QUE LA MUSIQUE DATE DU .\IV-= SIECLE
Avant d'arriver à Palestrina. (ju'il veut chauler, le poète nous suppose au théâtre:
Écoutez, écoutez
L'orchestre tressaillant rit dans son antre noir ;
Tout parle
Comme sur la colonne un frêle chapiteau, La flûte épanouie a monté sur l'alto.
Les gammes, chastes sœurs dans la vajjeur cachées, Vidant et remplissant leur amphores penchées. Se tiennent par la main, et chantent tour à tour. Taudis qu'un vent léger fait llotler à l'entour. Comme un voil; folâtre autour d'un divin groupe^ Ces dentelles du son que lejfifie découpe.
Les urnes pleines de sons sublimes nous ont lait^deiaauder un peu plus haut, si la musique se mettait en bouteille!
Les gammes vidant et remplissant leurs amphores , ou leurs cruches, nous forcent de le demander encore. Paraît enBn Palestrina :
Dieu! que Palestrina, dansPhomme et dans les choses. Dut enteudre de voix joyeuses et moroses !
Que de fois, épiant la rumeur des cliauraières,
Le brin d'herbe moqueur qui siffle entre deux pierres,
Le nid qui jase au fond du cloître ruiné.
D'où l'aube se réjiand sur les tombes des moines.
Le champ doié par l'aube, oit dorment les avoines
Qui, pour nous voir passer, ainsi qu'un peuple heureux,
Se penchent eu tumulte, au bord du chemin creux.
L'abeille qui {paiement chante et parle à la rose.
Parmi tous ces objets dont Vôtre se compose,
Que de fois il rêva, scrutateur ténébreux.
Cherchant à s'expliquer ce qu'ils disaient entre eux.
Ce n'était pas en effet chose facile à comprendre , et Palestrina y dut rêver longtemps, mais moins longtemps que nous ne ferions, si on nous obligeait à l'expliquer ; il n'y a, dans tout ceci, qu'une image qui ne nous offre rien d'étrange, c'est celle des avoines qui dorment et qui se penchent SiM bord du chemin, pour nous voir j)asser, parcequ'elle nous rappelle le vers si souvent cité de St-Amand, dans sa description du passage de la mer rouge par les Hébreux :
Les poissons ébahis les regardent passer.
ÉCRIT SUR LE TOMBEAU D'UxX PETIT ENFANT, AU BORD DE LA MER.
Nous parlions tout à l'heure des mots vides et sonores dont surabondent les dernières compositions de M. Victor Hugo ; en voici une qui les résume en partie.
Vieux lierre, frais gazon, herlie, roseaux, corolles , Mouches qui murmurez d'ineffables paroles, A l'oreille du pâtre assoujà dans les fleurs.
Vents, floLs, hymne orageux, chœx}r$ans fin, voixsansnomiuc.
Étoiles qui tombez du ciel
Oiseaux aux cris joyeux, vague aux plaintes profondes; Froid lézard des vieux murs dans les pierres tapi ; Plaines qui répandez vos souffles sur les ondes; Mer où la perle éciôt, terre où germe l'épi;
Feuilles, nids, doux rameaux (jue l'air n'ose effleurer. Ne faites pas de bruit autour de cette tombe.
L'énumération est presque complète ; mais comment le poète suppose-t-il que le vieux lierre , le frais gazon , les e'foiles, le froid le'zard tapi dans les pierres, les feuilles que l'air n'ose effleurer, puissent faire tant de bruit autour de la tombe d'un petit enfant? Nous devrions en rester là; mais comme M. Victor aime beaucoup les comparaisons, les définitions et les sentences , nous en avons extrait de ses ouvrages, un petit nombre que sans doute on ne sera pas fâché de trouver réunies, et qui achèveront de le peindre.
La comparaison est une ligure de iliétoriquc plus ancienne que la rhétorique elle-niêine. La poésie t!es j)reraiers âges dut s'en emparer d'abord. Les Ocienfaux eu ont toujours fait et en font encore un frétjuent usage. C'est une des formes el des ornements les plus agréables du discours; c'est par elle que l'imagination, réalisant et; qu'elle ne voit pas, et rapprochant les objets de la nature les plus éloignes, y aperçoit des analogies, des resseuî-
blances qu'elle appliciue aux affections morales, aux facultés intellectuelles , prêtant ainsi plus d'éclat à la pensée , plus de variété à l'expression. Homère , Virgile , Le Tasse , Fénélon, une foule d'autres chez différents peuples, en fournissent de nombreux modèles, et, sous ce rapport du moins , M. Victor Hugo ne s'est pas écarté de la vieille école. Il a au contraire renchéri sur elle, et jamais poète ou prosateur n'a trouvé que ce qu'il disait ressemblait à tant de choses. Mais ses comparaisons sont-elles aussi justes que celles des anciens? Les deux termes en sont-ils toujours dans un rapport qui satisfasse l'esprit? sont-elles toujours d'un choix heureux? n'offrent- elles que des idées vraies, que des images noblesou gracieuses? Lesexemj)les que nous allons lui en emprunter répondront à ces questions.
Les premiers réformateurs de la littérature , dans leurs discussions au sujet de la prééminence des anciens sur les modernes, ou des modernes sur les anciens, n'ont pas manqué, entre autres défauts qu'ils ont reprochés à ceux-ci , de tourner en ridicule quelques-unes de leurs comparaisons, lis ont trouvé mauvais que le vaillant Ajax, cédant à la terreur que lui inspire Jupiter , et se retirant devant Hector, sans cesser de combattre, ait été comparé par Homère à un âne qui, entré dans un champ de blé, le traverse lentement , malgré les coups de ses gardiens , et n'en sort qu'après s'être rassasié; ils ont blâmé Virgile d'avoir mis en piirallèle le trouble et l'agitation de la reine Amale, avec le mouvement du buis léger que des enfants font tourner sous les lanières. Voici la traduction des textes grec et latin.