‹ L'Anti-HugoChapitre 1 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Avant d'analyser les ouvrages de M. Victor Hugo, il nous a paru utile de chercher à nous rendre compte des principes et du système de composition de l'auteur; car l'auteur a un système de composition et des principes qu'il expose franchement, qu'il applique avec une admirable constance, et qu'il importe de connaître, pour apprécier à sa juste valeur, un des génies les plus étonnants de notre époque. Nous avons donc lu ses romans, ses drames et

ses poésies lyriques, avec les notes, dissertations et préfaces qui les accompagnent. Voici ce que nous y avons trouvé de plus saillant sur ses doctrines en général, et, en particulier, sur la poétique nouvelle dont il a doté la jeune France, et qu'il semblerait, comme l'a dit un écrivain allemand, avoir composée tout exprès pour sa poésie.

Il y a, dans M. V. Hugo, l'homme religieux, l'homme politique, et l'homnie de lettres. C'est en le considérant sous ce triple rapport, qu'on se formera une idée plus juste de la trempe de son esprit, de la nature de ses convictions, et du but de ses ouvraafes.

Comme homme religieux, M. V. Hugo n'aime point Voltaire, et nous ne nous lui en faisons pas un reproche.

Ce n'est , dit-il , qu'un singe de génie ,

Chez l'homme, en mission, par le diable envoyé.

11 se moque de ses plaisanteries : « Contre lesmarqui- » ses, les nonnes, les capucins, et autres monstres de )» l'ordre social, plaisanteries que suivirent si heureuse- » ment les guillotines, les fusillades, les mitraillades, les » bateaux à soupapes, et autres drôleries tout-à-fait déli-

> cates. •• (façon d'écrire, soit dit en passant, qui prouve que l'ennemi de Voltaire, n'est pas moins étranger à son style, qu'antipathique à sa philosophie).

Il pense : « Que la poésie est un sacerdoce; que Dieu et ■» le peuple sont lesdeux objets de sou culte; que Voltaire

> a trop oublié que le trépied du poète a sa place près de » l'autel; que la littérature du siècle de Louis XIV était » plutôt l'expression d'une société idolâtre et démocra-

> ticpie, que d'une société monarchique et chrétienne;

> que l'histoire des hommes ne présente de poésie, que » jugée du haut des idées monarchiques et religieuses;

> que la poésie actuelle est l'expression anticipée de la '> société religieuse et monarchique qui sortira un jour

> du milieu de tant de ruines; que, si les poètes anciens 1 ont différé des nôtres dans la peinture de l'amour,

> c'est que les sociétés polies d'Athènes et dé Rome,

> ignoraient la céleste dignité de la femme, révélée plus 1' tard aux hommes par le Dieu qui voulut naître d'une n fille d'Eve; que la génération nouvelle ne veut point

> baser son existence sur l'athéisme et l'anarchie; qu'il i> lui faut des croyances, des vérités révélées; qu'elle

> revient à la religiofa, parce qu'elle ne renonce pas aisé- » menl à la vie; que la foi épure l'imagination, et que » c'est pour cela que nous avons des poètes. »

Voilà certes, des pensées religieuses et monarchiques, exprimées dans un style édifiant; mais, si elles naissent toutes d'un sentiment respectable, sont-elles toutes également réfléchies, également vraies? Voltaire, que nous ne prétendons pas défendre, est-il à ce point coupable des horreurs d'une révolution dont il eût infailliblement été une des premières victimes? Et, bien qu'il n'ait que trop outragé la religion, ne s'est-il jamais souvenu que le trépied du poète a sa place près de l'autel? Ne s'en est-il pas souvenu, par exemple, dans Zaïre, dans Alzire, dans la descente de St-Louis aux enfers? Mais s'il faut absolumen t abandonner le chantre de Henri à M. Victor Hugo, lui doiton aussi abandonner le grand-siècle, et n'a-t-on pas droit de s'étonner qu'il ne voie que l'expression d'une société idolâtre et anti-monarchique , dans la littérature qui nous a donné Polyeucte, Athalie, Esther, les oraisons funèbres de Bossuet et de Fléchier, les sermons de Massillon et de

Bourdalone. elc. etc.. et cela, sous un prince tel que Louis XIV?

