‹ L'anthropologie philosophique [microform], consideree comme base de la moraleChapitre 11 sur 25 · Pp · texte numérisé non relu

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Si on leur demande à quoi ils reconnaissent que la matière est le substratum de toute réalité, ils en appellent au témoignage de leurs sens. Selon eux, toute science est dérivée de l'expérience. Ils passent rapidement et avec impatience par-dessus les subtilités psychologiques que soulèvent leurs adversaires sur ce point. Peu leur importe que nos sens nous trompent parfois ; leur témoignage, disent-ils, est en résumé supérieur à tout autre. La science aussi bien que le sens commun de l'humanité partent de la croyance à la réalité objective de la matière. Ce sont seulement d'insensés raisonneurs qui se sont avisés de révoquer en doute son existence. 11 faudrait une grande dose de naïveté dans les raisonnements et manquer d'équilibre intellectuel pour douter de l'existence de la matière au point de régler sa vie d'après l'hypothèse contraire. Si l'on demande au matérialiste d'expliquer les idées innées, le sens moral et la conscience, il répond que ce sont là des faits héréditaires en ce qui concerne l'individu, et le produit de l'expérience lorsqu'il s'agit de la race. Tels sont les postulats extrêmes de la théorie soutenue avec quelques variantes par Auguste Comte, Stuart Mill, Biichner, et, nous pouvons le dire également, par Spencer, chez les philosophes; par Darwin, Huxley, Tyndall, Helmholtz, chez les savants. On peut rechercher l'origine moderne de cette doctrine en remontant à Bacon et Descartes, par l'intermédiaire de Locke et de Hume.

En étudiant la question à la lumière de ces principes philosophiques, que dirons-nous de l'homme considéré comme espèce, comme individu et dans ses relations sociales? Tout d'abord nous pouvons nous demander quelle explication de la vie humaine on pourrait déduire

des lois de la philosophie moniste et matérialiste examinée précédemment. La réponse tiendra en peu de mots. L'homme, diront ces philosophes, est simplement un animal, un aspect plus élevé de la vie animale ayant évolué par d'innombrables phases intermédiaires, partant des degrés les plus bas dans l'échelle végétale et animale. Le matérialiste, niant l'existence de l'esprit ou de l'âme, nie la possibilité d'une vie future. Ne reconnaissant d'autre Dieu que l'essence matérielle que nous appelons l'univers, il considère les religions comme n'ayant aucune réalité spiritu^le pour ce qui est de l'objet de leur culte. Il les considère comme utiles, peut-être, pendant un certain temps, au développement de la race, parce qu'elles peuvent alors ajouter de la force à certaines formes de pensées et d'action ; mais il les croit destinées à disparaître devant la diffusion croissante de la science. Si ces penseurs, qui rejettent la religion, ne peuvent trouver à l'éthique de base scientifique, ils doivent être les plus misérables de tous les hommes. Ils considèrent ou plutôt quelques-uns d'entre eux considèrent l'éthique comme impossible, puisque leur système nie la liberté de la volonté et la possibilité du choix de nos actions. L'homme n'est plus alors que le jouet des forces environnantes. Cependant, et nous le verrons plus tard, la morale peut exister même dans le système matérialiste.

Passons maintenant en revue, d'une façon plus .détaillée, les principales idées générales de l'anthropologie philosophique. Éclairés par la psychologie biologique et les recherches sociologiques, quelles réponses pourrons-nous donner aux questions suivantes : Quelle est la caractéristique essentielle de la vie humaine? Quels rapports réunissent l'homme au règne animal?

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Quelle est la position de l'homme au milieu de l'univers? Est-il le résultat d'une évolution? Si oui, quelles sont les phases de son évolution? Quelle est Tongine des variétés connues sous le nom de races humaines ? L'homme est-il doué de la liberté de volition, est-il une exception à l'égard du reste de l'univers? Quelle est l'influence relative de l'hérédité et du milieu sur l'individu? Quelle est l'origine et l'explication des institutions sociales?

