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dans l'existence humaine et dans la société humaine sont les fonctions les plus visibles dans tout organisme biologique et,celles qui apparaissent le plus tôt. Nous allons présenter brièvement les résultats de ces analyses.
La fonction la plus importante, la fonction fondamentale chez tous les êtres biologiques, est la nutrition. La nutrition, en biologie, comprend à la fois l'assimilation et la désassimilation, c'est-à-dire toutes les modifications chimiques qui se produisent dans le corps humain. Elle comprend la formation et la disparition des tissus humains. En un sens, elle renferme aussi le phénomène de la croissance, car la croissance est seulement un excès de nutrition. Quand l’assimilation est plus active que la désassimilation, il se produit, selon lestermes de Spencer!, «une intégration dans l'organisme des substances environnantes de même nature que celles composant l'organisme ».Tout près de la nutrition est placée la reproduction, qui est aussi essentielle à la vie de l'espèce que la nutrition à la vie de l'individu. Les biologues disent que, chronologiquement, la reproduction est quelque chose de postérieur à la nutrition et qu'elle est le produit d'un excès de nutrition. À un certain point de vue, la reproduction peut être considérée comme d'une importance plus capitale que la nutrition. La vie de l'espèce est en effet plus importante que la vie de l'individu, aussi bien au point de vue moral qu'au point de vue philosophique. Sans sa continuation, il ne peut y avoir ni survivance, ni évolution, ni vie complète au sens le plus large. Mais la vie de l'espèce dépend de la nutrition aussi bien que de la reproduction. Si les activités nutritives
1. H. Spencer, Principles of Biology, New-York, 1890, vol. I, pedale
de la race cessaient, la race cesserait, elle aussi, d'exister plus rapidement encore que si les activités productrices seules cessaient de se manifester. Bien plus, si les activités reproductrices n'étaient pas complétées par les activités nutritives qui constituent la plupart des soins des parents envers leurs progénitures, la procréation de nouveaux rejetons ne suffirait pas à perpétuer la race.
Mais la vie, aussi bien la vie de l'individu que celle de l’espèce, n'a pas seulement besoin d’être entretenue, elle doit être protégée contre les ennemis animés et inanimés qui pourraient lui nuire ou la détruire; la nourriture ne peut assurer que momentanément la vie d’un individu entouré de dangers. Etant donnée l’existence d’ennemis soit animaux, soit humains, qui détruiraient la vie, la protection de soi-mème devient « la première loi de la nature », et, dans la liste des fonctions biologiques, elle ne doit ètre rangée par ordre d'importance qu'après la nutrition et la reproduction. De mème, il faut être protégé contre les attaques violentes des éléments inanimés environnants qui détruiraient la vie à l'aide de la chaleur ou du froid ou de l'excès d'humidité. Dans certains milieux donc, des vêtements et un abri, peut-être même du feu, sont aussi nécessaires à la constitution de la vie individuelle que la nutrition elle-même. De cette façon une plus grande partie de la (erre contribue à satisfaire les besoins humains. De môme, les intérêts de l'espèce ne sont pas servis seulement par les fonctions sexuelles. Il faut ajouter à ces dernières les fonctions paternelles et maternelles, qui protégeront et nourriront à la fois l'être mis au monde.
La protection est classée après la nutrition et la
LA TACHE DE L'ANTHROPOLOGIE PHILOSOPHIQUE 49 reproduction, parce qu'elle n'est pas aussi nécessaire que ces dernières à la survivance. Dans certains milieux, une protection insignifiante suffit, mais partout et dans tous les temps la nutrition et la reproduction sont les moyens réguliers et indispensables permettant la continuation de l'existence. Chez l'homme, l’innervation tient lieu, en grande partie, d'organes spéciaux à la protection de l'individu. Mais, au point de vue de la survivance, la défense est une qualité essentielle, surtout lorsque nous voyons la race humaine dans sa consütulion actuelle et dans les milieux peu favorables où elle se trouve. Les peuples les plus civilisés sont ceux qui ont le plus besoin de vêtements, de demeures, de feu, de soins médicaux, et même de protection militaire. Les récentes recherches scientifiques inspirées par les travaux de Pasteur ne laissent plus aucun doute sur la question de savoir si les biologistes ne doivent pas considérer la fonction de protection comme une des plus importantes de la vie humaine. Le principe à suivre dans la division ne se réduit pas tant à considérer la localisation anatomique d’une fonction que les fins qu'elle aide à réaliser. Chez l'homme, la fonction de la protection est partagée entre les globules blancs du sang!, la peau et certains reflexes. Dans l'amibe, toutes les fonctions sont remplies par la mème cellule. Dans les organismes les plus élevés, il n’y a pas de séparation anatomique complète entre les fonctions ordinairement classées.
