DÉFORMATIONS ARTIFICIELLES
Elles se pratiquaient dans l'enfance sur l'un et l'autre sexe, et quelquefois sur l'un seulement, le masculin. Tantôt l'enfant était attaché sur une planche ou dans son berceau, ou maintenu sur les genoux le coude appuyé sur son front. Tantôt on lui pétrissait la tète avec les mains, ou l'on appliquait deux planchettes serrées l'une sur le front l'autre sur l'occiput. Ou bien on se servait de plaquettes en terre glaise, ou de bandes en 8 de chiffre, dont une anse allait du front à une hauteur variable de l'occiput et l'autre du bregma ou un peu en arrière au-dessous du menton. Habituellement enfin on y ajoutait des bandes circulaires qui forçaient le crâne à s'allonger en arrière ou en haut et maintenaient les côtés.
Chaque peuple ou chaque tribu ou famille avait ses variantes propres; aux environsde l'ile de Vancouver, en Amérique, on observe trois types de déformations absolument différents. L'enfant devait en mourir souvent ; d'autres fois il vivait, mais avec une diminution non douteuse deses facultés intellectuelles. Cependant, d'une manière générale, l'intelligence ne semble pas en être atteinte autant qu'on pourrait se l'imaginer, et la capacité crânienne est peu diminuée. Le cerveau ne s'accommode pas à une compression rapide, mais résiste admirablement à une compression progressive, partielle. On s'est demandé si par le temps la déformation devient héréditaire. 11 est généralement admis que non, mais pour notre part, nous ne sommes pas convaincu que certaines brachycéphalies ethniques n'aient pas cette origine.
Gosse admet dix espèces de déformations crâniennes (1) qu'il réduit à cinq pour l'Amérique, et M. Lunier sept (2). Nous les
(1) Gosse, Essai sur les déformations artificielles du crâne. Paris, S53, et Des anciennes races du Pérou, iii Bull. Soc. anthrop., t. I.
(2) Lunier, Nouv. dicl. de méd. et de chir. pratiques, article Déformations ARTIFICIELLES DU CRASE.
DEFORMATION CUNEIFORME RELEVEE. 107
réduirons à deux genres comportant des variétés, savoir : 1" les cas dans lesquels le diamètre antéro-postérieur est diminué au profit des diamètres transverse et vertical et 2" ceux dans lesquels le môme diamètre est allongé. Qu'il y ait asymétrie ou symétrie dans la déformation, peu importe ! Si l'asymétrie était quelquefois recherchée, le plus souvent elle paraît provenir de ce que l'opération était mal conduite, rarement elle devait être volontaire. Le crâne nese soumet pas de bonne grâce à ces manœuvres contre nature, sa nutrition en est profondément troublée, quelques sutures s'ossifient, le cerveau pousse du côlé qui lui offre le moins de résistance ; il n'en faut pas davantage. Les pressions principales varient moins de siège quon ne le croirait et ce qui cause les variations dans chaque genre c'est plutôt l'étendue de la surface pressée, son point précis, l'intensité des pressions et contre-pressions qui s'opposent et les entraves que les compresses et bandes accessoires apportent au refoulement du crâne.
Dans le premier genre de déformations ces pressions principales sont au nombre de deux, l'une portant sur toute la hauteur de l'occipital et le dépassant quelquefois dès qu'un premier degré d'aplatissement s'était produit, l'autre sur la totalité du front. Lorsque celle-ci est faible et largement répartie et la première forte et bien localisée le résultat le plus simple est ce que M. Lunier appelle la déformation occipitale ou à occiput vertical, observée sur les côtes du Pérou, chez quelques Puelches, sur l'une des tribus de l'archipel de Vancouver et en Malaisie. La déformation quadr angulaire rencontrée dans l'Amérique du Sud, chez les Paws de Morton en est un perfectionnement. La pression sur le front augmentant on a la configuration élargie et plus ou moins élevée, à laquelle Gosse a donné le nom de cunéiforme relevée ; elle caractérise les Nahuas et leurs descendants comme les Natchez et les Chinooks de l'A-
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mérique du Nord et dans une autre partie du monde les Taïtiens. Sa variante la plus célèbre est la têle trilobée ou en trèfle de rile de Sacrificios dans le golfe du Mexique ; une bande partie de l'occipital s'élevait sur la ligne médiane et se bifurquait à moitié de la suture sagittale pour gagner les fosses temporales. Les choses i^estant dans le même état, si la pression frontale i'emonte plus haut et empiète sur le bregma la saillie en ce 'îernier point s'efface, on n'a plus que les deux lobes pariéto-ocoipilaux ; c'est la tcte cordiforme dont le laboratoire de M. Broca possède de beaux échantillons parmi les crânes anciens d'Ancon (Pérou î .
Dans le second genre, le point essentiel c'est que la pression occipitale ne porte plus que sur la région sous-iniaque ou fait absolument défaut ; la pression frontale produisant tout son effet le crâne s'allonge. Dans la généralité des cas une pression à l'aide de bandes s'opérait en outre en arrière du bregma, ce qui produisait une bosse à sou niveau. Son trait le plus remarquable est l'aplatissement du front auquel certains peuples ont donné le nom de di-formation du courage ; dans le genre précédent le front tendait à s'élever et à s'élargir. Dans celui-ci il s'allonge et se rétrécit. L'une de ses conséquences aussi est de déprimer le plafond des orbites et de relever les globes oculaires t-n les faisant saillir. Ses variétés sont la cunéiforme couchée de Gosse, très- accentuée chez les anciens Caraïbes des Antilles, chez les Guaranis septentrionaux et dans quelques tribus de la côte occidentale de l'Amérique du Nord auprès de l'île de Vancouver [i] ; la symétrie allongée de Morton, en usage chez les anciens Aymaras et qui ne diffère de la précédente que par
(I) C'est d'après MM. Gosse et Limier que nous plaçons ici les Caraïbes et les Yaiicouvers^ car les crânes de ces tribus que nous avons étudiés rentrent dans le groupe de la déformation des Nahuas, des Ghinooivs et des Tolonaques de l'île de Sacrificios. quoiqu'elle mérite le