Quant à nos jeunes poètes qui veulent des croyances, des ve'rife's re'vele'es, leur retour à la religion est -il si sincère? Y doit-on voir autre chose qu'une réaction contre le siècle précédent ? Le plus orthodoxe d'entre eux n'est-il pas à Vindex? Et se persuadera-t-on facilement que c'est la foi qui a e'purë l'imagination d'où sont sortis les drames de Marion de l'Orme, le Roi s'amuse. Lucrèce Borgia, Ruy-Blas?

Comme homme politique, M. V. Hugo a commencé par être royaliste. Il nous apprend que: « a 18 ans, il a été ï stuartiste, jacobite et cavalier ; que, si son père a été » un des premiers volontaires de la grande république, )> sa mère. pauvTC fille de 15 ans. en fuite à travers le

> bocage, a été une brigande; qu'il a presque aimé la » Vendée avant la France, et que Larochejaquelin, Chate-

• lineau. Pichegru. etc. ont été ses héros. »

A l'occasion de l'assassinat du duc de Berry , il parle : T> Des insinuations perfides et des atroces calomnies de la » faction ennemie de tous les trônes légitimes. Nous

> autres, s'écrie-t-il, qui servons la cause monarchique, ' si de nouvelles guerres civiles venaient à éclater, vrais >' libéraux, vrais royalistes que nous sommes, nous serions » à notre tour des exilés, des proscrits. »

Il a chanté Henri IV et loué Charles X : « Mais, de- » puis, ses anciennes convictions catholico-politiques se

• sont écroulées pièce à pièce. Il estime encore Larocheja- ■» quelin, Chatelineau. Pichegru, etc, mais il ne les aime » plus. Il n'est plus Vendéen de cœur, mais d'âme seule-

• ment. Il a trouvé la révolution de 1830, admirable; et ,

» pareil au platane dont l'écorcc se renouvelle, à mesure

> que le tronc grossit, il a éprouvé une transformation » complète. »

Il dit comment s'est opérée celle transformation, l'explique naturellement et s'en justifie sans peine. < C'est j» faire, selon lui, un mauvais éloge d'un homme, que de « dire qu'il n'a pas varié depuis quarante ans; c'est louer » une eau d'être stagnante, un arbre d'être mort, et pré- )! férerl'huître à l'aigle. >

Si la maxime n'est pas d'une morale sévère, l'expression en est ingénieuse ; la comparaison de l'huître et de l'aigle estsurtoul bien imaginée, et, pour qui voudiait donner une nouvelle édition du Dictionnaire des Girouettes, il serait difficile de trouver une meilleure épigraphe.

Mais c'est plus spécialement l'homme de lettres, (juil faut éludier dans M. V. Hugo, si l'on veut saisir la clef de son système et s'initier au secret de ses compositions.

La pensée qui domine dans sa théorie: « C'est qu'à t une époque de lumières et de progrès, comme la nôtre, » rien ne doit rester slalionnaire ; que le génie, trop .> longtems captif dans les entraves des préceptes et des

> règles, a besoin de plus d'indépendance ; et que les arts ;• d'imagination n'ont pas moins à moissonner que les » sciences, dans le champ des théories, des inventions et i> des découvertes. ■■>

Cette pensée qui ne lui ap[)artient pas tout-à-fait, s'est du moins fécondée sous sa plume; et c'est aujourd'hui celle de toute l'école moderne; celte de tous ces jeunes écrivains, romanciers ou poètes, qui, désespérant, ou plutôt incapables d'atteindre les modèles, eu marchant sur leurs pas. se flattent de les devancer en suivant une autre

