VARIÉTÉ DES MESURES
L'écueil delà craniométrie, il faut l'avouer, c'est l'exagération dans le nomltrc des mesures. Tout commençant veut avoir les siennes, ce qui tient évidemment à l'absence d'un guide, d'un manuel quelconque indiquant les meilleures, celles qui ont déjà donné des résultats. L'esprit de minutie règne à ce point parfois, que, dans un mémoire en ce moment sous nos yeux, on compte jusqu'à 193 mesures ou indices et dans un autre d'un auteur différent, jusqu'à 200 pour la plupart d'une tout autre nature. Evidemment la craniologie n'est pas une science terminée et chacun a le droit et le devoir d'y chercher ; telle mesure qui ne promet rien se trouve avoir une très-grande valeur, tandis que telle autre pour laquelle on s'engoue avant de l'avoir soumise au contrôle de la pratique, ne conduit à rien.
Malheureusement il se passe en craniologie ce qui est presque constant à l'aurore de toute science nouvelle. On commence par les difficultés, on aborde d'emblée la description des séries de crânes. On considère en un mot les caractères comme connus dans leurs variations physiologiques, pathologiques ou accidentelles. C'est une mauvaise méthode. C'est par la craniométrie générale qu'il faut débuter ; il s'agit avant tout d'en asseoir les bases, d'en connaître les faits acquis, de déterminer la valeur sériaire ou non sériaire de chaque caractère, de savoir ceux à conserver et ceux à rejeter et d'unifier la méthode et les procédés de façon que les travaux accomplis d'un côté d'une frontière puissent servir de l'autre côté.
En Amérique, en Italie, en Angleterre, en France, les mensurations acceptées difïêrent peu, à quelques variantes près. En Allemagne, il en est autrement; en dépit des efforts du congrès de Gœttingue et des congrès plus récents, l'harmonie ne règne pas dans les systèmes. M.Welcker, en particulier, s'éloigne de la plupart de ses collègues. Par ses travaux, auxquels nous puiserons largement, il a bien mérité de l'anthropologie. Mais son
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réseau crânien, sa circonférence horizoatale et son diamètre antéro-postériciu? ne sont pas heureux. Les bosses frontales et pariétales ne peuvent servir de points de repère pour des mesu^ res aussi importantes. Pour notre part, nous sommes certaia d'avoir détermine la position des premières plus de 3000 fois et nous avouons ne pas en èlre satisfait. S'il nous était permis d'énoncer notre opinion, nous dirions que les Allemands ne vont pas droit au but ; que, sous prétexte d'anatomie philosophique, ils prennent le détail pour le fait essentiel et qu'ils détournent aisément les idéesde leur acception simple et commune. La méthode suivie par M. Ecker dans son Cranii germaniœ meridionalis est peut-être la plus conforme à la méthode française.
Sans trop négliger, en somme, les mesures préconisées àTétra»ger, nousnousattacheronsdepréférenceà celles que notre savant maître juge les meilleures, du moins à celles sur lesquelles il a publié des documents suffisants. Lorsqu''on a l'avantage comme nous de voir M . Broca à l'oeuvre dans son laboratoire, comparant toutes les mesures sur des milliers de crânes, rejetant celles auxquelles il parait le plus attaché, recommençant sur des séries entières à la moindre incertitude et cherchant toujours, une pensée vous poursuit : est-il certain que tous apportent autant de soins, autant de scrupules? On nous permettra donc de mettre ses enseignements publics ou privés en première ligne (t).
(1) Voir plus parliculierement Mànoires d'anthropologie de Paul Broca, sous presse ; U^ et 1"^ vol. parus chez Reinwall et C^, Paris. Puis ÎQ BuU Soc.d'anthrop, ISiiO à 1874, 14 vol. Mémoires d'anthropologie, 3 vol, et Revue d'anthropologie, dirigée par M. Paul Broca, 187-2 à 1875, 4 vol.