L'auteur croit que la plupart des questions précédentes sont loin encore d'être tranchées; mais, à son avis, dans l'état présent des recherches, les déclarations qui Vont suivre ont pour elles une forte évidence. Comme on a pu le voir clairement dans les chapitres consacrés à lïndividu et à la race, la biologie révèle une grande ressemblance entre l'être humain et les animaux supérieurs. Les animaux possèdent probablement toutes les facultés mentales et toutes les aptitudes physiques de l'homme ; il n'y a aucune différence d'essence; il y a seulement une différence de degré. Par sa nature, l'homme est un animal, quoique cependant de l'ordre le plus élevé et autant que peut le savoir la science, l'ordre d'existence le plus élevé de l'univers. Cependant il est parfaitement permis de supposer que l'évolution plus longue de planètes plus anciennes a produit ailleurs un type mental plus élevé que le sien. L'homme n'est qu'un accident infime dans l'histoire du monde, si on le juge d'après le temps qui s'est écoulé depuis son apparition. La vie humaine ne remonte pas au-delà de 200.000 années, ce qui ne fait même pas la 500^ partie de l'histoire totale de la vie sur le globe. Et pendant 5.000 ou 6.000 années seulement de cette période, il a été assez avancé en civilisa-

tion pour laisser de son existence d'authentiques témoignages historiques.

Si l'on se sert de l'évolution pour expliquer l'origine des espèces vivantes inférieures à l'homme, il est tout aussi raisonnable de croire que l'espèce humaine est dérivée de l'hypothétique pithecanthropus, espèce de singe maintenant disparue. Peut-être que les restes de « l'anneau manquant» ont été déjà découverts et sont représentés par les ossements trouvés à Java (Pithecanthropus erectus) ou par le crâne de Neanderthal. En attendant des preuves nouvelles, l'emploi de l'hypothèse évolutionniste, dans les sciences anthropologiques et sociales, répand sur cette question des flots de lumière. Il n'est plus permis de douter que l'homme ait évolué de l'état sauvage à l'état actuel. Les instruments et les autres témoignages des civilisations passées, mis au jour par la préhistoire, prouvent qu'il en a été de même sur toutes les parties du globe. Bien que toutes les tribus n'aient pas traversé régulièrement toutes les phases connues sous le nom d'âge de pierre, âge de bronze et âge de fer, ces termes précisent assez bien les diverses étapes de cette évolution. Elles ont certainement passé de l'âge de lâchasse et de la pêche à l'agriculture et finalement à l'industrie moderne.

La race humaine n'est qu'une espèce au sens biologique. Il est très probable que l'espèce humaine a eu son origine dans un où deux continents seulement et non dans tous les continents oii on la rencontre à présent. Qu'une famille unique de singes ait évolué ou non vers la forme humaine, les familles humaines qui se sont répandues dans les différentes régions sous des climats extrêmes ont pu acquérir des couleurs différentes et des caractéristiques ethniques différentes. Ljcs pro-

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dessus d'adaptation, de variation, de métissage, d'acclimatation, de dillérentiation et de spécialisation sont de grands facteurs qui expliquent l'histoire moderne des peuples aussi bien que celle des individus. Pour ce qui est de la structure corporelle, Thomme possède, en commun avec les végétaux, les propriétés de nutrition, de croissance, de génération et de motilité. Il a en commun avec l'animal l'innervation, la sollicitude pour la progéniture et l'instinct de conservation.

Après cette discussion, un peu longue, des questions les plus douteuses qui rentrent dans le domaine de notre étude, nous pouvons maintenant essayer d'agencer en systèmes les lois qui, en vertu de notre hypothèse, constituent l'essence de l'anthropologie philosophique. Nous remarquons que l'homme diffère seulement en degré, mais non point en essence de toutes les autres formes de la matière et des autres existences biologiques; nous devons en conclure qu'il est soumis aux mêmes lois fondamentales qui régissent ces dernières. Notre tâche, par suite, comprendra une recherche de toutes les généralisations de toutes les sciences, et une détermination du degré relatif de leur action sur la vie humaine. Dans les pages suivantes, nous nous efforcerons de choisir celles qui ont la plus grande importance en anthropologie. Pour plus de commodité, elles pourront être classées comme les lois de l'anthropologie philosophique et dérivées respectivement : 1° des lois de la physique philosophique ; 2" des lois de la biologie philosophique; 3*» des lois de la psychologie philosophique; 4" des lois de la sociologie philosophique; 5° des lois spéciales de l'anthropologie qui ne s'appliquent pas aux autres sciences.

