DÉFORMATION TOULOUSAINE
sa régularité relative et sa forme presque cylindrique, et la macwcéphalie d'Europe, qui en se décomposant a produit la variété annulaire de Foville et la bilobée observée dans les Deux- Sèvres par M. Lunier. Dans l'annulaire appelée encore (/p/'«rj/(«tion toulousaine (lig. n" 23), une bande presse sur le front et va prendre son point d'appui sur la nuque, cc.qui étrangle lu
Fig. 23. — Déformation artiîiciello du crùne dile toulousaine.
partie moyenne du crâne et en rejette la partie postérieure en arrière et en haut. Dans la bilobée, ou m besace, ou kUnocéphale, il y a étranglement aussi, mais la bande appuie sur l'arrière du bregma et va s'attacher sous le menton, en sorte que le crâne postérieur est repoussé directement en arrière et que sa voûte forme une ligne sensiblement horizontale et même déprimée en son milieu, d'oii sa comparaison avec une selle (i). 'La macro -
nom de cunéiforme couchée. Tous se rallachent aux Flatheads de Morlon.
(2) Voir aussi la Déformation allongée el cylindroïde dont l'annulaire est une variété, in Anatomie du système nerveux de Foville, Paris, 1844.
200 DEFORMATION DES AYMARAS.
céphalie primitive est la réunion des deux, de façon que sur le vertex il y a deux dépressions séparées par une éminence à l'endroit du bregma ; la compression du front y est toutefois plus étendue et joue le premier rôle.
Gosse décrit encore, sous le nom de déformation nasale l'aplatissement des os propres du nez pratiqué chez les Botocudos ; une déformation mongoloïde ou naso-pariétale propre aux anciens Huns et à quelques Kirghis et quelques autres variétés d'un moindre intérêt.
L'une des déformations les plus célèbres est celle des anciens Aymaras, les plus anciens Péruviens connus. Elle est si caractéristique, qu'à première vue elle permet de diagnostiquer les crânes de cette provenance. Et cependant elle présente de nombreuses variantes que nous réduirions volontiers à trois. L'allongement est leur caractère commun, essentiellement produit par une pression sur le front si forte, que l'os en est enfoncé à l'endroit des bosses. Dans une première variété le crâne est littéralement couché en arrière du trou occipital et au-dessous de son plan horizontal. Un crâne quile représente bien dans noire pensée avait 191 millimètres de longueur, alors que chez les Parisiens cette longueur est de 180 millimètres; la portion en arrière du trou occipital le dépassait de 110 millimètres. Quelquefois, dans cette variété, le crâne est moins couché, on sent que quelque chose déjà soutenait la région sous-occipitale. Dans une seconde variété, la plus caractéristique, Tocciput est soutenu davantage et en même temps l'action des bandes circulaires empêchant les côtés de s'élargir se fait plus sentir. L'extrémité la plus reculée se dispose en pain de sucre à la faveur d'une bande qui va du bregma à l'occiput ; un rétrécissement correspondant se produit et enfin, dans une série de degrés, toute la masse postérieure du crâne se relève peu à peu. A un dernier degré exceptionnel le diamètre vertical est décidément
agrandi. Le crâne auquel nous faisons allusion n'a plus que no millimctres de longueur, mais une hauteur de 147 millinièlros, tandis que sur celui de tout à l'heure cette hauteur était de 137 millimètres. Dans une troisième variété moins soignée comme déformation, toute trace de bande latérale a disparu, la pression frontale persiste presque seule, les parois se renflent au-dessus des trous auditifs et tout le crâne postérieur rappelle la grosse extrémité d'un œuf.
Ces variations devaient être les unes accidentelles et les autres volontaires pour distinguer une tribu d'une autre, et cependant dans toutes on saisit une intention commune qui est la caractéristique des Aymaras et qui les sépare tout de suite des gens d'Ancon, appartenant à notre avis à l'une des races conquérantes, dérivant des Toltèques et plus loin des Nahuas de la Floride. Et pourtant, malgré le cachet particulier de cette déformation, certains cas d' Aymaras ressemblent, à s'y méprendre à certains d'Europe qu'on doit fiiire rentrer dans le groupe des macrocéphales.
Conclusions. — Arrivé à ce terme de notre première partie,
c'est-à-dire de rhomnie considéré zoologiquement et comme
groupe compacte, il nous reste à répondre à la question posée en
ommençant : Quelle place occupe-t-il dans la classification des
mammifères?
