INTRODUCTION
Depuis la création des études anthropométriques, nombreux sont les auteurs qui ont multiplié les mensurations; mais ces mesures n'élaient souvent pas comparables entre elles, car la technique et les points de repère des opérateurs étaient différents : les uns, mesurant sur le squelette, les autres sur le vivant ; et les auteurs n'avaient pas tiré de cet ensemble de matérlaux épars une méthode d'observation médicale qui permit de juger du développement normal ou anormal du corps humain. Pour créer un tel moyen d'investigation, il était nécessaire d’avoir une unité de mesure d’une impeccable rigueur et d'établir des rapports constamment vérifiés entre les divers segments du corps. C'est ce qu'a fait notre maître, M. le professeur agrégé Etienne Martin, et il a dirigé l'anthropométrie dans la voie de l'étude des dégénérescences physiques.
Hate La fiche anthropométrique de Bertllon créée pour l'identification des récidivistes lui a paru l’unité de mesure d’une valeur scientifique réelle, car, partant, dans tous les cas, et quel que soit l'opérateur, les chiffres obtenus sont identiques, et l’ « écart tolérable » très minime. De plus, Bertillon a pris soin de réunir tous les documents obtenus ainsi dans des conditions absolument semblables et, en vertu de lois mathématiques précises, il en a tiré les « dimensions moyennes » des segments du corps humain. Cette fiche anthropométrique, malgré quelques imperfections (ne mesurant qu'un des côtés du corps elle ne relève pas les asymétries) est un véritable petit chef-d'œuvre « où le médecin peut fouiller non seulement les anomalies de développement, mais la psychologie et l’histoire du passé de certains individus! ».
Restaient à établir les rapports normaux constants entre les différents segments du corps. M. Et. Martin les pose ainsi: « En étudiant 8.265 sujets nés à Paris, Bertillon a établi une série de dimension moyenne de chaque mensuration par âge d’où nous déduisons les règles suivantes pour les rapports généraux que nous désirons établir entre les segments anthropométriques.
« L’envergure l'emporte généralement sur la hauteur de la taille de 3 à 7 centimètres.
1 Alph. Bertillon, Notice sur le fonctionnement du Service d'Identification de la Préfecture de police suivie de tableaux numériques résumant les Documents anthropométriqués accumulés dans les archives de ce service, Paris, Masson, 1889.
? Etienne Martin, l'Anthropométrie des dégénérés (Archives d'Anthropologie criminelle et de Médecine légale, avril 191).
« Le buste l'emporte sur la demi-taille de 4 à 5 centimètres.
« Nous avons trouvé que, dans la majorité des cas, la hauteur de l'oreille droite était égale au tiers du diamètre antéro-postérieur maximum du crâne, et cela à quelques millimètres près.
« La coudée gauche est sensiblement égale à quatre fois la longueur du médius gauche. Pour étudier les rapports entre le développement de la main et du pied, nous avons établi que la longueur du pied gauche est sensiblement égale à trois fois la longueur de l’auriculaire gauche. »
De telles règles se vérifient dans la majorité des mensurations inscrites sur les fiches. Mais Bertllon a prévu les cas anormaux, et le mensurateur doit souligner sur la fiche ou indiquer (rv.) c’est-à-dire « revu » pour montrer que les chiffres obtenus sont exacts malgré leur caractère exceptionnel. Il y a des exceptions, relativement peu fréquentes, à ces règles générales : prenons, par exemple, le rapport du buste à la taille. Perrier ! donne comme proportions :
27,24 0/0 de bustes supérieurs à la 1/2 taille de o à 5 cent.
Pour les bustes supérieurs de 10 à 13 centimètres, il ne trouve plus que 3,40 pour 100, et pour ceux l’emportant de 13 centimètres à 17 cm. 5, seulement 0,81 pour 100.
Dans l’ordre inverse, il rencontre 0,23 pour 100 de
1 Dr Ch. Perrier, le Buste et ses rapports avec la taille chez les criminels {Archives d'Anthropologie criminelle, sept.-oct., r910).
TRE bustes égaux à la demi-taille et 0,69 d'inférieurs de o à 12 centimètres.
L'écart entre ces divers chiffres nous frappe aussitôt, et, à ce point de vue, les résultats des auteurs sont identiques,
C’est par l'étude de ces cas anormaux, de ces « excepceptions anthropométriques », et par les conclusions auxquelles elle ne manquera pas d'arriver, que là méthode nouvelle justifie de son utilité et de sa valeur. M. le professeur agrégé Et. Martin a poursuivi cet ordre dé recherches à la prison Saint-Paul; nous avons eu le rare bonheur de l’accompagner dans ses visites pendant une année entière. Le gardien mensurateur de la prison, mis au courant des principes généraux de la méthode, faisait défiler devant nous les individus qui s'étaient signalés à son attention par une fiche à rapports segmentaires anormaux. Le sujet était examiné par nous, l'observation prise, les mensurations notées, ét à chaque nouvelle visite s'imposait de plus en plus à notre esprit la conviction que l’anomalie des indices anthropométriques, lorsqu'elle atteint une certaine grandeur, une cerlaine modalité, acquiert une valeur réelle au point de vue anthropologique. C'était tout un côté neuf de la question des dégénérescences physiques qui nous apparaissait à mesure que se montraitent à nous, sélectionnés comme nous l'avons dit, tous ces anormaux, ces «mal bâtis », ces « mal faits » qui souvent étaient en même temps .des dégénérés mentaux, des débiles, des arriérés, des déséquilibrés ou des imbéciles.
Nous avons donc en main le moyen de dépister par
la mensuration les anormaux d’une collectivité et de nous faire une idée précise du développement physique de ces individus. Nous verrons ainsi qu'ils ont souffert dans le développement de leur être, dont l'accroissement, selon un rythme harmonieux, a été dévié, Ces «mal faits » seront, la plupart du temps, les fils de parents alcooliques ou atteints de tares dégénératives multiples qui auront imprimé leur marque dans le corps et souvent dans l'esprit des descendants. Parfois aussi les tares héréditaires seront nulles et nous aurons alors affaire à ces dégénérés dont Lasègue devait dire qu'ils héritent d'eux-mêmes. Mais dégénérescence héréditaire ou dégénérescence accidentelle par action des maladies de l'enfance ou de l'adolescence, les produits sont identiques et comparables entre eux.
Est-ce à dire que nous possédions là un procédé impeccable de filtration des non-valeurs ? Notre mailre a pris soin de répondre à la question en disant: « IL est certain que tous les débiles, tous les aliénés ne présentent pas des anomalies de développement suffisantes pour leur imprimer un masque spécial, mais on pourrait tout au moins en dépister un grand nombre ».
C'est l'exposé de la méthode d'observation anthropométrique des dégénérés que nous allons faire 1c1. Après avoir rapidement envisagé le développement normal du corps humain, nous étudierons les anomalies des rapports des segments : 1° Entre la taille etle buste; 2° entre la taille et l’envergure ; 3° entre la hauteur de l'oreille et le diamètre antéro-postérieur maximum de
la tête; 4° entre la main, la coudée et le pied.
Re ep