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SYNTUÈSE. — HYPOTHÈSES 101
Parmi les lois s'appliquant à l'anthropologie philosophique et dont la physique et la chimie ont beaucoup contribué à démontrer le caractère universel et fondamental, nous citerons les lois : 1° de l'indestructibilité de la matière: 2° de la persistance du mouvement; 3° de la persistance de la force ou de la conservation de l'énergie; 4° de l'universalité d'attraction et de répulsion; 5° de l'universalité de causation; 6° de la transformation et de l'équivalence des forces ; 7° de la résultante des forces ou du principe de moindre résistance ; $° du rythme; 9° de la redistribution de la matière et du mouvement, ou lois de changement, d'évolution et de dissolution. II faut ajouter aussi les lois d'équilibre et d'adaptation. La loi de survivance est l'équivalent des deux lois de l'indestructibilité de la matière et du mouvement. La loi de la survivance des individus adaptés est, comme nous allons Le voir, une loi différente. La loi d'économie signifie : Les forces suivent toujours la ligne de moindre résistance. La loi de réaction à laquelle on fait souvent allusion dans les sciences sociales peut être ramenée généralement à la loi du rythme.
Peu de gens nieront que les lois que nous venons de formuler s'appliquent à la vie humaine, à l'exception de ceux qui considèrent la liberté de la volonté comme indépendante de la loi de la causalité universelle. Nous ne voulons pas entreprendre une nouvelle discussion de cette question, mais nous admettrons que la théorie déterministe est celle qui se rapproche le plus des faits et est en même temps la plus compatible avec les conclusions des autres sciences. Au lieu de remplir le peu d'espace qui nous reste par des exemples d'application de chaque loi, il vaudra
beaucoup mieux parcourir de nouveau cette liste, en examinant quelles sont celles de ces lois qui sont les plus importantes en anthropologie.
Tout d’abord n’a-t-on pas fait trop peu de cas de la loi d'attraction dans la philosophie générale aussi bien que dans l'anthropologie? Peut-on saisir la grande question biologique de l'adaptation du milieu sans tenir compte de cette loi? Elle semble avoir une importance aussi capitale dans la philosophie générale que les lois de l’indestructibilité de la matière et de la persistance du mouvement, car ce sont ces lois qui expliquent la présence d’un certain corps à un certain endroit, à un certain moment. La position d'un corps donné est due non seulement à son mouvement originel qui lui fait parcourir une ligne droite, mais à l’attraction des autres corps. L'une des deux forces peut être appelée centrifuge, l’autre centripète. Il en résulte que le corps décrit une courbe. Dans les termes d'attraction et de répulsion rentrent par définition les phénomènes similaires observés dans la gravitation, l'attraction électrique et les affinités chimiques. Non seulement en physique et en chimie, mais dans {outes les autres sciences, on observe de semblables lois d'attraction que l'on expliquera sans doute un jour comme de simples variantes de la forme commune. Pour ce qui est de l'agréable théorie de l'attraction sociale, il ne faut pas la prendre au pied de la lettre, L'attraction qui pousse deux individus l’un vers l’autre résulte probablement d'une conformité d'idées et de sentiments qui peut se ramener à une harmonie des vibrations physiques: certainement l'activité mentale est également réductible en théorie à des affinités chimiques, mais ce n’est pas là l'élément caractéristique du phénomène en question.
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L'adaptation est une relation tendant à persister en deux existences. Sans les forces contrariant leurs mouvements, les corps en question resteraient en parfait équilibre. Mais, comme nous venons de l'indiquer, la position des corps eux-mêmes, c'est-à-dire leur adaptation réciproque, est déterminée par les lois de mouvement et d'attraction que nous avons mentionnées il y a un instant. Il peut y avoir adaptation d'atome à atome, de partie à partie, de l'ensemble au milieu environnant. Tous ces cas peuvent être expliqués de façon identique.
