CHAPITRE III
Si la science doit être étudiée non pour elle-même, mais pour ses applications, comme art, l’art doit diriger le travail et les méthodes de la science, lui poser ses problèmes et admettre, sinon fixer luimême,son mode de raisonnement logique. Par suite et dans la science qui nous occupe particulièrement, si l'anthropologie existe en vue de l'éthique, c’est à l'éthique que l’on doit penser avant tout dans un chapitre traitant de la « méthode ». Il faut, en premier lieu, déterminer ses besoins et ses nécessités. Ce n’est pas ainsi que l'entendent ordinairement les traités de logique. En fait, les méthodes de morale et d'art sont en général complètement absentes des ouvrages sur la logique. L'auteur espère que les pages qui vont suivre seront le premier acheminement non seulement vers une logique de l'art, mais vers la philosophie de l’art. Car la détermination d’une nouvelle méthode est généralement un pas décisif dans la création d'une nouvelle science. Ce chapitre-ci considérera les méthodes de l’art et de l'éthique tout d’abord en tant que pratique, puis comme prévision et détermination des fins. Nous étudierons ensuite les méthodes des sciences les
plus abstraites et les plus générales de la vie humaine, c’est-à-dire de l'anthropologie philosophique elle-mème, de l’anthropostatique et de l’anthropodynamique. Enfin viendront les méthodes des sciences anthropologiques concrètes : 1° celles qui étudient le présent: 2° celles qui s'occupent du passé.
Il sera bon de donner quelques explications préliminaires. La facon dont l’auteur éludie la méthode est délerminée par deux points de vue et devra être considérée à ces deux points de vue. Elle dépend : 1° de sa théorie anthropologique générale, qui, naturellement, ne pourra être complètement exposée qu'au cours du volume entier; 2° de ses hypothèses tirées de la philosophie générale et dont la plus importante, dans la question qui nous occupe, est son hypothèse déterministe. À son avis, la méthode à suivre en morale doit reconnaitre l'influence de la fatalité dans les actions humaines. Ajoutons que nous avons, en apparence, laissé de côté, de propos délibéré, dans ce chapitre, le langage et les conceptions habituelles de la logique, parce que nous sommes convaincus que la logique devrait être écrite de nouveau en se plaçant davantage au point de vue de la nouvelle psychologie. Peut-être le système compliqué des figures et des modes du syllogisme peut-il être entièrement réduit à un système d'images mentales, Puis le lecteur rencontrera ce qui lui semblera être une erreur plus grande encore dans un ouvrage de logique : une discussion d'imagination, plus à sa place, semblerail-il, en poésie que dans une science exacte. Sur ce point, l’auteur invoquera pour sa défense certaines publications célèbres parues récemment sur l'emploi de l'imagination dans la science. L'art de bien penser ressemble, selon lui, à tous les autres