RI Y-BIAS
Ob! Madame achevez.
LA KEiNE, levant les yeux au ciel •
Oui, je vais tout lui flire.
Est-ce un crime? /a«f /?/s
Mon Dieu ! si je fais mal, pourquoi dans celte tombe M'enfermer comme on met en cage une colombe ? Je le dis tout cela sans suite, à ma façon; Mais tu dois cependant bien voir que j'ai raison.
Madame
LA. REINE
Don César, je vous donne mon âme.
Quand vous m'appellerez, je viendrai, je suis prête.
Et puis elle le baise au front , soulève la tapisserie et disparait.
Elle aurait bien dû soulever la tapisserie et disparaître avant de dire des choses si niaisement ingénues, si ridiculement inconvenantes , si contraires à la modestie de son sexe, à la dignité de son rang, à l'étiquette de la cour où elle vivait.
RtY-BLAs, seul comme absorbé dans une contemplation angélique :
. . . . Devant mes yeux, c'est le czW que je vois. De ma vie, ô mon Dieu ! cette heure est la dernière.
La reine m'aime , 6 Dieu J
Elle se fie à moi, pauvre ange I
Oh! s'il est yvaXque Dieu. . . devant Dieu qui m'entend.
Toujours Dieu, le ciel, les anges ! Que de blasphèmes ! mais le dévot personnage va bientôt sortir de l'amoureuse extase où il est plongé. Don Salluste qui , pour n'éveiller le soupçon de personne en se montrant dans le palais d'où il a été banni , s'y présente en livrée , arrive jusqu'à Ruy- Blas et lui posant la main sur l'épaule : bonjour, comment celava-t-il? Votre seigneurie me surprend, lui répond le ministre laquais; vous, ici, en plein jour et sous cet habit! j'ai peur pour vous.
DON SALLIISTE.
Peur ! quel est ce mot risible !
Et, sans faire plus d'attention à ce qu'il lui dit, s'asscyant dans un fauteuil, il lui reproche sa sévérité envers les grands , ses projets de réforme et de guerre , et princi])alement la manie qu'il a
BewouWir être un gaillard populaire,
Adoré des bourgeois et des marchands d'esteufs.
Attendu que :
La popularité, c'est la gloire en gros sous.
Sur quoi Ruy-Blas , cherchant à se défendre par des raisons d'État, s'écrie avec emphase :
Excellence, écoutez.
Le salut de l'Espagne est dans nos probités. Pour moi j'ai, comme si notre armée était prête. Fait dire à l'empereur que je lui tiendrai tête.
Et tandis que cet autre Olivarès lui parle des plans qu'il a conçus pour sauver l'Espagne, don Salluste, l'interrompant à tout propos , tantôt lui dit de ramasser son mouchoir, tantôt d'aller fermer une porte ou une fenêtre, et finit par lui ordonner d'aller l'attendre demain, à telle heure , dans sa petite maison à lui, Ruy-BIas. Celui-ci efiFrayé et qui commence à soupçonner la trame ourdie contre lui et la reine :
Seigneur, Dieu tout puissant, mon Dieu qui m'éprouvez, Epargnez-moi, Seigneur \
DOfi SALLUSTE.
Ah ! çà. . . . mais vous rêvez.
RCY-BLAS.
0 mon Dieu ! Dieu clément !
Z)îeM juste! . . . yousèlas notre père.
El se traînant aux genoux de son maître, grâce, lui ditil ! Don Sallusfe , peu touché de ces pieuses exclamations,
Abrégeons, mon mailre.
Gageons que vous avez mal fermé la fenêtre.
El il va la fermer lui-même. Ruy-Blas alors, poussé à bout :
Oh ! c'est trop à présent.
Je suis duc d'Olmédo, ministre tout puissantj Je vous fais arrêter.
