‹ L'Anthropométrie des dégénérés: Rapports entre les mensurations des différents segments anthropométriquesChapitre 7 sur 22 · CROISSANCE DU CORPS HUMAIN ET SES DÉVIATIONS PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

CROISSANCE DU CORPS HUMAIN ET SES DÉVIATIONS PATHOLOGIQUES

Avant d'entrer dans le détail d'une étude sur les rapports des segments anthropométriques, 1l peut paraître utile de jeter un coup d'œil sur la façon dont se fait la croissance du corps humain et de ses diverses parties, d’en établir le rythme normal et les déviations pathologiques sous l'influence de multiples facteurs.

« On donne le nom de croissance à l’ensemble des phénomènes intérieurs par où le nouveau-né augmente en dimensions, c'est-à-dire en poids, en volume et en longueur'. » À la base de tout phénomène de croissance se placent des transformations, des hypertrophies et des multiplications des éléments cellulaires en rapport avec leurs mouvements d’assimilation et de désassimilation. C’est aux troubles de nutrition et d'accroissement des éléments anatomiques qu’il faut remonter pour expliquer « les troubles d'accroissement qui constituent les altérations pathologiques des parties plus complexes de l'organisme » (Manouvrier). La croissance du tissu osseux nous intéresse plus spécialement,

! Bonnier, article Croissance du Dictionnaire Richet.

car les dimensions et les proportions des diverses parties du squelette conditionnent les dimensions et proportions du corps. La théorie classique est celle d'Oller-Flourens : la longueur des os augmente par l'apposition des couches nouvelles issues du cartilage de conjugaison seul. La limite de la croissance est atteinte lorsque se fait l’ossification spontanée ou prématurée de ces cartilages. Ces idées étayées sur de nombreux faits expérimentaux et chniques n'ont peutêtre pas la valeur et la rigueur qu’on leur attribue généralement. C’est ce qui ressort du travail récent de M. Folliasson sur la « croissance des os », préconisant le retour aux idées de Duhamel (1739-1742). Folliasson, après une critique serrée des arguments histologiques, expérimentaux et cliniques de Flourens et Ollier, conclut d’une série d'expériences faites avec MM. Gallois et Latarjet que, contrairement à la théorie classique, l'accroissement de l'os en longueur a son maximum dans la région juxta-épiphysaire, dans la portion bulbaire de la diaphyse, l’épiphyse restant en dehors de l'accroissement de l'os. « Le cartilage apparaît dès lors comme une sorte de zone neutre recouvrant le bourgeon vasculaire provenant de la diaphyse et permettant à celle-ci de se développer librement. »

Quoi qu'il en soit des phénomènes intimes qui se passent dans les os, leur résultat est l'augmentation de la taille et des autres segments du corps. Ce rythme d’accroissement n’a pas la belle régularité ascendante

1 Folliasson, Contribution à l'étude de la croissance des os (thèse

de Lyon 1911).

LSPRE que Quételet et Gould lui avaient assignée. C’est un fait acquis que la croissance de l'organisme n’est pas uniforme et régulière, mais sulat des alternances suecessives, les phases d'accélération succédant aux phases de ralentissement. Bowditch, Pagliani, Roberts l'ont démontré, mais ces faits qui ressortent déjà des statistiques de ces auteurs sont encore plus évidents lorsqu'on se reporte aux études comme celle de Godin, où les mêmes séries d'individus sont suivies pendant plusieurs années.

D'après Thomas, « l'activité de la croissance de la longueur du corps et de son poids est la plus grande dans les derniers mois de la période viscérale ». De 5o centimètres à la naissance, la taille est, à 1 an, de 70 centimètres, pour doubler ensuite de 1 à 13 ans. Mais cel accroissement se fait avec un rythme particulier : l'enfant grandit de 6 cm. 5 à 8 centimètres entre 1 el 7 ans, puis seulement de 4 em. 5 à 5 centimètres entre 7 el 15 ans. À ce dernier âge, la taille moyenne est d'environ 1 m. 45 (Comby), 1 m. 424 (Bertillon), 1 m. 452 (Godin). Pour la période comprise entre 13 ans 1/2 et 17 1/2, si intéressante par le fait qu’elle englobe la puberté (15 ans et 2 mois (Godin), nous nous reporterons aux chiffres si bien établis par Godin.

Voici ses résultats :

ITauteur du vertex debout.

Ages, AS NEA MOIS MM O ME C Er 171/2 Hauteur . 1452 1466 1498 1536 1555 1581 1601 1619 1636 Accroisse-

ment . 12 32 38 19 20 20 18 17

nie

Le gain total est done, pour ce laps d'années, de 18 cm. 4, chiffre voisin de celui de Variot et Chaumet (18 cm.). Autre conclusion en opposition avec les vues de Quételet : pendant l’année qui précède la puberté, la croissance qui avait subi un véritable arrêt reprend brusquement, atteint un maximum et décroît ensuite.

À quel âge l’homme est-il au summum de sa croissance? Il semble bien résulter de l’ensemble des recherches que c'est à partir de 30 ans que l’homme possède sa taille maxima. La taille moyenne est d’environ 1 m. 65. Ajoutons qu'on sait bien aujourd’hui que les deux côtés du corps ne se développent pas d'une façon identiquement parallèle : le côté droit est en avance sur le côté gauche, bien entendu dans les limites qui n'altèrent pas de façon trop frappante les proportions du corps. Cette dissymétrie, naturelle, en quelque sorte, de l'homme droit et de l’homme gauche subsiste à l’état adulte, ainsi qu'il résulte des recherches de Harting, Raymondaud, Et. Rollet.

