LK MONDE ET LE SIÈCLE
Nous lisons dans celte espèce de jérémiade :
Que maiiilenant le prêtre infirme et triste apôtre, Marche avec ses deux yeux, ouvrant l'un, fermant l'autre , Et que, pareil au bœuf par /'ms/mc^ assoupi, Chacun trace un sillon sans songer à l'épi ;
et que :
L'homme ne sent plus luire en son cœur triomphant. Ni l'aube, ni le lis, ni l'ange, ni l'enfant. Mi l'àme, ce rayon fait de lumière pure , Ni la création, cette grande figure.
De tout cela, ce qui nous élonue ie moins, c'est que l'homme ne sente plus luire l'âme dans son cœur.
A LA DUCHhSSE D'A.
Ceci vaut beaucoup mieux. Le poète, faisant allusion aux magistrats qui ont refusé six pieds de terre, dans le cimelière Lachaise , à la veuve de Junot , ancien gouverneur de Paris :
Puisque le souvenir de nos grandes batailles Ne brûle pas en eux, comme un sacré flambeau ; Puisqu'ils n'ont pas de cœur. puis([u'ils n'ont pas d'entrailles, Puisqu'ils t'ont refusé la pierre du tombeau ,
C'est à moi de chanter un chant expiatoire; C'est à moi de t'offrir notre deuil à genou-t ! C'est à moi, c'est à moi de prendre ta mémoire Et de l'ensevelir dans un vers triste et doux !
22fi LES RAYONS ET LES OMBRES.
Car j'.ii ma mission ! car, armé d'une lyre, Plein d'hymnes irrités ardents à s'épancher. Je garde le trésor des gloires de l'empire ; Je n'ai jamais souffert qu'on osât y loucher!
Car toi, la muse illustre, et moi, l'obscur apôtre, Nous avons dans ce monde eu le même mandat, Et c'est un nœud profond qui nous joint l'un à l'autre, Toi, veuve d'un héros, et moi, fils d'un soldat!
Aussi, sans me lasser, dans cette Babylone, Des drapeaux insultés baisant chaque lambeau, J'ai dit pour l'empereur : rendez-lui sa colonne; Et je dirai pour toi -. donnez-lui son tombeau !
Voilà au moins des vers, el nous en avons déjà cité beaucoup de pareils, qui disent quelque chose , qui parlent à rànio, que l'on comprend, qui n'assourdissent pas l'oreille, qui n'endorment pas comme les rêves, les grèves , les voiles, les étoiles, la vagut\ le gouffre, l'abime, la mer bleue, le ciel bleu, l'azur, l'éflier, l'espace, l'écume, la brume, Vombre, le rayon, le souffle, le vent, l'onde, V âme Jafamme, les feuilles, les branches, les ailes dorées, les visions blanches, et le nid qui jase , la maison qui chante, le clocher qui pleure, l'oiseau qui rit, et toute cette kyrielle d'idées creuses, de mois sonores et vides qui, à chaque page des Voix intérieures, des Chants du crépuscule, des Rayons et des ambres, revicî.nent en foule sous la plume du poêle qui dit:
.rnis toujours tie tamoiir pour les choses ailées.