CHAPITRE Vin
CUBAGE DE LA CAVITÉ CRANIENNE. — MESLRES DROITES ET COURBES. — IN- DICES CÉPHALIQUE, VERTICAL, FRONTAL, NASAL, ORBITAIRE. — TRIANGLE FACIAL.
Les mesures et opérations craniométriques peuvent se ranger sous cinq chefs : les jaugeages ou cubages, les mesures droites et courbes, les projections, les angln et les sijstî'ines particuliers.
Cubage de la cavité crânienne. — L'importance de la cavité cérébrale chez l'homme et son retentissement sur la configuration extérieure du crâne engagèrent de bonne heure les anthropologistes à en mesurer la capacité. Mais la matière employée laissait à désirer, les procédés n'étaient pas réglés et la méthode tomba en discrédit. Relevée par Morton, elle a repris avec M. Broca le rang qui lui est dû dans la craniologie. Le cubage a été pratiqué avec de l'eau par Sœmmering, ^irey, Treadwell; avec du mercure par M. Broca, sur un crâne étalon destiné à contrôler l'exactitude de chaque procédé ; avec du sable, par Hamilton et M. B. Davis; avec du millet, par Tiedmann et M. ilantegazza; avec des grains de moutarde blanche, par Philipps; avec de Torge perlée, par M. Welcker ;et enfin avec du plomb de chasse, par Morton et M. Broca. On a essayé bien d'autres choses, l'eau dans un ballon en caoutchouc^ le système des moules iatracràniens par la quantité d'ean qu'ils déplacent, les grains de verre, de porcelaine ont été proposés, etc.
Il ne saurait être question des liquides. Parmi les autres substances, les unes pénètrent mal dans les vides ou collcit aux parois, toutes se tassent inégalement, au gré, en quelque sorte, de l'observateur, de sa patience, de sa façon d'agir. Parmi les opérateurs les uns tappent sur les parois, les autres bourrent. Dans le remplissage de la cavité, il y a des causes d'erreur ;
dans la mensuration, il y en a d'autres. Wyman ayant cubé huit fois de suite la cavité crânienne avec des matières diverses, soit 56 fois le même crâne, a obtenu les moyennes suivantes :
Pois 1193.0
Plomb 1201 . 8
Haricots 1206.2
Riz 1220.2
Graine de lin 1247.5
Sable gros 1257.5
— fin 1313.0
Ce qu'il importe donc, c'est de régulariser exactement chaque détail de l'opération. Or certaines substances se prêtent mieux à cette régularisation, comme le plomb, le millet, la graine de moutarde. M. Broca s'est appliqué à en déterminer toutes les conditions et donne la préférence au plomb d'une manière générale et au millet ou à la graine de moutarde lorsque les crânes sont fragiles.
Les circonstances qui influent le plus sur le résultat final par le plomb sont, pour M. Broca, le degré de bourrage et la façon de bourrer, la vitesse d'écoulement à travers les entonnoirs provenant de leur diamètre et de la hauteur de la chute du plomb dans les vases à mesurer ; ayez un litre plein et posez-le violemment sur la table, il n'en faut pas davantage pour en faire baisser le niveau. Partant, il s'est appliqué à régulariser les conditions de l'opération donnant le résultat le plus constant et y est parvenu. Tout élève du laboratoire d'anthropologie arrive au même chiffre, à o centimètres cubes près, sur le même crâne. Yoici la façon d'agir; aucun des détails n'est indifférent.
Le fond de l'orbite étant bouché avec du coton et la voûte du crâne placée sur une sébile, on verse à volonté un premier litre de plomb dans la cavité; puis, le saisissant à pleine main, on lui imprime une secousse qui rejette la substance dans la loge
antérieiirc. On continue à verser, mais cotte fois en bourrant sinuillanément avec un fuseau de bois spécial jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus tenir. Alors en comprimant vigoureusement avec le pouce on refoule encore dans la cavité le plomb qui déborde au-dessus du trou occipital. Le contenu est ensuite vidé dans un vase, puis de ce vase versé vivement dans un litre d'étain dont on rase doucement la surface avec une équerre plate. Le reste est versé à son tour dans une éprouvette en verre gradué en centimètres, à l'aide d'un entonnoir spécial dont le goulot est fixé dans un disque de bois qui s'adapte à j'éprouvette comme un couvercle. Si la quantité dépasse les 500 grammes de Téprouvette, on en rase la surface comme cidessus et l'excédant est mesuré de la même façon dans la même éprouvette.
