PRÉFACE
Un laborieux ouvrier qui a fini quelques-unes de SCS journées a le droit de compter ses acquisilions Y d'examiner ce qu'il a fait , ce qu'il aurait voulu accomplir; — quels obstacles il arencon- Irés, quels défauts il rcconnait dans son œuvre , et d'en expliquer les imperfections ou les lacunes. )*ai donc cru naturel de classer selon l'analogie des sujets les résullals principaux d'une vie studieuse.
Le présent volume contient des théories générales et plusieurs fragments sur l'antiquité ; — un autre, des essais consacrés aux premiers temps chrétiens et au moyen âge ; ^
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Un troisième, diverses éludes sur le xvi* siècle; — dans la première partie , VHistoire de la LUtérature française^ depuis le règne de François I" jusqu'à celui de Henri IV ; travail que TAcadémie française a honoré d'un prix parlagé en 1827 avec M. Saint-Marc Girardin; — et VÉloge de F. de Thou , couronné en 1823 par l'Académie française en même temps que celui de M. Patin; — dans la seconde, une série de portraits de la même époque.
Le quatrième contient des recherches relatives à la liltcralure espagnole, et à celte période curieuse de notre littérature, lorsque Tinfluence active de l'Espagne lui fit subir, sous Louis XIII, une modification passagère.
Dans un cinquième , j*ai réuni des fragments sur l'Allemagne; les deux suivants qui viennent aboutir aux premières années du siècle où nous sommes offrent une série de portraits politiques et humorisliques, esquissés d'après la société anglaise du xvm* siècle.
Enfin le dernier est consacré à la Lil térature anglaise et à celle de l'Amérique du Nord.
Le moi est haïssable ; et si je donne ici quelques explications sur celte variété d'études et de recherches, c'est que je comprends à (|uellcs accusations
elle m'expose. On trouvera ce que je n'oso pas appeler mes théories, du moins les idées principales que mes études m*ont suggérées dans la première partie du présent volume, qui renferme : Texposé de ces idées et de ces vues ; — l'esquisse d'une histoire des influences littéraires , c'est-à-dire, les masses et la disposition des résultats qui m'ont semblé ressortir de ces études ; — enfin une recherche philologique , ayant pour objet les deux sources de littérature européennes, le teutonismeet le latinisme.
Ln seconde partie contient des fragments relatifs aux souvenirsles plus grands de l'antiquité : la Bible, — Homèue; — Cicéron; — Viroile. — En m'arrêtant devant ces points lumineux ou plutôt éclatants, je n'ai pas été seulement attiré par la puissante lumière qui en émane, mais préoccupé de Tinfluence qu'ils ont exercée sur les temps anciens, influence qui se fait sentir encore au monde moderne. A la même pensée se rattache d^autres esquisses sur la vie des Femmes payenkes, comparée à celle des femmes chrétiennes, et sur les modifications que ce changement total de mdsurs a dû apporter dans le drame et le roman. La trace la plus délicate et la plus pure de cette modification s'offrait à moi chez Racine, qui^ rapproché d'EuaipiDE, m'a paru s'élever, pour la perfection de Tart^ au-dessus de l'art*
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On voit que je n*ai pu m'occuper que de quelques points spéciaux', relatifs à l'antiquité. Tout en lui rendant un hommage si peu digne de sa beaulé, j'ai tâché d'apporter dans cetle partie de mes études de Texactitude et de la précision.
Le monde gothique et barbare m'attirait ; nonseulement il avait en sa faveur la nouveauté; mais il expliquait par le contraste des formes et des idées un fait digne de toute la curiosité de l'esprit : — > Thistoire des évolutions intellectuelles des races et des peuples.
Ne en France, élevé en Angleterre, et familier de bonne heure avec la critique de l'Allemagne , j'ai ressenti vivement deux impulsions coniraircs ; Tune qui m'entraînait vers la beauté de l'art, telle que les Grecs l'ont réalisée, l'autre vers l'observation de l'humanité, telle que les nations septentrionales l'ont tentée. Cherchant avec sincérité et persévérance la conciliation de ces deux pouvoirs, dont l'un se rapporte au sentiment du beau, l'autre â l'étude du beau et à l'étude du vrai , j'ai voulu les distinguer sans les détruire ; la confusion de ces deux sphères ne peut produire que des erreurs. La perfection du drame, en tant que drame, est tout entière chez Sophocle,- et ce sera toujours se tromper que de chercher dans les créations de Shakespeare la beauté achevée , les proportions su-
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prômes, lerapport des parties avec le tout^ enfin lecomplet de l'art dramatique ; ce qu'il faut deman-^ der 5 ce grand homme, c*est l'examen rigide et détaillé de rhumanilé, ce sont les nuances métaphysiques et cependant vivantes de Hamlet et de Macbeth; les qualités sublimes du philosophe et de l'observateur.
Les génies de ce monde gothique et barbare dont Shakespeare esl le roi intellectuel ont su atteindre la beauté poétique du détail par l'étude du vrai, tandis que Sophocle et Racine, pénétrés du sentiment de la beauté , ont donné au vrai une forme belle et immortelle; c'est ce qui a favorisé la confusion. Les premiers, que les convenances de l'art n'entravaient pas, ont touché des profondeurs et des écueils inconnus aux maîtres de l'art hellénique. Les autres , soumis à la loi d'une suprême harmonie, ont accompli la beauté de l'ensemble, que la diversité et le contraste du détail auraient brisée.
Émanant du sentiment du beau, l'art hellénique veut la beauté de la forme, et tend à l'unité ; le génie contraire , attaché à la sévérité du devoir , cherche le vrai, et tend à la variété. A l'un , l'harmome et la régie ; à l'autre, la profondeur dans le caprice.
Moire vie n'est qu'un perpétuel antagonisme de la faculté d'aimer et de la faculté de penser , de la foi