SCÈNE
LES MEMES, I.E COMMAXDAXT IMIEIAE, canutcic n.de ^ et franc. lOix l'orlc. )
F'KEVAL coiucrl de poussière.
Midi! Pour un marin suis-je un peu ponctuel.''
AXM.
Mon oncle ! ! !
PRÉVAL
Un oncle, moi !. . . (u <e trompes, ma chère. Dis-moi : ce jjros baiser ne vient-il j)as d'un j)ère ?
AXXA.
.Ah!... mon ])auvfe père... es!...
PRÉVAL
Achève ! est un vieux fou î. . .
Mais vas-tu jusqu'au soir me tenir par le cou ? Avant de réclamer une main secourable, Apprends que je possède un appétit du diable Et la soif d'un marin qui, trois ans au grand lac, N'a mangé que du sel et bu que du cognac!... A table donc! et là, tendre enfant de mon âme, Commodément assis j'écouterai le drame Où mon frère, damné sans doute, a comploté De vendre son enfant pour quelque antiquité. . . Le marin au savant saura bien tenir tête , Et s'il vend son enfant, moi, morbleu! je l'achète!
JULIETTE apportant une petite table servie.
En attendant , monsieur , moi je vais essayer De vous faire dîner, et, morbleu! sans payer!..,
PRÉVAL
Quel marin en jupons ! . . . allons , l'idée est bonne. . .
(Il s'assied à table.)
Hé!... mais je reconnais ton bel esprit, friponne!... C'est toi qui m'écrivis cette lettre à pleins bords, A quoi j'ai répondu. . .
JULIETTE
« J'accours , mille sabords! ! »
PRÉVAL
Fort bien. . . c'est aussi toi qui remplaças la mère De cette pauvre enfant?...
JULIETTE
En tout honneur, j'espère !
PRÉVAL
Puis, fuyant les plaisirs, tu sus sans t'égarer Suivre son désespoir?...
JULIETTE
Je l'aidais à pleurer. . .
PRÉVAL
C'est bienl très-bien! corbleu ! ! Je t'aime et te vénère A tel point que je veux. . . te voir remplir mon verre ! Maintenant que ce vin m'a remis en éveil , Comme un vieux président j'ouvre donc le conseil.
(Attaquant le pàtc. )
Et pendant que je vais consulter cette pièce
(Silence. )
J'accorde la parole au plaignant...' Çà, ma nièce, Où donc est le plaignant? où donc est l'amoureux?
Pour aimer, il me semble, hein? qu'on doit être deux?
(Mangeant.) (Binant.;
Le Iribmial attend!... le président se fôelie!...
.IL LIETTE . à (k-nii-voix à Préval.
La plaignante se tait... et le plaignant se cache...
JULIEN . aniiMK' par .lulielte.
Dans l'ombre jusqu'ici, si je me suis placé , C'est que l'ombre convient à l'enfant délaissé... Mais de l'enfant obscur l'âme en vain prisonnière Malgré lui s'élança dans l'air et la lumière... Puis elle rencontra, dans les hauteurs des cieux, Un ange !. . . Fallait-il alors fermer les yeiLx ?. . . A l'orphelin qui doit vivre sur cette terre Sans fortune, sans nom, sans patrie... et sans mère. Dieu qui refusa tout, excepté le malheur, Ne devait-il donc ])as lui refuser un cœur!...
PRKVAI..
Que dis-tu ?
.ILLIKA.
Pardonnez cet aveugle blasphème.
Mais l'heure où vous venez est une heure suprême... Hélas! dès ce moment, espérance, tu fuis!... Je m'éveille d'un rêve et je vois (|ui je suis...
Pour mes illusions il n'est plus de refuge...
Car Anna trouve un père... et moi je trouve un juge!
AX'XA s' avançant rapidement.
Que dites-vous ?... pourrai-je oublier en ce jour Qu'une pauvre orpheline inspira votre amour?... Mon... car l'ingratitude est une chose affreuse... Qui donc étais-je, moi, quand j'étais malheureuse? Julien, qui m'aima quand je fus sans appui?... Si vous m'aimiez hier. . . moi je t'aime aujourd'hui! !. .
PRÉVAL
Je n'y tiens plus, manièce.. accours que je t'embrasse!
(A .lulien , resté seul et la tète baissée.)
Et toi, v5s-tu rester tout seul à cette place?... Tu dis : l'enfant obscur est né pour le malheur. . . Et moi je dis : mon fils, viens aussi sur mon cœur!...
JULIEN
Moi, votre fils?
PRÉVAL
Oui, toi ! car Dieu dans ses mystères Aux enfants orphelms sait envoyer des pères. Nous cherchions tous les deux... il nous a réunis. Toi tu trouves un père... et moi je trouie un fils!...
JLLIETTK jilr'uiaiit et liant, à Préval.
Prenez garde , imprudent ! pouvez-vous sans alarmes Chez des femmes ouvrir le réservoir des larmes ? De ces irruptions savez-vous le danger ?.. ; Dans le Grand-Océan vous allez nous plonger!...
PRÉVAL
Enfants, elle a raison!... quand souffle la tempête Souvent le cœur n'est bon qu'à nous tourner la tête ! . . . Çà, ma petite armée, avancez par ici!... Ma fille que voilà!... puis mon fils que voici!... Tous les deux par l'amour blessés sans espérance De ce pas vous allez marcher à l'ambulance... Bientôt vous connaîtrez des remèdes certains, Car l'hymen vous fera vos propres médecins '... Mais toi , ma Jeanne d'Arc, sans que rien nous retarde, A nips côtés, tu vas combattre à l 'avant-garde !...
JULIETTE
J'accepte du combat le péril et l'honneur,
Car je veux vous prouver qu'une femme a du cœur. . .
Marchons !...
PRÉVAL
Tu n.-irs sans arme ?. ..
JULIETTE
Oh ! je connais mon rôle.
Mon arme la plus sûre...
PRÉVAL
Eh bien ?. . .
JULIETTE
C'est la parole !
PRÉVAL
A toi les premiers coups !... Va trouver le savant... Fais qu'il me vienne ici !... Moi-même auparavant Aux magots fraternels je dois parler, peut-être, Pour mieux me préparer à comprendre leur maître ! . . .
JULIETTE
Dans ce grand muséum tout exprès je vous mis... Vous voyez d'un coup d'oeil nos plus vieux ennemis. Vivants, ils dévoraient et villes el provinces; Morts, ils ont conservé leurs appétits de princes!... Oui, tous ces gros bouffis qui feignent de dormir, Père, fille, héritage, allaient tout engloutir!... Après de tels repas, pour suivie l'hygiène, Moi je leur ferais boire un bon coup dans la Seine !
PRÉ VAL souriant.
Ne va pas exposer dans un plus long débat Ton arme la plus sure à s'user sans combat !...
JULIETTE
(A part.)
Je cours ! Ce n'est pas l'heure où l'on voit l'antiquaire , De le faire marcher le nom même d'un frère N'aurait pas le pouvoir. . . Je sais un nom en ns Qui le fera courir... ce nom, c'est : Grimaldus !...
(Elle sort.)