Il nous faut maintenant examiner ce quil faut entendre par cette expression : « Survivance des plus aptes. » Des plus aptes à quoi? À survivre ? Il faut évidemment donner à ce terme une signification plus précise. Jetons les yeux sur l'univers : Qu'est-ce qui survit? La forme passe, la substance reste. La forme est relative: la substance est absolue. Mais il y a des degrés de relativité. Nous pouvons ajouter que les mieux adaptés survivent. Ce qui est mal adapté au milieu disparait. Mais ces formes que nous appelons les mieux adaptées ne survivront pas toujours, car elles ne seront pas toujours adaptées à leur milieu futur. Le milieu lui-même change. Par suite, notre loi ne doit pas être interprétée comme si elle assurait la survivance aux choses adaptées au milieu. Notre affirmation relative à la survivance doit être corrigée par l'adjonction de cette proposition circonstancielle : « Aussi longtemps que les conditions restent les mêmes. » Dans un milieu en évolution, nous pouvons espérer la survivance des formes également en évolution. De là l'hégémonie de l'homme sur la terre. Quels sont les facteurs essentiels de l’évolution humaine? L'un d'eux
est l'évolution des idées. Etant donné l'esprit humain et les moyens humains de communication, c'est là un résultat inévitable des expériences accumulées des générations. Darwin a dit que la vie était une lutte pour l'existence. Dans cette lutte, quelles sont les choses qui assurent la suprématie et la vie à certains individus et à certaines nations? La force physique, la souplesse intellectuelle et lhabileté sont évidemment des éléments de succès. Ne pouvons-nous pas dire que ceux-là survivront qui centraliseront le plus de force, qui pourront servir de conducteurs à la plus grande somme d'énergie physique, qui feront preuve du plus puissant génie directeur dans l'usage et l'agencement des forces cosmiques ou non humaines au moment critique et à l'endroit critique? Ainsi, dans les chocs de forces opposées, le résultat est déterminé d'avance. Cela ne s'applique pas seulement à la guerre.-La force physique peut jouer un grand rôle dans la centralisation de l'énergie, mais la connaissance de forces cosmiques, comme la puissance des explosifs, et la possession d'agencements matériels, comme les vaisseaux et les canons, ont une efficacité mille fois supérieure. L'éducation par suile et la science, en un mot la personnalité combinée avec la possession des agencements non humains fait de l'homme le conducteur de forces le plus puissant dans la lutte pour la survivance., Mème s'il périt comme individu, il lègue à ses descendants son organisation physique et ses biens matériels; son espèce, où sa famille survit dès lors parce quelle est la plus forte.
Mais l'expression « survivance des plus forts » n’est pas assez exacte, Il n'y a pas simplement une survivance des plus forts au point de vue individuel, mais
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SYNTHÈSE. — HYPOTHÈSES 105 une survivance des plus puissants centres de forces cosmico-humaines, c'est-à-dire une survivance de l'homme le plus fort’ou de la nation la plus forte, en spécifiant bien qu'une grande partie de leur force peut résider dans le milieu environnant ou dans la coopération d'éléments humains el non humains, dans leur adaptation mutuelle. Le déterministe peut dire que l'élément non humain s'accorde avec l'élément humain pour produire le résultat. Le terme : « les plus puissants centres de force » impliquera aussi ces deux éléments. C'est en grande partie le milieu qui explique la survivance de certains peuples. Si, pour un instant, nous concentrons toute notre pensée sur l'homme, nous pouvons dire que l'énergie est l'élément centrai de sa personnalité. C'est le fond commun dans lequel se résolvent toutes les formes d'énergie cosmiques et humaines qui agissent sur lui par l'hérédité et par le milieu ; c’est la source de toutes ses activités diverses, mentales ou physiques. L'élément commun, opposé à lui dans l'univers, est l'utilité. C'est le résultat de certaines de ses activités quand elles dépassent sa propre constitution; et de ce fond commun il tire les diverses formes de salisfaction de ses besoins. L'énergie et l'utilité sont les deux pôles contraires de la philosophie anthropocentrique. Mais cela ne nous suffit pas. Notre but présent est de reconnaitre tous les éléments de survivance sous les formes d'énergie humaine ou non humaine. La raison de la suprématie de l’homme sur notre planète, c'est, nous pouvons le dire, qu'il est plus apte que certains autres êtres à se rendre maître de centres d'énergie puissants à des moments critiques. Cela explique ses luttes contre les formes de la nature animée ou inanimée. Cela explique les luttes et la survivance des indi-
