‹ L'Anthropologie Philosophique: Considérée Comme Base de la MoraleChapitre 19 sur 37 · Pp · texte numérisé non relu

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Si on leur demande à quoi ils reconnaissent que la matière est le substratum de toute réalité, ils en appellent au témoignage de leurs sens. Selon eux, toute science est dérivée de l’expérience. Ils passent rapidement et avec impatience par-dessus les subtilités psychologiques que soulèvent leurs adversaires sur ce point. Peu leur importe que nos sens nous trompent parfois; leur témoignage, disent-ils, est en résumé supérieur à tout autre. La science aussi bien que le sens commun de l'humanité partent de la croyance à la réalité objective de la matière. Ce sont seulement d'insensés raisonneurs qui se sont avisés de révoquer en doute son existence. Il faudrait une grande dose de naïveté dans les raisonnements et manquer d'équilibre intellectuel pour douter de l'existence de la matière au point de régler sa vie d'après l'hypothèse contraire. Si l’on demande au matérialiste d'expliquer les idées innées, le sens moral et la conscience, il répond que ce sont là des faits héréditaires en ce qui concerne l'individu, el le produit de l'expérience lorsqu'il s'agit de la race. Tels sont les postulats extrèmes de la théorie soutenue avec quelques variantes par Auguste Comte, Stuart Mill, Büchner, et, nous pouvons le dire également, par Spencer, chez les philosophes; par Darwin, Huxley, Tyndall, Helmholtz, chez les savants. On peut rechercher l’origine moderne de cette doctrine en remontant à Bacon et Descartes, par l'intermédiaire de Locke et de Hume.

En étudiant la question à la lumière de ces principes philosophiques, que dirons-nous de l'homme considéré comme espèce, comme individu et dans ses relations sociales? Tout d'abord nous pouvons nous demander quelle explication de la vie humaine on pourrait déduire

SYNTHÈSE. — HYPOTHÈSES 97 des lois de la philosophie moniste et matérialiste examinée précédemment. La réponse tiendra en peu de mots. L'homme, diront ces philosophes, est simplement un animal, un aspect plus élevé de la vie animale ayant évolué par d'innombrables phases intermédiaires, partant des degrés les plus bas dans l'échelle végétale et animale. Le matérialiste, niant l'existence de l'esprit ou de l'âme, nie la possibilité d’une vie future. Ne reconnaissant d'autre Dieu que l'essence matérielle que nous appelons l'univers, il considère les religions comme n'ayant aucune réalité spirituelle pour ce qui est de l’objet de leur culte. Iles considère comme utiles, peut-être, pendant un certain temps, au développement de la race, parce qu’elles peuvent alors ajouter de la force à certaines formes de pensées et d'action; mais il les croît destinées à disparaitre devant la diffusion croissante de la science. Si ces penseurs, qui rejettent la religion, ne peuvent trouver à l'éthique de base scientifique, ils doivent être les plus misérables de tous les hommes. Ils considèrent ou plutôt quelques-uns d'entre eux considèrent l'éthique comme impossible, puisque leur système nie la liberté de la volonté et la possibilité du choix de nos actions. L'homme n’est plus alors que le jouet des forces environnantes. Cependant, et nous le verrons plus tard, la morale peut exister même dans le système matérialiste.

Passons maintenant en revue, d’une façon plus détaillée, les principales idées générales de l’anthropologie philosophique. Éclairés par la psychologie biologique et les recherches sociologiques, quelles réponses pourrons-nous donner aux questions suivantes : Quelle est la caractéristique essentielle de la vie humaine? Quels rapports réunissent l'homme au règne animal?

Quelle est la position de l’homme au milieu de l'univers? Est-il le résultat d’une évolution? Si oui, quelles sont les phases de son évolution? Quelle est l'origine des variétés connues sous le nom de races humaines ? L'homme est-il doué de la liberté de volition, est-il une exception à l'égard du reste de l’univers? Quelle est l'influence relative de l’hérédité et du milieu sur l'individu ? Quelle est l’origine et l'explication des institutions sociales?

