‹ L'antiquaireChapitre 36 sur 37 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

CHANSON

CHANSON

POUR SERVIR d'Épilogue a la comédie DE l'Antiquaire.

lu tems passé, vous qui vantés les loix Et qui méprisés trop le nôtre, Croyez-moi , l'un est comme l'autre , Cest encore comme autrefois :

L'on vit toujours selon le vieux système. Parcourons ce tems si van;é Que l'on appelle Antiquité, Et nous dirons en vérité :

Tout va toujours de même.

Au tems passé, le fuseau dans les doigts, Epris d'un amour ridicule,

CHANSON

Aux pieds d'Omphale on vit Hercule.

C'est encore comme autrefois :

Car aujourd'hui, par son pouvoir suprême, L'amour souvent de nos héros Change les lauriers en pavots Et des armes fait des fuseaux.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, peu jaloux de ses droits, Socrate, après son mariage, Ne fut point maître en son ménage.

C'est encore comme autrefois:

Car aujourd'hui plus d'un bon Nicodême, Pour avoir la paix au logis, Laisse porter à sa Cloris Ce qui ne convient qu'aux maris.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, parmi ses beaux exploits, La Grèce a vu plus dun Thersite La deshonorer par sa fuite.

CHANSON

C'est encore comme autrefois :

Car aujourd'hui, plein d'une ardeur extrême, Dès le premier coup de mousquet, L'on voit encor maint freluquet Se sauver derrière un bosquet.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, d'une éloquente voix, On a vu le grand Demosthene Ennuyer le peuple d'Athene.

C'est encore comme autrefois :

Car aujourd'hui, sur la fin d'un Carême, Il n'est aucun prédicateur Qui quelquefois, foible orateur.

N'ait ennuyé son auditeur.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, pour un joli minois Plus d'un juge à l'Aréopage Laissa corrompre son suffrage.

C'est encore comme autrefois :

CH A N SON

Car aujourd'hui, par plus d'un stratagème, Cupidon sur les fleurs de lys Fait rendre souvent à Themis Des arrêts dictés par Cypris.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, souvent au fond d'un bois Timon contre la race humaine S'en alloil exhaler la haine.

C'est encore comme autrefois :

Car aujourd'hui, l'œil hagard, le teint blême, Plus d'un Timon du genre humain Dans un colloque clandestin Vomit sa bile et son chagrin.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, Philosophes narquois, A l'exemple de Diogene, Vous vous insultiés dans Athene.

C'est encore comme autrefois :

Car aujourd'hui l'on voit sur un dilemme

CHANSON. 133

Nos Philosophes furieux, Dans leurs exercices fougueux, Tout prêts à s'arracher les yeux.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, par respect pour les loix D'Hipocrate et de ses Confrères, L'on alloit rejoindre ses pères.

C'est encore comme autrefois :

Car aujourd'hui c'est toujours un problème, Si ces docteurs à longs rabats Sauvent plus d'hommes du trépas Qu'ils n'en font descendre là-bas.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, trop docile à la voix D'une sombre Philosophie, On vit Caton s'ôter la vie.

C'est encore comme autrefois :

Car aujourd'hui, d'un mortel aposeme.

Souvent aussi fou que Caton,

124 CHANSON

L'Anglois se fait une boisson Qui le de'pêche chez Pluton.

Tout va toujours de même.

Au tems passé, dans un cercle bourgeois, Pour avoir glapi quelque Idile, Mcevius se crut un Virgile.

C'est encore comme autrefois :

Car aujourd'hui, par un orgueil extrême, Avec Voltaire et Crébillon, Chaque goujat de l'Hélicon Veut entrer en comparaison.

Tout va toujours de même.

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