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MÉTHODES ET MATÉRIAUX 59 arts et doit passer par l'état idéal avant d'arriver à l'état pratique et réel. Toute action n'est qu'une adaptation et une réalisation imparfaite d'un idéal. Si l'on sépare strictement et consciemment l'idéal du réel, si, tout en considérant l'idéal comme impossible à atteindre, on admet que le réel est inspiré et guidé par l'idéal, on se trouvera dans les meilleures conditions de succès. Quel est l'idéal dans les méthodes anthropologiques ? Etant données notre ignorance et les lois de la pensée telles qu'elles sont connues actuellement, ce serait supposer que notre esprit est doué d'une rapidité et d’une exactitude de conception infiniment puissantes, ce serait croire que nous disposons d'occasions infinies pour recueillir les faits, que nous possédons une puissance énorme et que nous avons sous la main tous les engins propres à nous aider dans nos recherches et à supprimer la distance. Quand je parle de la suppression du temps ou de l’espace, je ne veux pas dire qu'on puisse faire renaitre le passé ni voir l'avenir avant qu'il soit devenu le présent. Dans un univers comme le nôtre, de telles spéculations seraient vaines. Mais ayant devant les yeux cet idéal concevable qui se réalisera de plus en plus dans la suite des âges grâce aux travaux scientifiques et philosophiques, la question que nous nous poserons immédiatement sera la suivante : Que pouvons-nous pratiquement faire? Avec notre pauvre intelligence, dont la puissance est si bornée, avec le peu de matériaux dont nous disposons, avec notre isolement relatif en ce qui concerne la division du travail, que vaut-il mieux faire? Quels sont les facteurs essentiels du problème que je puis attaquer avec quelques chances de le résoudre? Quels sont les détails innombrables que je devrai entièrement négliger? C’est autour de ces
deux énigmes, l'idéal et la réalisable, qu'évoluera toute la discussion future.
Enfin il nous faut poser quelques définitions et énoncer quelques opinions avant de les discuter à fond dans le chapitre x. Nous pouvons grosso modo indiquer le domaine et les divisions de l'éthique en définissant les expressions suivantes: é/hique de l'univers, « éthique considérée en tant qu'action », ou pratique; éthique traditionnelle, où «science de la morale »; « éthique considérée en tant que prévision», éthique pratique. En premier lieu, souvenons-nous que dans cet ouvrage l'éthique est identifiée plutôt avec l'artqu'avec la science, qu'elle correspond plutôt à l’action qu'à la connaissance, au côté volitif plutôt qu'au côté réprensentatif de la nature humaine. Le domaine de l’action est l'avenir, le domaine de la science ou de la connaissance est le passé et le présent. Tout d'abord, l'éthique de l'univers est la conception la plus large de l'avenir considéré comme objet de pensée. Dans le domaine de l'éthique, comme dans celui de la science, peut rentrer l'univers entier. En vérité, aucun autre mode de conception des choses n'est complet au point de vue philosophique, et il n'y a pas d'autre moyen d'estimer exactement les forces cosmiques, les forces non humaines et les forces humaines qui concourent à la production de la fin morale. Mais ce n'est pas ce que l’auteur se propose d'étudier. Cette façon d'envisager l'éthique supposerait comme condition préliminaire la connaissance parfaite de toute science et de toute philosophie. Le terme de pratique s'appliquera à une conceplion plus philosophique de l'éthique bien mieux que le terme d'éthique lui-même, tel qu'il est généralement employé. Embrassant par définition le champ entier de l’action humaine, elle
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