‹ L'antiquaireChapitre 34 sur 37 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

PANTAXÈS, POLEMARQUE, DAMOCLÈS, LA FLECHE.

POLEMARQUE.

S'il veut toujours entrer dans l'état militaire, Sans doute qu'à présent vous le laisserez faire?

J'aurai beaucoup de peine à m'y déterminer; Car enfin cet état, à bien l'examiner, Est, comme vous sçavez, un état d'ignorance; Or, je voudrois transmettre à mon fils ma science, Et l'on sçait qu'à la guerre on ne s'en pique point.

POLEMARQUE.

Eh! de grâce, Monsieur, finissez sur ce point; Et TOUS me permettrez, s'il vous plaît, de vous dire, Avec tout le respect que votre nom m'inspire. Que si de notre état vous connoissiez le prix, Vous n'en parleriez pas avec tant de mépris. Oui, je puis avancer ici sans flatterie,

Qu'il est plus que le vôtre utile à la patrie. Car enfin, dites-moi, si nos fiers ennemis Venoient, le fer en main, ravager ce pays, Que feroit un sçavant pour la cause publique? Le verroit-on s'armer d'une force héroïque, S'opposer aux fureurs du soldat inhumain, Et sauver nos Etats les armes à la main? Non, non, cédant plutôt à sa crainte subite, On lui verroit chercher son salut dans la fuite, Et, laissant sa patrie en proye à son vainqueur, Loin d'elle il cacheroit sa honte et son malheur ; Tandis que le guerrier, plein d'un noble courage, Bravant des ennemis la fureur et la rage, Eteindroit dans le sang des barbares soldats Les feux dont ils vouloient embraser nos Etats, Et, pour donner enfin la paix à la Patrie, Il iroit prodiguer et ses biens et sa vie.

PANTAXÈS.

Ce parallele-là n'a rien en vérité

Qui puisse d'un Sçavant flatter la vanité :

Mais en revanche aussi, si l'on veut vous en croire.

On est dans cet état tout éclatant de gloire.

POLEMARQUE.

Au reste, n'allez point taxer de vain discours,

io8 l'antiquaire,

Ce qui, même à mes yeux, s'est passé de nos jours,

Quand le fier Cumberland vint conduire à nos portes

Des Anglois furieux les nombreuses cohortes,

Et qu'avec Konigseck et l'Etat HoUandois,

Il avoit conjuré la perte des François.

Que fut-il arrivé, si pour toute défense,

Alors nous n'eussions eu que des sçavans en France

Un semblable renfort, aux champs de Fontenoy,

Auroit sans doute été d'un grand secours au Roy ?

Tranquille dans le port, éloigné de l'orage.

Vous qui voulez jouir d'un si grand avantage,

A votre fils, du moins, donnez la liberté

D'aller vous assurer cette tranquillité,

A ses justes désirs cessez d'être contraire.

PANTAXÈS.

Vous croyez donc, Monsieur,'qu'il est né pour la guerrer

POLEM ARQUE.

Je connois là-dessus ses dispositions.

Ainsi ne gênez plus ses inclinations.

Mais la guerre....

COMF. DIK. 109

POLEMARQUE.

La guerre ?

PANTAXÈS.

Est trop dispendieuse.

Et, quand on n'est point riche, elle est très-onéreuse.

POLEMARQUE.

Les frais n'en seront pas si grands que vous pensez, Et pour les soutenir vous êtes riche assez.

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