Les quatre instruments spéciaux sont donc le bourroir, le tre, l'éprouvette et le dernier entonnoir. Le premier est un morceau de bois mousse et conique dont la partie conique a 10 centimètres de long et 2 de large; le litre a 86 millimètres de diamètre intérieur et 175 de hauteur; le tube bien cylindre, de 500 centimètres cubes de capacité, a .38 à 40 centimètres de hauteur et 4 de largeur intérieurement; l'entonnoir enfin a tO centimètres de diamètre à sa base, 20 centimètres de hauteur et un goulot de 1 centimètre de longueur, sur 2 de largeur. Quant au plomb, c'est du 8, chaque grain mesurant 2 milUmètres deux dixièmes de longueur (1). Les crânes fracturés ou dont la suture sphéno-basilaire ne serait pas ossifiée, sont au préalable consolidés à l'aide de plusieurs tours de courroie (2).
(1) Toutes ces pièces se trouvent chez Mathieu, fabricant d'instruments de chirurgie, fournisseur des appareils a'antbropologie à l'Ecole des hautes études.
(2) Sur la mensuration de la capacité du crdne, par M. Broca, lu Mém. Soc. anlhrop., t. II, 2« série. 1873.
Les résultats obtenus en suivant scrupuleusement ces indications ne varient pas sur un même crâne de plus de 5 centimètres cubes entre les mains de la même personne ou de personnes difiFcrcntes. En une heure, avec un aide, on peut cuber aisément 20 crânes. Voyons les résultais :
Les races inférieures ont une capacité moindre que les supérieures . Sous ce rapport les Australiens sont les plus mal partagés : 1224 centimètres cubes en moyenne d'après nos mensurations; les Américains ont également la cavité crânienne petite, aussi bien leurs crânes normaux que leurs déformés; elle grandit dans les races jaunes et atteint son maximum dans les races blanches. Les Auvergnats ont io23 centimètres cubes, les 384 Parisiens de M. Broca, 1 437. D'un sexe à l'autre la diâërence est si grande, qu'il est de toute nécessité de les mettre à paît dans les listes, à moins que les séries ne soient trèsfaibles. Dans les races actuelles, cette différence varie au moins de 143 centimètres cubes à 220; chose curieuse, elle n'est plus que de 99,5 dans la seule des séries considérables que rioas possédions des temps préhistoriques (Troglodytes de la Lozère). La capacité cérébrale la plus forte que nous connaissions est de 1900 centimètres cubes, chez un Parisien, et la plus faible de 109o, chez un Andaman. Mais si le dernier cas paraît pln^iologique, on ne peut en dire autant du premier {!). Pour M. Wekker la limite supérieure maximum d'une cavité crânienne serait de 1630; nous croyons ce chiffre trop faible. Mais il ne faudrait pas tomber dans l'excès contraire ; dans les listes de Morton et de M. Davis, il y a des cas qui auraient dû être rqetés, comme cet Irlandais de 1992 centimètres cubes. Quatre crânes adultes d'hydrocéphales du musée Dupuytren ont donné à M. Broca une moyenne de 3 727 centimètres cubes, et trois de micro-
(1) Voir, p. 179, sur les demi-microcéphales.
■cépbales également adultes, une moyenne de 419 centimètres •cïibes. La capacité crânienne paraît ■varier avec 'Pétat intellectuel. LeS'crnnes des Parisiens du di^c-neavicme siècle sont phis espaces que ccu-x du douzième, ceux des sépultures particulières plus qoe ceux de laMorg-ne. 'Stment quelques 'moyennes empruntées à M. Broca :
Hommes. Femmes.