route; qui prennent pour un excès de force, leur impuissance à porter le joug ; qui ne savent pas que c'est la difficulté vaincue qui fait en grande partie le mérite et le charme des beaux-arts; qui se figurent que les bons ouvrages s'improvisent ; que le travail et la correction sont inutiles ; et qu'il suffit de faire autrement, pour faire mieux que les autres. Ils croient donc que les arts et les lettres sont susceptibles de se perfectionner indéfiniment; que, de même que les sciences exactes , ou les sciences naturelles, on peut, à chaque génération, les reprendre, pour y ajouter, au point précis où les a laissées la génération précédente ; qu'on invente des manières de peindre et d'écrire, comme des formules d'algèbre , des hypothèses de physique, et des procédés de chimie. La disparité est évidente. Les mathématiques, la physique et leurs applications aux besoins de la société, ne se composent que de théorèmes, de faits, de méthodes qni s'enchaînent, se multiplient, se déduisent les uns des autres. C'est ainsi que Descartes a pu ajouter quelque chose àEuclide, Newton à Descartes, Cuvier à Buffon. Chacun d'eux a pu attacher un nouvel anneau à cette chaîne de propositions démontrées que les savants se transmettent d'âge en âge, et qui s'étendra, se développera sans cesse, tant qu'il restera, et il en restera toujours, des vérités à découvrir, des phénomènes à observer, des expériences à faire, des conséquences à en tirer. 11 n'en est pas ainsi des beauxarts. Une génération leur suffit pour produire des chefsd'œuvre; ils commencent par des Iliade et des Odyssée auxquelles les âges suivants n'ajoutent rien. Voilà pourquoi les poèmes, les marbres, les tableaux, les monuments d'architecture des siècles de Périclès, d'Auguste , de Léon X,

n'ont pas été surpassés et ne le seront jamais. M. V. Hugo le dit lui-niénie, à propos de Phidias et de Raphaël. Est-ce à dire pour cela qu'il ne reste plus rien de beau à créer dans les arts ? Dieu nous garde de le penser. Le génie de l'homme est inépuisable. Ce qu'on a fait , on peut le faire encore; on peut composer d'autres poèmes, sculpter d'autres statues, peindre d'autres tableaux, construire d'autres monuments; on peut faire aussi bien, mais à condition de ne pas faire autrement; bâtir avec d'autres matériaux, mais non suivant d'autres proportions. Le beau est un, immuable, éternel; il est dans la vérité, dans la nature, et il ne sortira jamais que des monstres d'un moule différent de celui où les grands maîtres ont jeté leurs chefsd'œuvre. Ce moule cependant, les novateurs essaient de le briser ; il est trop étroit pour leur génie: ils n'en veulent plus; ils ne veulent plus rien de ce que les siècles ont admiré depuis Homère jusqu'à nous; ils ont rompu avec le passé, et, renonçant à l'héritage de leurs pères, ils prétendent tout régénérer, tout remettre à neuf; c'est ce qu'ils appellent la Renaissance, comme si, avant eux, le monde eût toujours été plongé dans les ténèbres ! Écoulons en effet M. V. Hugo.

« Toutes les vieilles poétiques sont de'màfe'es; le poêle » n'a besoin ni de lisières, ni de menottes. Il ne connaît )> ni de géographie précise du monde intellectuel, ni de » carte routière de l'art, avec les frontières du possible i et de l'impossible; c'est aux générations nouvelles '- qu'appartient la victoire en poésie , en peinture, en

> sculpture, en musique, dans tous les arts. EHes ont €71- » semence; l'avenir moissonnera. A peuple nouveau art

> nouveau. Admirons les grands hommes, mais ne les

» imitons pasj faisons autrement, et ne pienons pas l'oi- » nière pour le chemin. »

M. V. Hugo, comme on le voit, justifie pleinement ce que nous avons dit des prétentions de l'école régénératrice dont il est le coryphée. 11 ne veut pas de menottes, c'està-dire de règles; en effet, plus forts et plus habiles que Racine et Molière, ses pareils n'en ont pas plus besoin que l'équilibriste de balancier, et l'insensé de garde-fou. Planant dans les plus hautes régions, et même au-delà du monde intellectuel, il ne connaît pas les limites du possible et de l'impossible, ce qui est fort commode pour lef imaginations extravagantes , et nous explique, nous ne dirons pas les invraisemblances, mais les impossibilités d'une foule de scènes de ses romans et de ses drames. Admirateur des grands hojumes, au lieu de faire atitre chose, il prétend faire autrement qu'eux : ce qui est le meilleur moyeu de ne jamais leur ressembler. L'avenir, dit -il, moissonnera dans le champ ensemence par les générations nouvelles : ce qui prouve que les générations nouvelles n'ont encore que des génies en herbe, et M. V. liugo le sait bien, lui qui, s'il n'est pas trop modeste, ne croira la révolution littéraire qu'il prophétise, accomplie qu'au moment où apparaitia enfin un poète qui soit à Shakespeare, ce que Napole'on est à Charlemagne.