Et moi, lui répond froidement don Salluste, si vous ne m'obéissez de point en point, je dirai qui vous êtes et la reine lira le billet que vous savez et que voici :
Moi, Ruy-Blas
Laquais de Monseigneur le marquis de Finlas, etc.
A ces mots, le fier ministre, brisé, et d'une voix éteinte:
Il suffit, je ferai, Monsieur, ce qu'il vous plait.
Et en effet, pour éviter un plus grand esclandre, il ne manque pas de se rendre le lendemain de très bonne heure, dans la maison indiquée; il y est arrivé, et médite sur les moyens de sauver la reine.
Que faire? empêchons la de sortir du palais. Faisons la prévenir. Par qui? je n'ai personne.
Comment n'a-t-il personne , lui premier ministre encore? et s'il n'a personne, que n'y va-t-il lui-même? Mais il a quelqu'un. C'est son bon petit page sur lequel il peut compter, et qu'il charge d'un billet à faire remettre à la reine , par qui? vous ne pourriez le croire ; par don Guritan, son rival , qui ne Taltend que pour se couper la gorge avec lui. N'avait-il pas bien raison de dire un peu plus haut?
Mon Dieu, mon Dieu !
Je suis fou. Je n'ai plus une idée en son lieu.
Quoiqu'il en soit, son bon petit page est parti. Et lui que fait-il, en attendant son retour? il prend son chapeau et va prier dans quelque église. Le bon apôtre !
Personne ne pensait plus au vrai don César , vendu à des Corsaires d'Afrique, et, si l'on pouvait s'attendre à le revoir, ce n'était guère dans le logis mystérieux où nous sommes. Il y survient cependant , ou plutôt il y tombe. Par où ? par la cheminée ! Dans le Ramoneur prince , le héros du vaudeville arrive comme don César, ce qui convient un peu mieux à un ramoneur qu'à un hidalgo. Il descend dans un riche palais, se revêt des habits du maître, vide sa cave , mange son déjeûner et le reste. M. V. Hugo n'est pas si original qu'il le croit , et il oublie , en cette circonstance, un de ses grands principes : admirons les grands hoynmes, mais ne les imitons pas.
Rien de plus curieux que le monologue de don César ,
lorsque, s'arrètant au milieu de la chambre , il s'aperçoit
qu'il est seul :
Ouf! que d'événements! j'en suis émerveillé, Cofnme l'eau qu'il secoue aveugle nn chien mouillé.
Et il se raconte à lui-même l'histoire de son enlèvement par les alguazils , ses aventures en Afrique, les tentatives
Faites sur sa vertu
Par une femme jaune;
comment il s'est échappé de sa galère, et, ajoute-t-il, le jour où j'arrive,
C'est fort;
Ces mêmes alguazils rencontrés tout d'abord!
Je me sauve;
J'avise une maison cachée entre les arbres;
Je grimpe, et m'introduis dans le sein des familles. Par une cheminée où je mets en guenilles Mon manteau le plus neuf qui sur mes chatissespend ; Pardieu ! M. Salluste est un grand sacripant !
Dans ce charmant logis on entre par en haut, Juste comme le vin entre dans les bouteilles.
Ce n'est peut-être pas si juste; mais enfin il est entré. Il parcourt des yeux tous les coins de l'apparlemenl ; une armoire est pratiquée dans le nuir ; il l'ouvre ; c'est un garde-manger bien garni; il mange, il boit, et, quand il a bien mangé et bien bu , pensant à don Salluste :
Ah! vous endiahlerez, mon vieux cousin maudit ! Quoi! ce Bohémien, ce galeux, ce bandit. Ce va nu-pieds, ce gueux, ce zafari, tout juste. 0 la bonne surprise !
Pendant qu'il se dit tout cela, un homme perlant sur son dos une grosse saccoche, entre et , malgré une foule de propos interrompus , le prenant pour le maître de la maison, lui dit: cet argent
Vient de qui vous savez, pour ce que vous savez.