L'auteur croit que la plupart des questions précédentes sont loin encore d'être tranchées; mais, à son avis, dans l’état présent des recherches, les déclarations qui vont suivre ont pour elles une forte évidence. Comme on a pu le voir clairement dans les chapitres consacrés à l'individu et à la race, la biologie révèle une grande ressemblance entre l'être humain et les animaux supérieurs. Les animaux possèdent probablement toutes les facultés mentales et toutes les aptitudes physiques de l’homme: il n'y a aucune différence d’essence; il y a seulement une différence de degré. Par sa nature, l’homme est un animal, quoique cependant de l'ordre le plus élevé et autant que peut le savoir la science, l’ordre d'existence le plus élevé de l'univers. Cependant il est parfaitement permis de supposer que l'évolution plus longue de planètes plus anciennes a produit ailleurs un type mental plus élevé que le sien. L'homme n'est qu'un accident infime dans l’histoire du monde, si on le juge d’après le temps qui s’est écoulé depuis son apparition. La vie humaine ne remonte pas au-delà de 200.000 années, ce qui ne fait même pas la 500° partie de l'histoire totale de la vie sur le globe. Et pendant 5.000 ou 6.000 années seulement de cette période, il a été assez avancé en civilisa-

SYNTUÈSE. — HYPOTHÈSES 99 tion pour laisser de son existence d'authentiques témoignages historiques.

Si l'on se sert de l'évolution pour expliquer l'origine des espèces vivantes inférieures à l’homme, il est tout aussi raisonnable de croire que l'espèce humaine est dérivée de l'hypothétique pithecanthropus, espèce de singe maintenant disparue. Peut-être que les restes de « l'anneau manquant » ont été déjà découverts et sont représentés par les ossements trouvés à Java (Pithecanthropus erectus) ou par le crâne de Neanderthal. En attendant des preuves nouvelles, l'emploi de l'hypothèse évolutionniste, dans les sciences anthropologiques et sociales, répand sur cette question des flots de lumière. I n'est plus permis de douter que l'homme ait évolué de l’état sauvage à l’état actuel. Les instruments et les autres témoignages des civilisations passées, mis au jour par la préhistoire, prouvent qu'il en a été de même sur toutes les parties du globe. Bien que toutes les tribus n'aient pas traversé régulièrement toutes les phases connues sous le nom d'âge de pierre, âge de bronze et âge de fer, ces termes précisent assez bien les diverses étapes de cette évolution. Elles ont certainement passé de l’âge de la chasse et de la pèche à l’agriculture et finalement à l’industrie moderne.

La race humaine n'est qu'une espèce au sens biologique. Il est très probable que l'espèce humaine a eu son origine dans un où deux continents seulement et non dans tous les continents où on la rencontre à présent. Qu'une famille unique de singes ait évolué ou non vers la forme humaine, les familles humaines qui se sont répandues dans les différentes régions sous des climatsextrèmesont pu acquérir des couleurs différentes et des caractéristiques ethniques différentes. Les pro-

cessus d'adaptation, de variation, de métissage, d'acclimatation, de différentiation et de spécialisation sont de grands facteurs qui expliquent l’histoire moderne des peuples aussi bien que celle des individus. Pour ce qui est de la structure corporelle, l'homme possède, en commun avec les végétaux, les propriétés de nutrition, de croissance, de génération et de motilité. Il a en commun avec l'animal l’innervation, la sollicitude pour la progéniture et l'instinct de conservation.

Après cette discussion, un peu longue, des questions les plus douteuses qui rentrent dans le domaine de notre étude, nous pouvons maintenant essayer d’agencer en systèmes les lois qui, en vertu de notre hypothèse, constituent l'essence de l'anthropologie philosophique. Nous remarquons que l'homme diffère seulement en degré, mais non point en essence de toutes les autres formes de la matière et des autres existences biologiques; nous devons en conclure qu'il est soumis aux mêmes lois fondamentales qui régissent ces dernières. Notre tâche, par suite, comprendra une recherche de toutes les généralisations de toutes les sciences, et une détermination du degré relatif de leur action sur la vie humaine. Dans les pages suivantes, nous nous efforcerons de choisir celles qui ont la plus grande importance en anthropologie. Pour plus de commodité, elles pourront être classées comme les lois de l'anthropologie philosophique et dérivées respectivement : 1° des lois de la physique philosophique ; 2° des lois de la biologie philosophique ; 3° des lois de la psychologie philosophique; 4° des lois de la sociologie philosophique; 5° des lois spéciales de l'anthropologie qui ne s'appliquent pas aux autres sciences.

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