Ces idées de rénovation ne laissent pas d'être curieuses; mais, comme il a été dit ci-dessus, elles n'appartiennent pas exclusivement à M. V. Hugo. Il en a de plus neuves, de plus originales, qui ne sont qu'à lui, et qui le caractérisent mieux. La plus remarquable, celle qu'il regarde •' comme la source la plus riche que la nature puisse ou- » vrir à l'art, c'est l'union du grotesque et du sublime, du

> terrible et du bouffon, du comique et du tragique . » de tout ce qui fait rire 'àgorge déployée, avec ce qui fait » Tfilewrev à cîiaudes Zarwe* ,• c'est ramalgarae de tous les » contraires qui donne au sublime moderne quelque chose » de plus grand que le génie antique. >

Et pourquoi cela? pourquoi cet amalgame de l'informe et du régulier, du beau et du laid, du vice et de la vertu ? Vous ne le devineriez pas :

< C'est que les hommes de génie, si grands qu'ils soient,

> ont toujours en eux Ze?/r;6^/^ qui parodie leur intelli- » gence, et que c'est par là qu'ils touchent à l'humanité, » par là qu'ils sont vraiment dramatiques. »

Or qui dit dramatique, dit tout pour M. V. Hugo; car « bientôt, en poésie, tout se résumera sous la forme 1) essentielle et culminante du drame. i<

Soit, mais qu'est-ce donc que le drame, comme l'entend M. V. Hugo ? Le voici ; c C'est le mélange sur la scène » de tout ce qui est mêlé dans la vie; c'est le bien, le » mal, le haut, le bas, la fatalité, la Providence, le génie, '> le hazard, la société, la nature, la vie. »

S'il disait que c'est le cahos, il dirait la même chose.

Cette théorie , qui assurément n'est sortie d'aucune autre têle que de la sienne, il n'a cependant pas l'orgueil de se l'attribuera lui seul; il la doit, dit-il , à celui qu'il nomme : « le roi du the'âtre. à Shakespeare, dans les >' créations duquel on ivouxe le point d'intersection delà » grandeur et de la vérité. »

Ce n'est pas toutefois que Shakespeare lui paraisse exempt de défauts ; il lui en reproche plusieurs, tels que : « l'abus de la métaphysique , l'abus de l'esprit, des jt scènes parasites, des obscénités, l'emploi des friperies

,. mythologiques, de l'extravagance, de l'obscurité, du ). mauvais goût, de l'enflure, des aspérités de style, taches » assez considérables en elles-mêmes et par leur nombre, » mais qui ne font que lui donner plus de ressemblance 1' avecle chêne qui a le port bizarre, les rameaux noueux, )> le feuillage sombre, l'écorce âpre et rude, et qui est le !> chêne à cause de cela. »

Ainsi, la comparaison admise, c'est à cause de ses défauts que Shakespeare est le roi du théâtre. Le paradoxe paraîtra tant soit peu étrange. Que Shakespeare, malgré ses défauts, soit le premier des poètes tragiques, nous concevons qu'on le dise; mais qu'il doive à ses imperfections, la prééminence qu'on lui accorde, nous n'y comprenons rien; car enfin nous ne voyons pas qu'il faille absolument qu'un ouvrage ait des défauts; l'Apollon du Belve'dère n'en a pas; il n'y en a pas dans Afhalie ; le sublime, dans ces deux belles créations, pour n'y être pas en contact avec le grotesque, n'en perd rien de son éclat, et quand M. V. Hugo regarde ce contact, cette unmi, cet amalgame, comme la source la plus riche qiie la nature puisse ouvrir à l'art, il ne parle pas comme il pense, puisqu'il écrit ail- » leurs, qu'il n'aimerait point à voirun tableau de Michel- » Ange, par/ne les casseroles trompe-l'œil de M. Drolling. »

Une autre idée favorite du célèbre écrivain, c'est que :

■I tout ce qui est dans la nature est dans l'art. » Boileau

l'a dit, il est vrai :

Il n'est pas de serpent ni de monstre odieux. Oui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.

