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loi vient après la loi de spécialisation parce que tant que ce chainon n’est pas atteint dans notre examen de la suite’ des moyens, il n'est pas évident que la coopération d'une société d'individus adultes soit une chose désirable:; et ce n'est qu'une fois cette supposilion admise que la loi de liberté devien nécessaire. Si l’état individualiste était l’état idéal, il serait inutile de limiter les actes d’un individu par les actes d’un autre. On ne peut faire de cette loi, comme l’a fait Spencer, le fondement de l'éthique, parce qu'elle ne reconnaît aucune fin éthique au-dessus d'elle. Il n'est pas vrai que l'homme ait le droit de faire tout ce qu'il veut ; il n’a que le droit de faire ce qui est bien. Mais cette loi a une grande importance. Nous trouvons en elle le germe de l’idée du gouvernement, dont la fonction fondamentale est de faire régner la justice parmi les hommes.
On peut donc diviser l'éthique en deux parties: L'éthique de la vie individuelle et l'éthique de la vie sociale. L'éthique sociale se confond dans son domaine avec la sociologie appliquée, et elle ne traite que les questions de bonne conduite concernant deux ou plusieurs individus. Plusieurs des lois citées précédemment, comme les lois de spécialisation et de liberté égale, sont des lois fondamentales de l’éthique sociale et rentrent plutôt dans cette dernière que dans l'éthique individuelle. Mais toutes ces lois servent de base aussi bien à l’une qu’à l’autre. Naturellement, dans l'étude des questions d'éthique sociale, il ne faut jamais perdre de vue la fin éthique et les lois fondamentales que nous venons de formuler. À ce point de vue, les questions relatives à l'industrie, au gouvernement et, en fait, à toutes les associations d'activités humaines, deviennent
des questions morales. Il ne faut pas oublier cependant que toutes ces questions sont d'importance secondaire en morale. La société et les institutions sociales ne sont que des moyens à la disposition des individus. Il ne faut pas faire de la société une fin en soi. Ce ne sont pas ses intérèts, mais bien ceux de l'individu et de la race qui doivent être placés au premier rang. Les phénomènes fondamentaux de la reproduction, la protection et l'éducation des nouveau-nés sont par essence des phénomènes sociaux; cependant ils sont absolument essentiels pour la vie de l'espèce, et par suite, au moins dans leur forme la plus simple, doivent être placés au premier rang.La valeur de chaque autre forme de consociation, comme le gouvernement ou l’industrie, doit être évaluée, dans chaque cas, d'après les services qu'elle rend à l'individu ou à la race. Il faut apprécier de même la fonction du gouvernement et celle des autres facteurs sociaux en tenant comple de leur utilité et non pas d’après des considérations abstraites.
A cet exposé un peu grossier et un peu risqué de ce que l’auteur considère comme les premières lois dans la hiérarchie morale, il faut ajouter une des conceplions sociales les plus sérieuses et les plus müries, et qui forme le sujet du second volume de la Dynamic Sociology de Ward. Faisant du bonheur la fin éthique, il essaye de montrer que «les diverses fins prochaines qui vont suivre constituent les vrais moyens d'atteindre les fins prochaines supérieures respectives, et par suite n'ont pas besoin d’être poursuivies comme fin et but en soi, de telle façon que la série entière supérieure aux moyens initiaux peut être parfaitement abandonnée à elle-même et toute l'énergie sociale concentrée sur les moyens initiaux :
A. Bonheur. Excès du plaisir ou de la joie sur la douleur ou la peine ;
B. Progrès. Conciliation des phénomènes naturels avec le bien-être humain;
C. Action dynamique. Emploi de la méthode intellectuelle, inventive ou indirecte de conation ;
D. Opinion dynamique. Vues exactes sur les rapports de l'homme avec l'univers ;
E. Science. Connaissance du milieu;
F. Éducation. Distribution universelle des connaissances existantes !.
L'éducation est done le moyen le plus important pour atteindre toutes les fins éthiques. Il serait exagéré cependant de dire « que toute l'énergie sociale doit être concentrée sur les moyens initiaux ». Si, dans la discussion qui précède, nos prémisses sont justes, les plus importantes activités humaines sont celles qui concourent directement à la satisfaction des besoins biologiques, et toutes les activités sociales, immédiates ou éloignées, doivent être appréciées d’après leur économie en tant que moyens. On pourrait combiner en une seule expression les deux termes employés par Ward, «opinion » et « science » ; car des « vues exactes » sont déjà une partie de la « science » d’un individu. On pourrait adresser la même critique au second terme de la série « progrès » ; tel qu'il est défini, le progrès équivaut pratiquement au « bonheur »; et c’est seulement par une équivoque définition au’on peut en faire d’un côté le résultat de « l'action » et de l’autre côté la cause du « bonheur ». Mais, si l’on ne s’arrête pas à ce qu'il y a là d'un peu artificiel, l'ouvrage de Ward est une des contributions les