Certes, on ne saurait trop le répéter, l'homme se détache d'une façon merveilleuse de la série des êtres, et règne à juste titre sur tout ce qui a vie sur notre planète. Mais anatomiquement, il faut bien le reconnaître aussi, il ne présente pas de différences sérieuses avec ses plus proches voisins zoologiques, les singes anthropoïdes; ce sont les mêmes organes, à part quelques nuances secondaires; ses organes des sens, ses pieds, ses
mains, son bassin, son thorax, son cœur, sont configurés coraïuc les leurs, son cerveau est identique, sauf par le volume. Physiologiquement, il en est de même : ses fonctions s'accomplissent, se répètent presque sans modification ; ses maladies sont semblables ; la seule différence réside dans la quantité et le degré de coordination de ses attributs intellectuels, dont l'ensemble lui assure le jugement, la raison, l'intelligence.
Un professeur émérite raconte , que se trouvarit un jour abandonné sur le mont Blanc, à la station des Grands-Mulets, il mesurait du regard la profondeur de l'abîme qui le séparait de Chamounix, et que le glacier des Bossons rendait infranchissable. Et cependant des guides intelligents y avaient découvert une multitude de sentiers invisibles, qui reliaient les deux points et assuraient leur communication. Telle est, dit-il, la nature de l'abîme qui sépare l'homme des animaux.
La comparaison est séduisante, mais peu correcte. Les traits qui relient l'homme aux animaux sont visibles pour tous, personne n'aurait songé à les contester s'ils n'eussent troublé la sérénité des légendes passées. Les caractères de transition, les retours accidentels vers un degré moins avancé d'organisation, la similitude parfaite de bien des organes, leurs variations simplement en plus ou moins, tout démontre l'unité de composition, pour nous servir du mot de Geoffroy Saint-Hilaire. Que serait-ce donc si les témoins des phases intermédiaires nous eussent laissé leurs restes, et si nous nous ne trouvions pas en présence de faits accomplis?
Quoi qu'il en soit, Thonirac forme aujourd'hui un groupe circonscrit auquel il convient de donner une dénomination en vue de la classification.
A toutes les pages précédentes, nous avons constaté l'existence d'abord d'un type général propre à tous les mammifères, c'està-dire d'un ensemble de caractères communs à l'homme et à
CONCLUSIONS. 20;i
tous les (|uailrupèdcs qui les distingue collectivement d'avec le» oiseaux ou les reptiles; il semble réellement que tous aient été fondus dans un même moule, cl retouchés diversement après coup. Kous altachanL spécialement au groupe des singes, nous avons noté entre eux une physionomie de parente qui les sépare nettement des groupes voisins, et il ne nous a pas été difficile de constater que l'homme s'en rapprochait plus qu(r de celui des carnassiers ou des ruminants.
Dans ce groupe nous avons ensuite remarqué une série de tjpc,^ dissemblables : un premier d'abord, celui des lémuriens, peu homogène, mal délimité et donnant la main d'une part à quel- <iues chéiroptères et insectivores, et de l'autre aux sujets les moins accusés d'un second type bien arrêté cette fois et déjà perfectionné, comprenant les cébiens ou singes du nouveau continent ; puis un troisième type se détachant nettement du précédent et dans lequel nous avons trouvé un nombre croissant de traits de ressemblance avec l'homme, savoir les pithéciens ou singes de l'ancien continent.
Jusque-là les types se succédaient en suivant une gradation marquée, mais ici après les pithéciens il y a un saut, ils ont moins de ressemblances avec les anthropoïdes qu'avec les cébiens. Le type des anthropoïdes est effectivement très-accentué,. mais c'est avec Thomme qu'ils présentent le plus grand nombre depoints communs. A chaque instant précédemment notre conclusion se résumait ainsi : tel caractère est identique chez les singes proprement dits et chez les quadrupèdes, et se modifie chez les anthropoïdes pour ressembler, au degré près, à ce qu'il est chez l'homme.
En un mot, le type des caractères change des pithéciens aux anthropoïdes, le degré des caractères varie seul des anthropoïdes aux hommes.