SYNTHÈSE. HYPOTHÈSES lOi

Parmi les lois s'appliquant à l'anthropologie philosophique et dont la physique et la chimie ont beaucoup contribué à démontrer le caractère universel et fondamental, nous citerons les lois : V de l'indestructibilité de la matière; 2"" de la persistance du mouvement; 3"* de la persistance de la force ou de la conservation de l'énergie ; 4° de l'universalité d'attraction et de répulsion; 5° de l'universalité de causation; C* de la transformation et de l'équivalence des forces ; 7"* de la résultante des forces ou du principe de moindre résistance ; S"" du rythme ; 9° de la redistribution de la matière et du mouvement, ou lois de changement, d'évolution et de dissolution. Il faut ajouter aussi les lois d'équilibre et d'adaptation. La loi de survivance est l'équivalent des deux lois de l'indestructibilité de la matière et du mouvement. La loi de la survivance des individus adaptés est, commee nous allons le voir, une loi différente. La loi d'économie signifie : Les forces suivent toujours la ligne de moindre résistance. La loi de réaction à laquelle on fait souvent allusion dans les sciences sociales peut être ramenée généralement à la loi du rythme.

Peu de gens nieront que les lois que nous venons de formuler s'appliquent à la vie humaine, à l'exception de ceux qui considèrent la liberté de la volonté comme indépendante de la loi de la causalité universelle. Nous ne voulons pas entreprendre une nouvelle discussion de cette question, mais nous admettrons que la théorie déterministe est celle qui se rapproche le plus des faits et est en même temps la plus compatible avec les conclusions des autres sciences. Au lieu de remplir le peu d'espace qui nous reste par des exemples d'application de chaque loi, il vaudra

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beaucoup mieux parcourir de nouveau celle lisle, en examinant quelles sont celles de ces lois qui sont les plus importantes en anthropologie.

Tout d'abord n'a-t-on pas fait trop peu de cas de la loi d'attraction dans la philosophie générale aussi bien que dans l'anthropologie? Peut-on saisir la grande question biologique de l'adaptation du milieu sans tenir compte de celte loi? Elle semble avoir une importance aussi capitale dans la philosophie générale que les lois de rindestructibilité de la matière et de la persistance du mouvement, car ce sont ces lois qui expliquent la présence d'un certain corps à un certain endroit, à un certain moment. La position d'un corps donné est due non seulement à son mouvement originel qui lui fait parcourir une ligne droite, mais à l'atlraction des autres corps. L'une des deux forces peut être appelée centrifuge, l'autre centripète. 11 en résulte que le corps décrit une courbe. Dans les termes d'attraction et de répulsion rentrent par définition les phénomènes similaires observés dans la gravitation, l'attraction électrique et les affinités chimiques. Non seulement en physique et en chimie, mais dans toutes les autres sciences, on observe de semblables lois d'attraction que l'on expliquera sans doute un jour comme de simples variantes de la forme commune. Pour ce qui est de l'agréable théorie de rattraction sociale, il ne faut pas la prendre au pied de la lettre. L'attraction qui pousse deux individus l'un vers l'autre résulte probablement d'une conformité d'idées et de sentiments qui peut se ramener à une harmonie des vibrations physiques; certainement l'activité mentale est également réductible en théorie à des affinités chimiques, mais ce n'est pas là l'élément caractéristique du phénomène en question.

L'adaptation est une relation tendant à persister en deux existences. Sans les forces contrariant leurs mouvements, les corps en question resteraient en parfait équilibre. Mais, comme nous venons de l'indiquer, la position des corps eux-mêmes, c'est-à-dire leur adaptation réciproque, est déterminée par les lois de mouvement et d'attraction que nous avons mentionnées il y a un instant. Il peut y avoir adaptation d'atome à atome, de partie à partie, de l'ensemble au milieu environnant. Tous ces cas peuvent être expliqués de façon identique.

Il nous faut maintenant examiner ce qu'il faut entendre par cette expression : « Survivance des plus aptes.» Des plus aptes à quoi? A survivre? Il faut évidemment donner à ce terme une signification plus précise. Jetons les yeux sur l'univers : Qu'est-ce qui survit? La forme passe, la substance reste. La forme est relative ; la substance est absolue. Mais il y a des degrés de relativité. Nous pouvons ajouter que les mieux adaptés survivent. Ce qui est mal adapté au milieu disparait. Mais ces formes que nous appelons les mieux adaptées ne survivront pas toujours, car elles ne seront pas toujours adaptées à leur milieu futur. Le milieu lui-même change. Par suite, notre loi ne doit pas être interprétée comme si elle assurait la survivance aux choses adaptées au milieu. Notre affirmation relative à la survivance doit être corrigée par l'adjonction de cette proposition circonstancielle : « Aussi longtemps que les conditions restent les mêmes. » Dans un milieu en évolution, nous pouvons espérer la survivance des formes également en évolution. De là l'hégémonie de l'homme sur la terre. Quels sont les facteurs essentiels de l'évolution humaine? L'un d'eux

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