La fonction de l’innervation est, en réalité, divisée
1. Sur les leucocytes considérés comme « police de l'organisme », lire : Elie Metchnikoff, Lecons sur la pathologie comparée de l’inflammation, Paris, 1892; Charles Richet, Physiologie, t. 111; Défense de l'organisme, pp. 517-573, Paris, 1895.
entre toutes les autres fonctions. A toutes elle sert de moyen. Vue sous ce jour, elle apparaît aussi bien comme un moyen de protection que comme un moyen de nutrition. Môme l’amibe manifeste son activité en cherchant à se retirer de certaines substances.
Dans la série des fonctions essentielles de la vie humaine, l’innervation vient immédiatement après la nutrition, la reproduction et la protection. Elle est, comme nous l'avons déjà indiqué, le moyen le plus essentiel de toutes les fonctions précédentes. Elle peut, peut-être, se définir au sens le plus étendu, comme une forme de vibration des tissus nerveux. Très bas dans l'échelle de la vie animale, nous voyons apparaître un nouvel organe, le système nerveux, un des nombreux orgenes qui distinguent la vie animale de la vie végétale. Mais l’amibe est douée de motilité sans posséder un tissu nerveux particulier. La substance homogène semble réagir comme une substance nerveuse contre l'action des objets environnants sur sa surface. Dans l'être humain une division très nette s'établit entre les appareils sensoriels, les organes centraux et les divers nerfs moteurs. L'innervation vient après la nutrilion, la reproduction et la protection, parce que, dans la plupart des cas, elle ne sert que de moyen au service de ces dernières fonctions. C'est seulement au plus haut degré de son évolution, dans la vie humaine, qu'elle devient une fonction assez importante de l'organisme pour être, en une certaine mesure, à ellemème sa fin et chercher sa salisfaction propre par des moyens particuliers. Sans la survivance de cette fonction, l'homme ne serait pas un homme. Elle appartient autant à l’organisation particulière de l'homme que les fonctions précédentés.
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L'homme possède en commun avec l'animal quelques fonctions de second ordre, mais à un degré infiniment plus complexe et plus raffiné. La locomotion et la fonction esthétique! sont, par exemple, d'une importance plus apparente dans l’économie de la vie humaine que certaines autres fonctions. Elles sont devenues des traits caractéristiques constitutionnels de l'être humain. L'homme ne serait pas un homme sans son amour pour le beau. Ces fonctions et quelques autres doivent être considérées dans la classification comme étant d'une importance secondaire auprès de celles que nous avons déjà mentionnées, car elles sont bien moins essentielles pour la survivance. L'organisme pourrait exister sans elles, il ne pourrait exister sans les autres.
Nous avons donc étudié les activités qui cherchent à s'exercer pour elles-mêmes, qui sont devenues des éléments constitutionnels de la nature humaine. Le mot « homme » désigne un être qui a toujours eu et qui aura toujours ces traits caractéristiques. Ce sont donc les activités primaires.
[Il n'en est pas de même des activités secondaires dont il nous reste à parler, communication des idées, éducation, gouvernement, religion, cérémonial. Si importantes qu'elles soient, elles sont plutôt des moyens que des fins. Elles n'ont pas d'organes qui leur corresponde dans la constitution de l'homme en tant qu'individu. Ce sont des activités sociales. Dans le chapitre qui les étudiera plus en détail, nous montrerons qu'elles sont en général et en particulier des formes de l'influence sociale, formes soit de suggestion d'idées, soit