‹ L'anthropologieChapitre 77 sur 209 · IDIOTIE · texte numérisé non relu

IDIOTIE

savoir regarder la vérité quelle qu'elle soit, les plus belles de nos manifestations, celles dont nous sommes le plus fiers, sont le produit d'un organe, comme la bile est le produit du foie, comme le mouvement est le résultat des contractions du cœur. Un cerveau bien portant, bien fait, donne le jugement et les vues élevées ; un cerveau anémié, malade, diminué, engendre l'inverse. La qualité et la quantité de l'organe, la qualité et la quantité du produit, le tout subordonné au caprice des circonstances extérieures, voilà ce qui distingue l'homme de la brute. Si la folie et la démence sont du ressort exclusif de la médecine, l'idiotie intéresse l'anthropologie. Elle nous montre parfois le cerveau d'un degré en arrière et se rapprochant davantage de celui de Tanimal.

Les causes immédiates de Yidiotic sont multiples. Tantôt le cerveau conserve son volume ordinaire, mais ses circonvolutions sont relativement grosses, peu flexueuses ; les fondamentales sont régulièrement conformées, mais les secondaires ou variables avec l'individu sont réduites à leur plus simple expression sur un ou plusieurs points. Tantôt le cerveau est hypertrophié, au contraire, et ses circonvolutions, simples comme précédemment, sont tassées et donnent lieu parfois à des empreintes à la surface du crâne. Tantôt il est plus petit dans son ensemble, ou spécialement dans l'une de ses parties, ses circonvolutions se trouvant encore en état d'infériorité. L'atrophie, dans un cerveau d'idiot que nous montra le docteur Mierzejewki, portait sur les lobes pariétaux et occipitaux et laissait à découvert le cervelet entier, comme chez le kangourou; le plus souvent cependant elle s'opère aux dépens des lobes frontaux.

Ces lésions en apparence contradictoires expliquent que Parchappe n'ait pas trouvé de différences de poids sensibles entre les cerveaux sains et les cerveaux d'aliénés. On est fou par excès

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comme par défaut de vitalité, mais si l'on mettait de côté les cas d'aliénation ai^'ué et d'hydrocéphalie, il est certain qu'on arriverait à un tout autre résultat. L'atrophie cérébrale est la règle à une certaine phase, cr! qui ne veut pas dire que la boîte crânienne suive le retrait de son contenu; elle ne le peut plus. Cependant nous estimons à la simple inspection des 520 crânes d'aliénée* de la collection d'Esquirol (le cubage n'en a pas encore été fait), et en négligeant seulement les hydrocéphales, que leur capacité moyenne est inférieure au chiffre ordinaire (1). Si l'on pouvait s'y tenir aux idiots le fait serait sûr.

Parmi les idiots se rangent ces malheureux, communs dans toutes les montagnes du globe, sous le nom de crétins. La cause véritable du crétinisnic n'est pas connue, mais quelle singulière maladie se produisant sous l'influence des conditions extérieures sur le cerveau de l'enfant quelquefois encore dans le sein de sa mère! Leur tète est généralement grosse, leur figure vieillotte, leur nez profondément enfoncé à sa racine, ce qui a donné lieu à la théorie dont nous parlerons bientôt (2).

Microcéphalie. Que le sujet soit réellement idiot ou n'ait qu'une diminution générale de l'intelligence comparable à celle déjeunes enfants, tous les cas, en somme, dans lesquels le cerveau n'a pas atteint un certain degré de développement à l'âge adulte ou la cavité crânienne une capacité donnée, portent le nomde, microcéphales. M. Broca les a partagés en demi-microcéphales et microcéphales proprement dit-s.

Sont demi-microcéphales, dit-il, tous les crânes non déformés d'Européens adultes dont la capacité est inférieure à 1 100 centimètres cubes et la circonférence horizontale moindre

(1) Cette admirable collection, unique dans son genre, a été offerle au laboratoire de M. Broca, par MM. Baillarger. Moreaii et Luys.

(2) Voir Traité des maladies mentales, par Greisenger, traduction de M. Baillarger. Paris, 1864.

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que 430 millimètres. La longueur et la largeur sont moins décisives ; cependant on peut tenir pour demi-microcéphales les crânes dont la première est de 16o millimètres et la seconde de 1 34 chez Thomme ou la première de 1 60, et la seconde de 1 30 chez la femme. Nous renvoyons aux chapitres VIII et IX pour les chiffres ordinaires dans les crânes normaux. Mais, suivant le degré de diminution de la boîte crânienne, ces mesures peuvent descendre considérablement plus bas, ce qui nous amène à parler des microcéphales vrais.

La microcéphaUe est généralement considérée comme un arrêt de développement du cerveau, dont M. Yogt fixe l'époque probable vers le deuxième mois de la vie intra-utérine, du moins dans certains cas.

L'organe, en Fabsence de toute complication, continue à croître, mais d'un mouvement plus lent et inégalement. Son poids atteindrait 4 et oOO grammes, d'après M. Delasiauve; on en connaît cependant de 360 et même de 240 grammes (Marshall). L'atrophie porte ordinairement sur les lobes antérieurs, quelquefois davantage sur les lobes postérieurs au contraire. Le cervelet est plus gros, suivant Gratiolet, par rapport aux hémisphères et les circonvolutions sont celles d'un fœtus de cinq mois. La capacité de la cavité crânienne était de 333 centimètres cubes chez deux microcéphales de dix à quinze ans, de M. Vogt, et de 433 chez sept autres adultes du même auteur (1). M. Montané donne le chiffre moyen de 440 pour six sujets de tous âges provenant en partie du Muséum, en partie du laboratoire de M. Broca (2). Cependant, trois sujets de vingt à trente ans pris à part dans cette même série et mesurés par M. Broca lui-même, ne cubaient que 414 centimètres cubes.

(l) Mémoire sur les microcéphales, par Cari Vogt. Gen'eve, 1867. < (2) Elude anatomique du crâne chez les microcéphales, par L. Montané. Thèse inaugurale. Paris, 1874.

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Le corps reste nain ou continue à se développer; il atteint ainsi la piiherté et en présente tous les attributs sans pouvoir se reproduire ; tel était le cas des deux microcéphales exhibés par deux fois à Paris sous le nom d'Aztèques, à cause

Fig. 20. — A, Maximo, et B, Bartola, deux microcéphales, originaires de 1" Amérique centrale, à cbevelure eu vadrouille des Cafusos, variété de métis d'Indiens et de nègres.

de leur provenance supposée. L'homme, âgé de trente-deux ans, avait l™,3o, la femme, âgée de vingt-neuf ans, 1™,32. Leur intelligence était à peine celle d'un enfant de trois ans ; leur langage se réduisait à une quinzaine de mots qu'ils lançaient par saccades.

La conséquence du défaut de développement du cerveau est l'exiguïté du crâne, surtout dans la région frontale, ce que montrent les figures ci-jointes des deux Aztèques. La région faciale, qui s'accroît régulièrement, du moins davantage , paraît , au contraire, volumineuse ; les globes oculaires, par suite de l'atrophie du front, sont rejetés en haut et un peu cachés sous la paupière inférieure ; le nez, du moins dans ces deux cas, est très-saillant ; ils sont très-prognathes, leur mâchoire inférieure est plus petite que la supérieure, en sorte que l'arcade alvéolaire est en retrait de la supérieure de 2o miUimètres (1).

(1) Voir la discussion Sur les microcéphales à l'occasion de notre

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