré se voit dans la vieillesse, mais est plus souvent le résultat de coutumes particulières comme de mâcher le bétel (les Malais). Les tubercules de la première molaire s'entament de très-bonne heure parfois, dès le début de Tàge adulte. Ceux de la seconde molaire résistent déjà plus.
En somme le diagnostic de l'âge d'un crâne se réduit à un calcul de probabilité dans lequel on fait intervenir toutes sortes de considérations qui se balancent ou se suppléent mutuellement. L'état des sutures se prononçant dans un sens, l'usure des
dents dans un autre ou les caractères de la mâchoire inférieure, on prendra la moyenne. A deux ou cinq ans près on se trompe peu, abstraction faite de la période de vingt-deux à trente-huit ans, qui est plus difficile.
Caractères distinctifs des dents. — iSous ne pouvons abandonner ce chapitre des dents sans résumer les éléments à l'aide desquels l'archéologue ou lanthropologiste pourra retrouver l'alvéole à laquelle une dent détachée se rapporte. Les dents de la seconde dentition nous intéressent le plus à cet égard. Les quatre sortes de dents se reconnaissent de suite : les incisives sont à bord tranchant, les canines ont une pointe unique et conique, les petites et grosses molaires une couronne plate et tuberculeuse. La difficulté est de savoir à quelle mâchoire et à quel côté elles appartiennent.
D'une manière générale les dents supérieures sont plus volumineuses que les inférieures, à l'exception des grosses molaires, où c'est souvent l'inverse. Le volume permet aussi de reconnaître les incisives d'une même mâchoire ; les moyennes supérieures d'une part, les latérales inférieures de l'autre sont les plus grosses. Les canines supérieures sont non-seulement plus grosses, mais plus longues.
Le second caractère a une certaine valeur. La courbe que décrit l'arcade dentaire supérieure est plus étendue que l'inférieure et a ses branches postérieures déjetées en dehors, tandis que celles de l'arcade inférieure sont déjetées en dedans. Il en résulte que les deux arcades ne se rencontrent pas exactement, les incisives supérieures passant un peu au-devant des inférieures et la couronne des molaires supérieures débordant en dehors la couronne des molaires sous-jacentes. C'est donc par le côté interne à la mâchoire supérieure et par le côté externe à Tinférieure sur une ou plusieurs molaires que commence l'usure ; il arrive même, à un degré avancé^ que le plan de cette usure
devient oblique en dedans pour les dents supérieures et oblique en dehors pour les inférieures. D'autre part le bord trancliant des incisives inférieures se taille en biseau aux dépens de leur face antérieure, ce qui les fait aisément reconnaître.
Le troisième caractère concerne toutes les dents, mais surtout les incisives et les canines, puis les petites molaires. Des deux faces latérales de la dent, l'une, l'interne ou antérieure, est relativement plane et bien verticale, l'autre, l'externe ou postérieure, est reuQée, bombée et de [ilus tant soit peu tuberculeuse relativement, au voisinage de sa couronne (Colignon).
Le quatrième caractère est tiré des tubercules pour les molaires, ce qui précède suffisant pour les incisives et les canines. Ces tubercules sont au nombre de deux sur les petites molaires, le plus gros étant en dehors; la rainure ([ui les sépare est peu profonde aux supérieures et parfois interrompue par un vestige de troisième tubercule aux inférieures. Les grosses molaires ont quatre tubercules séparés par un sillon en croix et par exception cinq. La dent de sagesse n'a quelquefois que trois tubercules, deux externes et un interne ; ou bien sa couronne offre une disposition en S dont la branche postérieure commence en dedans et dont la branche antérieure se termine en dehors en se repliant sur elle-même. En réalité, ses tubercules offrent la même disposition que la grosse molaire voisine, mais d'une façon moins nette et comme rudimentaire.
