‹ L'antiquitéChapitre 40 sur 46 · LEUR CŒUR · texte numérisé non relu

LEUR CŒUR

D'autres exemples ne manqueront pas :

a Discours de Bilame, fils de Beor; — Discours de l'homme à l'œil perçant; — Discours de l'homme qui entend les paroles de Dieu ; — Qui voit la vision du Tout-Puissant, prosterné et les yeux découverts! »

Ainsi commence, dans le texte hébraïque, la dernière bénédiction de Balaam (Bilame). Exorde grandiose : le prophète n'emploie pas mémo de verbe; il donne le titre siniplii de son allocution; il s'annonce comme l'homme à l'œil perçant, celui qui, la face contre terre, est encore le Voyant. On sent vivement, dès ces pre-

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mières paroles, le parallélisme hébreu, cette rime pour l'intelligence, cette répétition de la même pensée tombant deux fois sur elle-même comme pour s'enfoncer dans les esprits. La traductioa a gâté cela :

« Voici ce que dit Balaam, fils de Beor; voici ce que dit l'homme qui a l'œil fermé; voici ce que dit celui qui entend les paroles de Dieu, qui a vu les visions du Tout-Puissant, qui tombe, et qui eu tombant a les yeux ouverts. »

(( Que vos pavillons sont beaux, ô Jacob! (ajoute la traduction). Que vos tentes sont belles, 6 Israël! Elles sont comme des vallées couvertes de grands arbres, comme des jardins le long des fleuves, toujours arrosées d'eau, comme des tentes que le Seigneur lui-même a affermies, comme des cèdres plantés sur le bord des eaux. »

Voici le texte biblique :

« Qu'elles sont belles, tes tentes, Jacob!

a Tes demeures, