‹ L'Anti-HugoChapitre 21 sur 30 · POÉSIES LYRIQUES · texte numérisé non relu

POÉSIES LYRIQUES

ment parcequ'on ne croyait pas qu'il fût possible à eel âge d'écrire aussi bien en vers.

Les génies précoces avortent presque toujours.

Puisse M. Victor Hugo avoir fait exception à la règle!

Voici au reste la liste et la date de ses principaux recueils de poésies.

Odes. 1822. Nouvelles odes et ballades , 4 824-26. Le* orientales, 1828. Les feuilles d'automne, 4831. Les chants du crépuscule , 4835. Les voix intérieures, 1837. Les rayons et les ombres, 18-40.

On ne doit pas s'al tendre à une analyse complète d'un si grand nombre de compositions. Ce serait un travail également fastidieux pour le critique et pour le lecteur; nous nous bornerons à en signaler les beautés et surtout les défauts; les beautés, parceque nous voulons être juste, malgré les éloges un peu exagérés qu'on en a faits ; les défauts , parcequ'il importe de prévenir contre les écarts d'un si grand maître, cette foule déjeunes plagiaires qui ne jurent que par lui , et ne l'imitent que par ses mauvais côtés.

C'est à Napoléon que M. Victor Hugo doit les inspirations les plus heureuses de sa lyre. Il s'en faut cependant qu'il ait été des premiers à lui rendre hommage. Royaliste pur, au commencement, et Vendéen de cœur, il s'écrie :

0 que la royauté

Fille aux cheveux blanchis des âges révolus, 0 que la royauté, i)euples, est douce et belle !

et il anathématise l'usurpateur exilé j mais il a beau fer-

mer les yeux à celte gloire éclatanle , il en est ébloui, et déjà il lui échappe de ces vers qui trahissent le chantre futur de l'Empereur. Ainsi dans Buormparte :

Il mourut. Quand ce hruit éclata dans nos villes, Le monde respira dans les fureurs civiles, Délivré de son prisonnier.

Trois ans plus tard à la mort de Louis XVUl, il se rappelle la fin de Napoléon, et il en est attendri:

Tombé sous la main qui châtie , L'Europe le fait prisonnier.

Premier roi de sa dynastie, Il en fut aussi le dernier.

Une île où grondent les tempêtes Reçut ce géant des conquêtes.

Tyran que nul n'osait juger, Vieux guerrier qui, dans sa misère, Dut rol)ole de Bélisaire A la pitié de l'étranger.

En 1813, l'enthousiasme le gagne, et il met dans la bouche des peuples l'acclamalion qui se termine par ces vers :

Il a bâti si haut son aire impériale.

Qu'il nous semble habiter cette sphère idéale

Où jamais on n'entend un orage éclater.

Ce n'est plus qu'à ses pieds que gronde la tempête ;

Il faudrait, pour frapper sa tète,

Que la foudre pût remonter.

La foudre remonta.

L'Ode à la colonne étincelle de traits sublimes. Qu'on en juge par cet extrait:

Débris du grand empire et de la grande armée, Colonne d'où si haut parle la renommée. Je t'aime; l'étranger t'admire avec effroi. J'aime tes vieux héros sculptés par la victoire,

Et tous ces fantômes de gloire

Qui se pressent autour de toi.

J'aime à voir sur tes flancs , colonne étincelante, Revivre ces soldats qu'en leur onde sanglante

Ont roulé le Danube et le Rliin et le Pô ! Tu mets, comme un guerrier, le pied sur ta conquête. J'aime ton piédestal d'armures, et ta tète Dont le panache est un drapeau.

Qu'est-donc?... et pourquoi, bronze envié de Rome, Vois-je tes légions frémir comme un seul homme' Quel impossible outrage à ta hauteur atteint? Qui donc a réveillé ces ombres immortelles, Ces aigles qui, battant ta base de leurs ailes, Dans leur ongle captif pressent ton foudre éteint ? Je comprends. L'étranger qui nous croit sans mémoire, Veut, feuillet par feuillet, déchirer notre histoire Ecrite avec du sang, à la pointe de fer! Ose-t-il, imprudent! heurter tant de trophées? De ce bronze forgé de foudres étouffées Chaque étincèle est un éclair.

Est-ce Napoléon qu'il frappe en notre armée ? Veut-il de cette gloire en tant de lieux semée Disputer l'héritage à nos vieux généraux? Pour un fardeau pareil il a la main débile. L'empire d'Alexandre et les armes d'Achille Ne se partagent qu'aux héros.

Prenez-garde. La France où grandit un autre âge . N'est pas si morte encor qu'elle souffre un outrage. Les partis pour un temps voileront leur drapeau. Contre une injure ici tout s'unit, tout se lève. Tout s'arme, et la Vendée aiguisera son glaive Sur la pierre de Waterloo.

L'étranger briserait l'écusson delà France ! On verrait, enhardi par notre indifférence, Sur nos fiers écussons tomber son vil marteau ! Ah ! comme ce Romain qui remuait la terre, Vous portez, ô Français ! et la paix et la guerre Dans le pli de votre manteau.

On trouvera aussi de belles strophes dans les odes intitulées le rétablissement de la statue de Henri IV, la naissance et le baptême du duo de Bordeaux, Moïse sur le Nil ; etc. Nous transcrirons cette dernière en entier.

Ifi.S ODES ET BALLADES.

moïse sur le NIL.

Mes sœurs, l'onde est plus fraîche aux premiers feux du jour! Venez : le moissonneur repose en son séjour;

La rive est solitaire encore; Memphis élève à peine un murmure confus; Et nos chastes plaisirs, sous ces bosquets touffus,

N'ont d'autre témoin que l'aurore.

Au palais de mon père on voit briller les arts;

Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes regards

Qu'un bassin d'or ou de porphyre ; Ces chants aériens sont mes concerts chéris; Je préfère aux parfums qu'on brûle en nos lambris,

Le souffle embaumé du zéphyre.

Venez; l'onde est si calme et le ciel est si pur. Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur

De vos ceintures transparentes , Détachez ma couronne et ces voiles jaloux ; Car je veux aujourd'hui folâtrer avec vous

Au sein des vagues murmurantes.

Hâtons-nous; mais... parmi les brouillards du matin. Que vois-je? regardez à l'horizon lointain...

Ne craignez rien, filles timides !

C'est sans doute par l'onde entraîné vers les mers , Le tronc d'un vieux palmier qui, du fond des déserts.

Vient visiler les pyramides.

Que dis-je? si j'en crois mes regards indécis. C'est la barque d'Hermès ou la conque d'Isis

Que pousse une brise légère.

Mais non : c'est un esquif où, dans un doux repos, J'aperçois un enfant qui dort au sein des flots.

Comme on dort au sein de sa mère.

Il sommeille; et, de loin, à voir son lit flottant. On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant

Le nid d'une blanche colombe.

Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent; L'eau le balance, il dort, et le gouffre mouvant

Semble le bercer dans sa tombe.

Il s'éveille! accourez, ô vierges de Mempliis! Il crie.... Ah ! quelle mère a pu livrer son fils

Au caprice des flots mobiles ?

Il tend les bras; les eaux grondent de toute part. Hélas! contre la mort il n'a d'autre rempart

Qu'un berceau de roseaux fragiles.

Sauvons-le... C'est peut-être un enfant d'Israël. Mon père les proscrit •■ mon père est bien cruel

De proscrire ainsi l'innocence!

Faible enfant! ses malheurs ont ému mon amour; Je veux être sa mère; il me devra le jour,

S'il ne me doit pas la naissance.

Ainsi parlait Ipliis, l'espoir d'un roi puissant, Alors qu'aux bords du Nil, son cortège innocent

Suivait sa course vagabonde ; Et ces jeunes beautés qu'elle effaçait encor, Quand la fille des rois quittait ses voiles d'or^

Croyaient voir la fille de l'onde.

Sous ses pie5s délicats déjà le flot frémit. Tremblante, la pitié, vers l'enfant qui gémit,

La guide en sa marche craintive ; Elle a saisi l'esquif! Fière de ce doux poids, L'orgueil sur son beau front, pour la première fois,

Se mêle à la pudeur naïve.

Bientôt divisant l'onde, écartant les roseaux, Elle apporte à pas lents l'enfant sauvé des eaux

Sur le bord de l'arène humide ; Et ses sœurs tour à tour, au front du nouveau-né. Offrant un doux sourire à son œil étonné.

Déposaient un baiser timide.

Accours, toi qui, de loin, dans un doute cruel. Suivais des yeux ton fils sur qui veillait le ciel;

Viens ici, comme une étrangère; Ne crains rien : en pressant Moïse entre tes bras , Tes pleurs et tes transports ne te trahiront pas ;

Car Iphis n'est pas encor mère.

Alors; tandis qu'heureuse et d'un pas triomphant, La vierge au roi farouche amenait l'humble enfant

Baigné des larmes maternelles , On entendait en chœur, dans les cieux étoiles, Des anges, devant Dieu, de leurs ailes voilés,

Chanter les lyres éternelles.

l'O ODES ET BALLADES.

Se yémis plus, Jacol), sur la terre d'exil;

Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil ;

Le Jourdain va l'ouvrir ses rives.

Le jour enfin approche où vers les champs promis Gessen verra s'enfuir, malgré leurs ennemis. Les tribus si longtemps captives.

Sous les traits d'un enfant délaissé sur les flots. C'est l'élu du Sina, c'est le roi des fléaux,

Qu'une vierge sauve de l'onde- Mortels, vous dont l'orgueil méconnaît l'éternel, Flécliissez : un berceau va sauver Israël;

Un berceau doit sauver le monde.

Nous l'avons dit, et nous le répétons ; ce que M. Victor Hugo a fait de mieux, ce sont ses odes, et certainement, quand il a écrit celle-ci, dans un style si élégant, si pur, si Racinieti, il conservait encore quelque chose de la pruderie du langage classique; il n'avait pas encore imaginé de retremper la langue dans une infusion de Ronsai^d; il n'avait pas encore adopté ce vers brisé, sans ce'sure, qui enjambe à volonté', dont les charnières multipliées se plient et se superposent à toutes les formes du dialogue, et qui ne fait jamais la petite bouche. En était-il moins poète pour cela?

Ce n'est pas que toutes ses odes soient d'une égale perfection; il en a composé d'assez bonnes, pour avoir droit de siéger, parmi les quarante, sur le fauteuil de Le Brun; mais il en a aussi hasardé qu'il aurait bien fait de corriger, ou de retrancher de ses œuvres; nous n'en citerons qu'une, le Chant de l'arène, où il y a, sans doute, de l'imagination et que nous avons entendu vanter par des hommes d'esprit, mais qui n'est pas des meilleures, suivant nous, et qui nous a paru, au contraire, une des plus propres à mettre en relief, pour l'instruction des jeunes lecteurs, quelquesuns des défauts que nous reprochons à la nouvelle école.

LECHANT DE L'ARENE.

Cette pièce forme une espèce de trilogie avec le Chant du cirque et le Chant du tournoi; mais, dans ces deux dernières, les spectacles du peuple à qui il ne faut plus que du pain et des gladiateurs, et les galants carrousels de nos anciens chevaliers, sont plus lidèlement décrits que les jeux de l'arène. De quelle arène d'abord et de quels jeux va-t-il être question? L'auteur nous met-il bien au courant de son sujet, quand il nous apprend que l'athlète vainqueur est en honneur dans la cité, et que les peuples répèlent son nom depuis le septentrion jusqu'à l'aurore. Devaitil attendre jusqu'à la seconde strophe, pour s'écrier :

Voici la fête d'Olympie ?

et n'était-ce point par là qu'il fallait commencer ? Quoiqu'il en soit , maintenant le lieu de la scène est marqué et le sujet est connu. Il est éminemment lyrique, et nous avons tout lieu de nous attendre à une description animée, ressemblante de ces jeux solennels où d'innombrables concurrents, fiers de se disputer la palme, guerriers, magistrats, législateurs, chefs de républiques, orateurs, poètes, musiciens, accouraient en foule de toutes les cités, de toutes les îles delà Grèce et même de la Sicile, del'Égj pte, de la Libye, etc; l'auteur n'aura pas manqué d'étudier la nature , le but, les circonstances de ces fêtes pompeuses, de ces solennités nationales, et, plein delà lecture de Pindare, versé dans les antiquités grecques , il aura eu grand soin de conserver dans ses tableaux le costume de l'époque , la couleur locale, la vérité historique. Voyons comment il a rempli la tâche qu'il s'est imposée.

Nous assistons donc aux jeux olympiques. Le [)oètc

ordonne de tresser l'acanthe et le laurier; il prie les dieux de confondre l'impie; il exhorte les guerriers à ranimer leur antique audace ; il leur montre Apollon prêt à leur décerner la couronne de chêne; il appelle aux combats les athlètes de Corinlhe, de Crète, de Tyr, de Scylla, àWthos, de l'ile des Colombes, des mers de l'Archipel , de Rhodes , d'Athènes, d'Argos , de Sparte, de Lemnos, d'Amathonte ; il représente les temples et les gynécées cachant leurs frontons sous des guirlandes; les archontes et les éphores .assis dans le stade; les canéphores et les vierges puriGant les amphores , selon les rites d'ÉIeusis; on a consulté la Pythie et ceux qui parlent en rêvant, et, à l'heure où Clytie s'éveille, on a jeté au vent la plume d'un vautour fauve de Scythie; le vainqueur recevra deux trépieds, et la coupe agreste dans laquelle Bacchus goùla les premiers vins; le prix du discobole est une urne indélébile; celui du lutteur Une chlamyde de Sidon. Enfin les athlètes sont invités avenir prendre un bain pour se préparer à combattre.

Il est possible que nous nous trompions; mais il nous semble que ce n'est pas là une description exacte des jeux olympiques; que les faits y sont dénaturés; et que l'auteur en a trouvé les détails dans Virgile, qui décrivait les jeux latins, plus que dans Pindare , qui célébrait ceux des Grecs. Si nous avons quelque mémoire, la palme que recevaient les vainqueurs dans Olympie, n'était pas une branche de laurier, d'achante ou de chêne; c'était une couronne d'olivier; et l'on n'en obtenait une de laurier, que dans les jeux pythiques, célébrés en l'honneur d'Apollon, comme celle que l'on décernait dans les jeux néméens et isthniiques , était de lierre pour les premiers, et pour ceux-ci, de lierre ou de pin.

Les concitoyens de l'athlète couronné à Olympie , lui faisaient élever une statue dans la ville, et l'on y chantait des hymnes à sa gloire; mais on ne distribuait dans Varene

ni trépieds, ni urnes, ni coupes, nichlamydes. Il nous semble que, si des prêtres y présidaient, ce ne devaient pas être les prêtres d'Apollon, mais ceux de Jupiter; que les gynécéesn'y prenaient aucune part, puisque, à l'exception des prêtresses de Cérès, toutes les femmes en étaient exclues; que les Lacédémoniens n'y envoyaient pas leurs éphores, que l'on n'y voyait pas les archontes, dont un seulement dans Athènes, avait , sous le nom de roi, l'intendance des jeux mégalésiens; que les canéphores, ministres chargés de porteries corbeilles, ne l'étaient pas de purifier les amphores ; qu'on n'y consultait pas la Pythie ; qu'on n'y déplumait pas de vautour. 11 nous semble encore qu'il n'y a ni beaucoup d'art, ni beaucoup d'ordre, dans l'énumération que nous fait le poète des peuples qui accouraient aux jeux olympiques; qu'il en arrivait de l'Egypte, de la Libye dont il ne parle point, et non de Tyr dont il parle ; etc., etc. ; mais il est temps de dire un mot du style.

L'exposition, comme nous l'avons déjà fait observer , n'est pas assez claire, assez précise.

L'athlète vainqueur dans l'arène

Dans quelle arène? et où sommes-nous?

Est en honneur dans la cilé.

Dans quelle cité? n'est-il en honneur que dans une cité, quand son nom est répété par tous les peuples, depuis la plage

Où dort sur la borne du monde,

L'hiver, vieillard au dur sommeil,

Jusqu'aux lieux oîi, quand «ait l'aurore , elc.

En d'autres termes, depuis le nord jusqu'à rorieut?on disait autrefois du couchant à l'aurore, du nord au midi , et il y avait plus loin que du septentrion au levant.

L'hiver qui dort sxir une home, doit en effet être un

vieillard an dur sommeil, el jusqu'aux lieux où quand naît l'aurore, ne nous paraît pas très euphonique.

Venez, vous que la gloire enchaîne.

Nous aimerions mieux entraîne , quoique la rime fût moinsriche. Onnevientpas si vite, quand on est enchaîne', n'importe comment et pourquoi.

On a consulté la Pylliie

Et ceux qui parlent en rêvant.

Nous ne lisons nulle part que la Pythie ait été consultée dans ces fêles. Quant à ceux qui parlent en rêvant , nous ne les connaissons pas ; nous ne connaissons que ceux qui rêvent en écrivant.

A l'heure où s'éveille Clytie, D'un vautour fauve de Scythie On a jeté la plume au vent.

Dès le matin sans doute; car c'est aux premiers rayons du soleil que doit s'éveiller la nymphe Clytie métamorphosée en héliotrope; mais dans quel pays et à quel propos jette-t-on au vent la plume des vautours de Scythie? il y a là une érudition qui nous embarrasse.

Le vainqueur de la course agile Recevra deux trépieds divins

Où a-t-on vu cela ?

Et la coupe agreste et fragile Dont Bacchus a louché l'argile, Quand il goûta les premiers vins.

La coupe du fils de Jupiter, du conquérant de l'Inde, était-elle agreste? él ait-elle d'argile ? était-elle si fragile enfin puisqu'elle avait duré pour le moins jusqu'à la première olympiade?

Celui dont le disque mobile Renversera les trois faisceaux.

Le jeu de quilles n'était pas au nombre des cinq exercices des athlètes.

Aura cette urne indélébile

Qu'est-ce qu'une urne indélébile ou ineffaçable ?

Que sculpta, d'une main habile, Phlégon, de l'île de Naxos.

Il n'est pas bien certain qu'il y ait eu dans l'île de Naxos un sculpteur habile , appelé Phlégon , et cette île est bien moins fameuse par ses urnes, que par ses fruits , ses vins et l'aventure d'Ariane.

Nous offrons au lutteur ardent Une chlamyde éblouissante.

Cet usage estlalin. Victori chlmmjdem mirafam.

Venez de l'île des colombes Et d'Athos où l'aigle s'arrête, Pourvoir de plus haut dans les cieux.

Y avait-il une île des colombes? et ne pourrait-on pas donner ce nom à toutes celles oii Vénus était honorée?

On ne vient ni d'Athos, ni de Caucase, mais du Caucase, de l'Athos ; et , pour voir de plus haut dans les cieux , l'aigle ne s'arrête pas sur les montagnes; c'est de là au contraire qu'il prend son essor, qu'il s'élève dans les airs , et va défier les rayons du soleil : cependant ces deux vers sont les plus beaux de la pièce.

De Rhode, aux saintes hécatombes,

Quelles hécatombes alors immolait-on à Rhode ?

Venez du palais centenaire, Dont Cecrops a bâti la tour.

Nous ignorons si le palais bâti par Cecrops , 1836 ans avant Jésus- Christ, avait une tour, comme ceux du moyen âge, mais ce que nous savons bien, c'est que le palais de

Cecrops était plus que centenaire avant l'institution des jeux olympiques.

Les temples saints, les gynécées , Tels que de jeunes fiancées.

Ont caché leurs chastes frontons Sous des guirlandes enlacées.

Supposons que les gynécées, ou appartements des femmes , puissent ressembler à déjeunes fiancées , pourquoi cachent-ils pendant les jeux, leurs chastes frontons sous des guirlandes? Notre érudition ici est encore en défaut.

Les archontes et les éphores Dans le stade se sont assis.

Nous avons fait observer que ce n'étaient ni les magistrats d'Athènes ni ceux de Sparte , qui jugeaient les athlètes , et qui faisaient la police du stade; ce soin regardait les Éléens ou les Piséens.

Les vierges et les canéphores Ont purifié les amphores Suivant les rites d'Eleusis.

Nous répéterons que les canéphores portaient les corbeilles et ne lavaient pas les amphores ; et nous ajouterons que l'auteur , dans cette strophe, a fait un trop grand sacrifice à la pompe des mots et à la richesse des rimes.

Ces réflexions paraîtront sévères , minutieuses, injustes peut être sous quelques rapports; mais elles nous ont paru nécessaires ; car, on ne saurait trop le redire, si la critique est utile , c'est surtout quand elle s'attaque aux grands écrivains dont les moindres écarts sont toujours d'un exemple dangereux; et s'il est vrai que les deux volumes d'odes de M. V. Hugo nous auraient ofi'ert un plus grand nombre de beaux morceaux à transcrire, il l'est aussi qu'il nous aurait été facile d'en ajouter plus d'un à ceux que nous en avons extraits pour les critiquer. Nous

avons hâte d'en finir; mais, pour preuve de ce que nous avançons, qu'on lise cette apostrophe d V ombre d'un enfant :

0 , parmi les soleils , les sphères , les étoiles , Les portiques d'azur, les palais de Saphir, Parmi les saints rayons, parmi les sacrés voiles Qu'agite un éternel zéphir;

Parmi les jeux sans fin des âmes enfantines. Quand leurs soins, d'un vieil astre éyaré dans les rieiix. Avec de longs efforts et des voiv argentines , Guident les chancelants essieux;

0, dans ce monde auguste où rien n'est éphémère, Dans ces flots de bonheur que ne trouble aucun fiel, Enfant! loin du sourire et des pleurs de ta mère. N'es-tu pas orphelin au ciel?

La première et la troisième strophes de cette ode se comprennent ou à peu près; mais que veulent dire ces jeux sans fin d'âmes enfantines qui guident, avec des voix argentines et de longs efforts , les essieux chancelants d'un vieil astre égaré dans les cieux?

Si on demande à M. Victor Hugo, à quoi bon ces orientales? et qui a pu lui inspirer de s'aller promener en Orient pendant tout un volume, il répondra (voyez sa préface) que c'est une idée qui lui a pris, et qui lui a pris d'une manière assez ridicule un jour d'été en allant voir le coucher du soleil; î7 regrettera seuleîïient que le livre ne soit pas meilleur. C'est trop de modestie; le livre n'est peut-être pas le meilleur qu'il ait fait; mais il est bon, et

noire seul regrel, à nous, est de ne pouvoir nous y arrêter assez longtemps.

Les pièces intitulées : \e Feu du ciel. Canaris , Navarin, Grenade, les Fantômes, Lui, nous en ont paru les plus remarquables ; nous allons en donner une idée.

Le Feu du ciel. Alors le seigneur fît descendre du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe, une pluie de souffre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants. Genèse.

Ce sont donc les causes qui ont armé la vengeance céleste contre Sodome et Gomorrhe , et le spectacle de leur destruction qu'il s'agit de mettre sous les yeux du lecteur; le poète ne saurait avoir et n'a pas d'autre but; mais ce cadre, assez vaste pourtant, lui semble trop étroit, et il veut l'élargir; avant de nous représenter le nuage fatal crevant sur les deux villes impies qu'il se garde bien de nommer d'abord, il s'amuse à le promener d'un bout de l'horizon à l'autre, à nous le montrer dominant tour à tour, du haut des cieux, la Mer, l'Afrique, l'Egypte, le Désert , Babel, et à nous donner ainsi la topographie d'une grande partie du Globe.

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