La taille dont nous venons de suivre l'accroissement n'est elle-même qu'un composé de parties superposées : tête, cou, tronc, membres inférieurs, qui évoluent chacune pour son compte et avec des mouvements ascensionnels qui ne sont pas synchrones. Pour ne pas sortir de notre sujet nous n’étudierons parmi ces segments que ceux qui sont notés sur la fiche bertillonienne.

C'est ainsi qu'on désigne sous le nom de buste l’ensemble formé par La tête, le cou et les portions suset sous-trochantériennes du tronc. Sa hauteur se mesure par la distance qui sépare le vertex du plan bi-

Eu ue ischiatique sur lequel repose le corps dans la station assise. Perrier dit qu’à la naissance le buste est fort long comparativement aux jambes. Ce fait ressort aussi de l'examen du tableau de croissance des segments du corps établi par Stratz, complété par Sauvage et Weill. Vers 2 ans 1/2, la moitié de la hauteur de la taille passe par le nombril. À 6 ans, l'enfant qui a 6 têtes en hauteur a 2 têtes 2/3 pour les jambes. Vers 13 ans 1/2, le membre inférieur (769 mm.)est plus long de 12 millimètres que le buste (Godin); l'écart s’accentue encore à 14 ans 1/2 puis diminue et se renverse si bien qu’à 17 ans 1/2 le buste (858 mm.) l'emporte de 4 millimètres sur la longueur du membre inférieur. Donc les périodes de plus grande croissance du buste et du membre inférieur ne coïncident pas mais « tout en affectant une certaine indépendance l’un vis-à-vis de l’autre, la différence de leur rythme établit une compensation entre leurs accroissements respectifs, de telle sorte qu'il n’en résulte aucun arrêt dans la croissance de la taille ». Autre conclusion : la taille s’allonge avant 15 ans 1/2 par le membre inférieur; après cet âge, par le buste. D'après les données de Bertllon, le buste semble arrivé au terme de sa croissance continue vers 21 ans avec une moyenne de o m, 8773.

Le membre supérieur a, lui aussi, au point de vue qui nous occupe, une grande importance. L’envergure, c'est-à-dire la distance qui sépare l'extrémité des deux médius, les bras étant étendus horizontalement en croix, comparée à la stature, nous fournira d’intéressantes constatations. Pour Bertillon, l’envergure croît

To — de façon régulière jusqu'à 21 ans où elle atteint une dimension moyenne de 1 m. 681 correspondant à la taille moyenne 1 m. 646. La période d'augmentation accélérée de l'envergure serait pour Wiasemsky, celle qui va de 13 à 16 ans. Cet auteur trouve la grande envergure moindre que la taille jusqu’à 10 ans, puis survient une légère différence au profit de l’envergure jusqu à 15 ans révolus. À partir de 16 ans, l’envergure dépasse fortement la taille. Les différences observées aux divers âges entre ces deux mensurations tiendraient à la différence de leur mouvement d'accroissement. On peut même dire qu'à tous les âges, la courbe ascensionnelle de l’envergure l'emporte sur celle de la taille (Gould, Ricardi, Topinard). Dans les tableaux de Bertillon, nous faisons des constatations semblables : taille et envergure sont égales aux environs de 14 ans, puis cette dernière reste constamment supérieure. Au delà de 40 ans, la divergence s’accentue encore, mais cela tient au lassement éprouvé par la taille.

Telle est, rapidement esquissée, la marche générale de la croissance normale, harmonieuse, mais nombreuses sont les causes qui pourront l’entraver, la faire dévier : causes sociales, influences héréditaires, influence de l'alimentation, du climat, des divers états maladifs, tous éléments qui peuvent modifier la courbe régulière de la croissance.

Bien plus grande est la place que prennent, dans ce processus, les glandes à sécrétion interne. À vrai dire, quelques-unes ont une influence discutée, mais pour les autres, la démonstration n’est plus à faire.

L'insuffisance thyroïdienne, surtout si elle débute chez l'enfant, provoque des troubles intenses de nutrition et un arrêt de développement du squelette produisant le type connu du nanisme thyroïdien : grosse tête sur un corps petit mais bien proportionné dans son ensemble. C’est là un type qu'il ne faut pas confondre avec l’achondroplasique par absence du cartilage de conjugaison où la tête et le corps normaux font un frappant contraste avec les membres trop petits et disproportionnés.

A l’action favorisante exercée sur la croissance par la thyroïde, il faut opposer l’action antagoniste, frénatrice et relardante, exercée sur ce même processus par la sécrétion interne de la glande génitale. Les sujets chez lesquels une telle action n'intervient pas ou intervient trop tard subissent un accroissement anormal du tissu osseux portant surtout sur les membres inférieurs dans lesquels le tibia s’allonge plus que le fémur (Lacassagne, Lortet, Poncet).

L'acromégalie où maladie de Pierre Marie a été longtemps considérée comme étant en relation uniquement avec des altérations de l'hypophyse. Pourtant la pathogénie uniciste de l’acromégalie semble perdre du terrain; cette maladie apparaît de plus en plus comme la résultante d’altérations diverses des glandes à sécrétion interne et en particulier de la triade génitothyro-hypophysaire.

Telles sont les multiples causes qui peuvent intervenir pour troubler la marche normale de la croissance du corps humain. Nous allons étudier maintenant la modalité de quelques-unes de ces déviations dues aux

Deer ue lares dégénératives héréditaires ou accidentelles et qui Peuvent être reconnues à la simple lecture des mensuralions portées sur la fiche anthropométrique. Nous espérons pouvoir ainsi fixer les règles d'une méthode

nouvelle d'observation anthropométrique.

CHAPIPRENIT

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