Leurs différences se réduisent en effet à deux d'inégale im-
portance : l** l'anthropoïde se tient tantôt debout, tantôt à quatre pattes, mais dans ce cas il se sert de ses membres antérieurs comme de mains, ainsi que nous le ferions nousmème, et non comme de pieds ; Thomme au contraire ne va que debout. Les différences de leur squelette, de leurs muscles, de leurs viscères, de la direction du regard en dépendent ; 2° l'autre caractère a plus de valeur : le cerveau de l'homme est trois fois plus gros que celui de l'anthropoïde. Le développement de ses facultés intellectuelles, de sa faculté du langage et de son angle facial en sont la conséquence. Tout le reste dans l'organe est identique, sa structure, ses circonvolutions, etc.
A part ces deux points, on ne découvre plus que des ressemlances entre le type humain et le type général des anthropoïdes, et cependant il est impossible de dire que l'un de ceuxci ressemble plus particulièrement à l'homme.
Le gibbon doit être mis de côté. Par ses circonvolutions cérébrales et l'ensemble de sa colonne vertébrale, il est réellement supérieur, mais par les proportions de ses membres, l'étroitesse de son bassin, la disposition de ses muscles, ses traces de callosités aux fesses et ses allures du vivant, il établit la transition aux pithéciens.
L'orang occupe une place également défavorable par quelques caractères anatomiques qui lui sont propres, par les proportions de son squelette, par ses pieds et ses mains défectueux, mais il se relève par ses circonvolutions cérébrales, par son angle facial, par le nombre de ses côtes, par ses dents et peutêtre aussi par son intelligence.
Le chimpanzé a pour lui la richesse de ses circonvolutions cérébrales, les proportions de son squelette, la disposition de ses fémurs surtout et la physionomie générale de son crâne.
Le gorille enfin a en sa faveur le volume du cerveau, la direction de son regard, la taille, les proportions générales de ses
membres, la disposition de ses muscles, de sa main-, de son pied, de son bassin, mais il a treize paires décotes, une colonne vertébrale défectueuse, des sacs laryngers, un diastème et des canines fort longues.
Pour notre part nous penchons pour le chimpanzé, mais il faudrait attendre que les espèces en soient mieux connues.
Ainsi ; 1" un type général commun à tous les mammifères ; 2" un sous-type général commun à tous les singes proprement dits, à l'anthropoïde et à l'homme ; 3° un type particulier commun à ces deux derniers ; 4° le type humain : tels sont les éléments sur lesquels doit se baser la disposition hiérarchique des divisions zoologiques. Le fait le plus saillant de cette conclusion a déjà été mis en évidence dans le cours d'une célèbre discussion qui eut lieu en 1869 au sein de la Société d'anthropologie. La question de doctrine ayant été soigneusement mise de côté, il fut établi que les anthropoides sont analomiquement plus rapprochés de Vhomme que des singes suivants. Par conséquent la séparation à établir au faite de la série qui va des singes inférieurs à l'homme ne peut logiquement se placer entre l'anthropoïde et l'homme, mais entre l'anthropoïde et les singes dits ordinaires. Ce qui conduirait à la classification de M. Huxley : l" l'homme et les anthropoïdes ; 2° les singes de l'ancien et du nouveau continent; 3° les lémuriens.
Mais il faut nécessairement établir une profonde séparation entre l'homme et les anthropoïdes. Quoique leur type commun ne diffère que par des degrés, celui qui intéresse le cerveau a une portée si considérable, que la scission devient forcée. Mais pour être juste il faut de même séparer les singes de l'ancien continent de ceux du nouveau, qui sont différents à droit égal par d'autres caractères, ce qui mène à admettre définitivement la classification de M. Broca : 1<= l'homme ; 2" les anthropoïdes ; 3"> les pilhéciens ; 4° les cébiens ; b° les lémuriens.
Or ces cinq groupes ont à peu près la même valeur comme distance zoologique les uns des autres, et présentent réunis un ensemble des caractères qui les séparent des carnassiers ou des pachydermes autant que ceux-ci se séparent des marsupiaux et des cétacés. On est donc tenu de les ranger sous des dénominations hiérarchiques équivalentes d'une part, et collectivement d'autre part sous un titre identique ù celui des carnassiers, pachydermes, etc. Ils forment ainsi autant de familles d'un même ordre, celui des Primates.
Donc l'Homme forme une Famille dans la classification des mammifères, la première dans COrdre des Primates, comme l'avait dit Linné avant que toute question étrangère à la science eût été soulevée.
Mais les divisions de cette famille ont-elles rang de genres, d'espèces ou des variétés? C'est ce que nous ne pouvons dire qu'après avoir examiné les éléments du problème.