Les racines fournissent le dernier caractère dont nous parlerons. Les petites molaires en ont habituellement une seule, sauf la seconde supérieure, qui souvent en a deux. Les grosses molaires inférieures ont deux racines l'une antérieure, l'autre postérieure, et les supérieures au moins trois, une interne et deux externes. Aux grosses molaires inférieures la racine qui est en arrière est de beaucoup la plus volumineuse; aux supérieures c'est la racine intermédiaire qui est la plus forte. La
loO OSSIFICATION DES OS LONGS.
dent de sagesse a le même nombre de racines que les molaires voisines, mais généralement soudées en une ou en deux. Dernier caractère : les racines de toutes les dents, mais surtout des incisives, des canines, puis des petites molaires ont le sommet de leurs racines déjetées en dchore et en arrière, dans ladirection du trajet de Tarca^le (Colignon).
Ajoutons que la première grosse molaire tend à ressembler à une petite molaire par sa couronne et la première petite molaire à une canine. La première grosse molaire est la plus forte, la troisième la plus basse de couronne.
Quant aux. dents de la première dentition, elles se reconnaissent aux traits suivants: elles sont d'un blanc bleuâtre ou azuré et non d'un blanc jaunâtre comme celles de la seconde dentition. Les incisives et canines sont plus petites et ont les racines plus courtes. Les deux molaires de lait sont au contraire plus grosses que les deux petites molaires permanentes ; elles sont raulticuspidées, savoir : trois tubercules en dehors et deux en dedans, et non bicuspidées; leur aspect rappelle davantage les grosses que les petites molaires à venir.
Etant donné la tète seule, il est donc assez facile d'en déterminer l'âge. Etant donné le reste du squelette, sinon quelques os isolés, on arrive au même résultat.^es signes sont encore tirés de l'évolution des parties.
Ossification des os longs. — Ainsi à la fin de la quatrième semaine de la vie intrautéi'inc apparaissent les points d'ossification de la clavicule, puis de la mâchoire inférieure, du trentecinquième au quarantième jour ceux du fémur, de l'humérus, du tibia, du maxillaire supérieur, des vertèbres et des côtes, vers le cinquantième jour ceux du crâne dont il a été question, de l'ooaoplate, etc. Dès lors se produit de proche en proche Icxtension de l'ossification, les points des extrémités ou épiphyses des os longs se réunissent entre eux, puis à celui du
SOUDURE DES ÉPIPHYSES. 151
corps ou diaphyse. Certes, la longueur do ro> fournit quelques aperçus de l'à^e, mais les données suivantes sont préférahles. Les époques iudiciuées représentent la moyenne des variations observées et publiées par les auteurs.
Vers o ans le scaphoïde le plus tardif des os du tarse est ossifié. li ans le pisiforme le plus tardif du carpe est ossifié. 14 ans les trois pièces de l'os iliaque sont réunies.
14 ans l'extrémité inférieure du radius est réunie au corps.
15 ans l'extrémité supérieure du cubitus est réunie au corps. 15 ans le petit trochanter du fémur est réuni au grand.
15 ans l'apophyse coracoïde se réunit à l'omoplate.
16 ans le calcanéum est ossifié dans toutes ses parties.
17 ans le grand trochanter est réuni à la tête du fémur.
17 ans tous les points de lextrémité inférieure do l'humérus sont réunis.
17 ans les épiphyses des phalanges des doigts s'unissent au
corps.
18 ans re,\trémité supérieure du fémur dans son entier se
réunit au corps.
18 ans l'extrémité inférieure de l'humérus s'unit au corps. 18 ans l'extrémité inférieure du tibia est unie au corps.
18 ans l'extrémité inférieure du péroné est unie au corps.
19 ans les épiphyses des métatarses s'unissent à leur corps.
19 ans l'extrémité supérieure de l'humérus s'unit au corps.
20 ans les épiphyses des métacarpiens se soudent au corps. 20 ans l'extrémité inférieure du fémur s'unit au corps.
20 ans l'extrémité inférieure du radius s'unit au corps. 20 ans l'extrémité inférieure du péroné s'unit au corps. 20 ans l'extrémité inférieure du cubitus s"unit au corps. 20 ans le corps du sphénoïde s'unit au corps de l'occipital. 20 ans la rotule est complètement ossifiée. 20 ans les vertèbres sacrées se soudent entre elles. 45 ans l'appendice xiphoïde se soude au sternum. o5 ans le coccyx se soude au sacrum.
]1 a été dit que le corps se développe pendant le cours de la vie fœtale plus rapidement que la tète. Les membres, dit M. Sap-