Mais il nel'apas dit dans un sens aussi général. En effet, si tout ce qui est dans l'art est dans la nature, la réciproque n'est pas soulenable; il y a dans la nature des objets

qui choquent, qui répugnent, qui révoltent. La pudeur les indique , le goût les rejette , et l'art se garde d'autant plus de les retracer aux yeux, que mieux ils seraient représentés, plus ils seraient repoussants. T^ serait un crapaud dans une corbeille de fleurs, ou le portrait de Quasimodo, près d'une figure de l'Albane. L'expérience en a été faite à Bruxelles , pour le héros de Notre-Dame; nous l'y avons vu ûgurer dans une exposition de tableaux, et Ton a pu juger, par l'impression qu'il a produite, que le public, à cet égard, était parfaitement de notre avis, (le ne sont donc pas, malgré l'analhènie du grand prêtre de la nouvelle doctrine, des pédants si étourdis, que ceux qui prétendent que le difforme, le laid, le hideux ne doivent pas être un objet d'imitation pour l'art.

Du droitde tout montrera celui de tout dire, il n'y a qu'un pas. Aussi M. V. Hugo n'entend-il pas « que son vers » fasse la petite bouche; jurons royaux , locutions popu- » laires, propos des halles, le mot propre en tout; il ne » s'interdit rien, et se moque de la pruderie du langage » classique. » Ce qui n'empêche pas que dans l'une de ses préfaces , il ne se plaigne, d'on ne sait quelle école qui se plait à ramasser les trivialités et les bassesses de la vie. »

La construction du vers français est d'une extrême simplicité ; il ne diffère de la prose, que par l'inversion, la rime, le repos après le premier hémistiche, et la loi qui proscrit l'hiatus et l'enjambement. De ces règles, M. V. Hugo n'en respecte guère qu'une, celle de la rime. Il lui faut: « Un vers brisé, sans césure, qui enjambe à volonté, » et dont les charnières soient assez multipliées , pour se » plier et se superposer à toutes les formes du dialogue. »

On verra plus tard l'espèce de poésie qui résulte d'un vers de celte façon, et comment le sien, avec toutes ses charnières, se plie et se superpose mieux à toutes les formes du dialogue, que celui de Racine, de Molière, de Regnard et de ce bon Colin d'Harleville.

M. V. Hugo ne corrige jamais ses ouvrages. On le voit bien. Ou, s'il les corrige, c'est par de nouveaux ouvrages. Cela n'est pas clair. 11 aftirme que Molière et Lafontaine ne se corrigeaient pas. >^ous n'en savons rien, et il y aurait plus d'une raison d'en douter; mais où sont les Molière et les Lafontaine? M. V. Hugo en connait-il beaucoup ? Et d'ailleurs n'est-ce que par là qu'il faudrait chercher à leur ressembler? A ces citations que nous aurions pu multiplier et développer davantage, nous en ajouterons une dernière. M. V. Hugo prétend que c'est la philosophie qui, au dix-huitième siècle, acheva de mûrir l'œuvre classique.

n nous semble au contraire que c'est elle qui , à cette époque, commença à dénaturer et à corrompre la litlérature; les bons esprits du tems l'ont observé et s'en sont plaint, témoin la satire de Gilbert. C'est d'ailleurs la marche ordinaire de l'intelligence humaine; on ne raisonne sur les arts qu'après qu'ils ontproduit des chefs-d'œuvre. Aristote est venu après Homère et Sophocle; Sénèque après Virgile et Horace; Corneille, Racine, Molière ont précédé cette philosophie du dix-huitième siècle, qui préfendit tout réformer, qui essaya de ds'màter les vieilles poétiques, trancha la querelle sur la prééminence des anciens et des modernes en faveur de ceux-ci, imagina de nouvelles théories littéraires, envahit le théâtre, contesta le principe des unités, inventa la tragédie bourgeoise, la comédie larmoyante , le drame qui les confond; c'est alors quelle

enfanta une littérature qui n'était plus celle du siècle de Louis XIV , littérature sceptique et raisonneuse que nous sommes loin pourtant de dédaigner, quoique M. V. Hugo la méprise ; que nous admirons même . sous plusieurs rapports, et qui vaudra toujours mieux que celle de la Renaissance, cette fille naturelle d'une mère abâtardie, à laquelle elle n'a emprunté que ses défauts , et dont , en dernière analyse, elle n'est que l'émanation, la décomposition, et, pour ainsi, dire \e caput mortuum .

L AC^TI-HDGO.

ANALYSE CRTTTOUE.

Pour procéder avec ordre dans celle analyse, où c'est presque toujours l'auteur que nous laisserons parler , nous examinerons tour à leur ses romans et autres ouvrages, en prose, ses drames et ses poésies lyriques.

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