‹ L'anthropologie philosophique [microform], consideree comme base de la moraleChapitre 12 sur 25 · MM · texte numérisé non relu

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est révolution des idées. Etant donné l'esprit humain et les moyens liumains de communication, c'est là un résultat inévitable des expériences accumulées des générations. Darwin a dit que la vie était une lutte pour l'existence. Dans cette lutte, quelles sont les choses qui assurent la suprématie et la vie à certains individus et à certaines nations? La force physique, la souplesse intellectuelle et l'habileté sont évidemment des éléments de succès. Ne pouvons-nous pas dire que ceux-là survivront qui centraliseront le plus de force, qui pourront servir de conducteurs à la plus grande somme d'énergie physique, qui feront preuve du plus puissant génie directeur dans l'usage et l'agencement des forces cosmiques ou non humaines au moment critique et à l'endroit critique? Ainsi, dans les chocs de forces opposées, le résultat est déterminé d'avance. Gela ne s'applique pas seulement à la guerre. La force physique peut jouer un grand rôle dans la centralisation de l'énergie, mais la connaissance de forces cosmiques, comme la puissance des explosifs, et la possession d'agencements matériels, comme les vaisseaux et les canons, ont une efficacité mille fois supérieure. L'éducation par suite et la science, en un mot la personnalité combinée avec la possession des agencements non humains fait de l'homme le conducteur de forces le plus puissant dans la lutte pour la survivance. Même s'il périt comme individu, il lègue à ses descendants son organisation physique et ses biens matériels ; son espèce, où sa famille survit dès lors parce qu'elle est la plus forte.

Mais l'expression « survivance des plus forts » n'est pas assez exacte. Il n'y a pas simplement une survivance des plus forts au point de vye individuel, mais

une survivance des plus puissants centres de forces cosmico-humaines, c'est-à-dire une survivance de l'homme le plus fort ou de la nation la plus forte, en spécifiant bien qu'une grande partie de leur force peut résider dans le milieu environnant ou dans la coopération d'éléments humains et non humains, dans leur adaptation mutuelle. Le déterministe peut dire que l'élément non humain s'accorde avec l'élément humain pour produire le résultat. Le terme : « les plus puissants centres de force » impliquera aussi ces deux éléments. C'est en grande partie le milieu qui explique la survivance de certains peuples. Si, pour un instant, nous concentrons toute notre pensée sur l'homme, nous pouvons dire que l'énergie est l'élément central de sa personnalité. C'est le fond commun dans lequel se résolvent toutes les formes d'énergie cosmiques et humaines qui agissent sur lui par l'hérédité et par le milieu; c'est la source de toutes ses activités diverses, mentales ou physiques. L'élément commun, opposé à lui dans l'univers, est l'utilité. C'est le résultat de certaines de ses activités quand elles dépassent sa propre constitution ; et de ce fond commun il tire les diverses formes de satisfaction de ses besoins. L'énergie et l'utilité sont les deux pôles contraires de la philosophie anthropocentrique. Mais cela ne nous suffit pas. Notre but présent est de reconnaître tous les éléments de survivance sous les formes d'énergie humaine ou non humaine. La raison de la suprématie de l'homme sur notre planète, c'est, nous pouvons le dire, qu'il est plus apte que certains autres êtres à se rendre maître de centres d'énergie puissants à des moments critiques. Cela explique ses luttes contre les formes de la nature animée ou inanimée. Cela explique les luttes et la survivance des indi-

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i06 ANTHfiOPOLOGIE PHILOSOPHIQUE

vidiis OU des races. La puissance de l'homme comme accumulateur de force est un résultat à la fois de l'intégration et de la ditlérentiation de la substance. Dans l'individu et dans la race, il s'est amassé une énergie latente grâce à une intégration de matière due, d'un coté, à une hérédité favorable, et d'autre part, à un milieu favorable, c'est-à-dire à un milieu fournissant abondamment nourriture et protection. La difîérentiationde substance qui est nécessaire est peut-être une ditlérentiation de substance cérébrale accompagnant l'évolution des idées ou de la substance ambiante qui aboutit à des machines et à des agents prêts à se mettre au service de l'homme. Ces facteurs sont en partie acquis au cours de la vie ; mais la plupart sont un legs de nos ancêtres. L'antique adage « Savoir c'est pouvoir » n'est qu'une demi-vérité. Une machine est une puissance, la constitution physique et mentale est une puissance, les alliés cosmiques de l'homme constituent aussi une puissance. Mais ces deux derniers facteurs restent relativement identiques à eux-mêmes, au cours de l'histoire de l'humanité. Aussi le progrès de la civilisation dépend-il principalement d'une complexité croissante des idées et des machines ou d'agencements utiles de la substance. Les livres peuvent être mis au nombre des plus utiles de ces agencements de substance. En additionnant tous ces facteurs, nous pouvons dire que le progrès consiste en ce que chaque génération possède plus d'énergie latente que la génération précédente. Pourquoi le sceptre de la civilisation est-il passé peu à peu entre les mains des nations occidentales et septentrionales, des Égyptiens aux Anglo- Saxons? Ce n'est pas uniquement parce que certaines nations arrivaient l'une après l'autre au maximum

d'instruction, mais parce qu'elles devenaient plus énergiques. Un héritage de livres et d'agents matériels ne suffit pas : une personnalité est nécessaire pour les utiliser. Quand la réserve d'énergie s'épuisait dans une race dégénérée, c'étaient les nouvelles races fortes vivant dans un milieu plus favorable au développement de l'énergie qui recevaient et utilisaient l'héritage du passé. Aucune époque préhistorique plus que l'époque glaciaire ne fut plus favorable à la production d'énergie, de force physique et d'industrie ingénieuse ; plus tard ce furent les milieux froids et âpres qui suscitèrent le plus d'énergie et de persistance dans la domination des choses environnantes, qui favorisèrent l'éclosion des plus hautes civilisations. Tant que la science et les forces économiques toujours croissantes ne se heurteront pas à des difficultés insurmontables, nous pouvons supposer que, au nord, l'étoile de l'empire marchera peut-être vers les immenses espaces du Canada et de la Sibérie. Nous consolerons le pessimiste en lui affirmant que la civilisation est un résultat de la souffrance. Les peuples qui ont pu sans périr supporter le mieux la faim, la soif, le froid, ou les luttes sanglantes dans la France glaciaire, dans l'Egypte aride ou dans les forêts du nord, sont ceux qui ont posé les fondements des empires futurs.

Nous n'examinerons pas les autres lois de la physique philosophique. La question de savoir si l'universalité de causalité est vraie de tous les phénomènes humains a été implicitement comprise dans tout ce que nous avons dit au sujet du libre arbitre. La conclusion la plus raisonnable, c'est que cette loi reste toujours vraie et que l'homme ne fait pas exception à cette règle. Nous ne pouvons pas douter non plus que la loi de

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