SCENE VI
PANTAXÊS, CRISPIN.
PANTAXÈS, tenant une Médaille qu'il examine attentivement.
C'est un Othon, ou bien je ne m'y connois pas ; La Légende le prouve, et quiconque le nie Doit estre regardé comme un petit génie.
Jamais ce ne fut là le nez de Constantin, Ni le menton d'Auguste...
(// va donner de la tête contre Crispin.)
Ah! té toitl, Crispia, Tu me parois réveer contre toa ordinaire.
Que-fais tu là, dit-moi; n'as-tu pas vu Valtfre?
CRISPIN
Valere ? il est, je crois, à la maison, ou bien Il est...
PANTAXÈS.
Il est? dis donc.
Il est... je n'en sçais rien.
Voudriés-Tous, Monsieur, lui dire quelque chose? On ira le chercher.
PANTAXÈS.
C'est que je me propose De lui faire embrasser Tétat que je suivis, Et je le vois toujours contraire à mes avis.
CRISPIN
C'est fort mal fait à lui; n'êtes-vous pas le mattre? Commandés, c'est à lui, Monsieur, à se soumettre. Si j'avois un enfant qui voidut raisonner, Ah ! vertubleu ! comment je sçaurois le mener. Que dit-il pour raison ?
PANTAXÈS.
Et que veux-tu qu'il die?
QuUl n'a que du dégoût pour ce genre de Tie, Et qu'il ne peut forcer son inclination.
CRISPIN
Oh ! Yraimeat du dégoût! le beau petit mignon; Voyez donC| du dégoût! Je le trouve admirable. Il est vrai que Tétat n'est pas fort honorable, Qu'on se moque partout de ces petits sçavans Qui bornent leur science à quelques talismans, A quelques médaillons pleins de rouille et de crasse.
Eh! mais...
Oh ! oui, vraiment, il aurpit hont^ gr^ct»
De venir faire ici le petit dégoûté.
Est-il plus grand Seigneur que vous n'avés esté? Croit-il se dégrader en imitant son père ?
Il faut, Monsieur, il faut eh faire un Antiquaire. Il est encor bien vrai que c'est un mince honneur Que rétat de sçavant pour tout homme de cœur, Que ce n^est nullement un grand «u|et de gloire Que de sçavoir par eaur quelque trait de l'Histoirei
Et pouvoir d^hiffrer sur un morcetu d'airain De quelle forme estoit le nez de Constantin.
PANTAXÈS.
Encor, mais tu...
CRISPIN
Non, non, ce n'est que pur caprice, A vos ordres. Monsieur, il faut qu'il obéisse; Un père par son fils se verroit traversé, Ce seroit, pour le coup, le monde renversé; On sçait bien dans le fond qu'il sera fort à plaindre Dans le genre de vie où Ton veut le contraindre, Et qu'entre nous. Monsieur, votre fils n'est point fait Pour s'enterrer tout vif au fond d'un Cabinet, Ni pour aller chercher autour d'une Médaille Le temps ou se donna telle ou telle Bataille.
PANTAXÈS.
Quoi, toujours...
Et pourquoi vous tant embarrasser } Puisque ce choix vous plaît, il faudra l'y forcer.
PANTAXÈS.
Je vois qu'il met en toi toute sa confiance; Il t'écoute, tu peux vaincre sa résistance;
Fais<-Iui de nôtre état sentir les agrémens»
Tes discours feront plus que mes commandemens.
CRISPIN
Je ne refuse pas de vous rendre service, Et je ne doute pas que je n*y réussisse^ Mais il faut...
PANTAXÈS.
Parle, il faut...
CRISPIN
Ne lui rien épargner De tout ce qui pourra servir à le gagner.
Il faut un cabinet enrichi de Médailles Et ce qu'on trouvera de riches anticailles.
PANTAXÈS.
Eh! pour le contenter je n'épargnerai rien»
Et quand au cabinet, je lui cède le mien.
De plus, je fais venir un certain Antiquaire Qu'on dit...
Qui? Damoclès, homme extraordinaire Qui vient...
PANTAXÊS.
Tu le connois?
CRISPIN
Je ne Tai jamais tû, Mais il passe par tout pour homme entendu Et qui connoit, dit-on, le fin de la science.
PANTAXÈS.
S'il a quelque morceau d'un peu de conséquence, Quelque rare qu'il soit et quel qu'en soit le prix, S'il veut s'en désaisir, je Tachette à mon fils.
CRISPIN
O Fils dénaturé, cœur de bronze et de pierre, Qui ne mérite pas d'avoir un si bon père !
PANTAXÈS.
Va-t'en donc, vas, Crispin, lui parler de ma part, Tu reviendras ici dans une heure au plus tard.
CRISPIN
Reposés- vous sur moi de toute cette affaire,
Je vous promets, Monsieur, d'en faire un Antiquaire.
COMBDII. 39