vidus ou des races. La puissance de l'homme comme accumulateur de force est un résultat à la fois de l'intégration et de la différentiation de la substance. Dans l'individu et dans la race, il s’est amassé une énergie latente grâce à une intégration de matière due, d'un côté, à une hérédité favorable, et d'autre part, à un milieu favorable, c'est-à-dire à un milieu fournissant abondamment nourriture et protection. La différentiation de substance qui est nécessaire est peut-être une différentiation de substance cérébrale accompagnant l'évolution des idées ou de la substance ambiante qui aboutit à des machines et à des agents prèts à se mettre au service de l’homme. Ces facteurs sont en partie acquis au cours de la vie; mais la plupart sont un legs de nos ancêtres. L'antique adage « Savoir c'est pouvoir » n'est qu'une demi-vérité. Une machine est une puissance, la constitution physique et mentale est une puissance, les alliés cosmiques de l’homme constituent aussi une puissance. Mais ces deux derniers facteurs restent relativement identiques à eux-mêmes, au cours de l'histoire de l'humanité. Aussi le progrès de la civilisation dépend-il principalement d'une complexité croissante des idées el des machines ou d'agencements utiles de la substance. Les livres peuvent être mis au nombre des plus utiles de ces agencements de substance, En additionnant {ous ces facteurs, nous pouvons dire que le progrès consiste en ce que chaque génération possède plus d'énergie latente que la génération précédente, Pourquoi le sceptre de la civilisation est-il passé peu à peu entre les mains des nations occidentales et septentrionales, des Égyptiens aux Anglo- Saxons? Ce n'est pas uniquement parce que certaines nations arrivaient l'une après l'autre au maximum
d'instruction, mais parce qu'elles devenaient plus énergiques. Un héritage de livres et d'agents matériels ne suffit pas : une personnalité est nécessaire pour les utiliser. Quand la réserve d'énergie s'épuisait dans une race dégénérée, c'étaient les nouvelles races fortes vivant dans un milieu plus favorable au développement de l'énergie qui recevaient et utilisaient l'héritage du passé. Aucune époque préhistorique plus que l’époque glaciaire ne fut plus favorable à la production d'énergie, de force physique et d'industrie ingénieuse ; plus tard ce furent les milieux froids et âpres qui suseitèrent le plus d'énergie et de persistance dans la domination des choses environnantes, qui favorisèrent l'éclosion des plus hautes civilisations. Tant que la science et les forces économiques toujours croissantes ne se heurteront pas à des difficultés insurmontables, nous pouvons supposer que, au nord, l'étoile de l'empire marchera peut-être vers les immenses espaces du Canada et de la Sibérie. Nous consolerons le pessimiste en lui affirmant que la civilisation est un résultat de la souffrance. Les peuples qui ont pu sans périr supporter le mieux la faim, la soif, le froid, ou les luttes sanglantes dans la France glaciaire, dans l'Égypte aride ou dans les forêts du nord, sont ceux qui ont posé les fondements des empires futurs.
Nous n’examinerons pas les autres lois de la physique philosophique. La question de savoir si l'universalité de causalité est vraie de tous les phénomènes humains a été implicitement comprise dans tout ce que nous avons dit au sujet du libre arbitre. La conclusion la plus raisonnable, c’est que cette loi reste toujours vraie et que l’homme ne fait pas exception à cette règle. Nous ne pouvons pas douter non plus que la loi de
conservation de l'énergie ne soit vraie de tous les phénomènes humains. Idées, sentiments, volitions peuvent certainement être intérprélés comme des simples formes de l'énergie humaine, dont on peut, d'autre part, retrouver l'origine dans l'énergie ambiante. Quant à la loi de direction suivant la moindre résistance, on peut, dans toutes les branches de l’activité humaine, trouver les preuves de son exactitude !. #
Nous avons déjà abandonné la question des lois physiques pour étudier celles de la biologie et mème de la sociologie. Il en sera de même dans ce qui nous reste à dire au sujet de l'évolution. Bien que la loi d'évolution soit universelle, en ce qu'elle s'applique à toutes les existences, on l'a complètement identifiée avec la biologie. Que Spencer ait eu raison ou non de dire que c’est là la loi fondamentale de la philosophie, celle qui unilie toutes les autres, il n’en est pas moins vrai qu'il à été parfaitement autorisé à en faire la loi la plus essentielle de toutes les sciences qui forment la substance de son système, les sciences biologiques. Aussi longtemps, en effet, que la vie persiste, il y a évolution. Cela saute aux veux de ceux qui étudient ces sciences.
Mais cette loi ne Joue pas unrôle aussi prépondérant dans les sciences physiques. Dans ces dernières sciences, nous rencontrons la dissolution aussi souvent que l’évolution. L'évolulion est la forme caractéristique du changement dans notre partie de l'univers. La dissolution peut être la loi de ses autres parties. La somme de matière el de mouvement restant identique, l'évolution sur un point de l'univers doit être contreba-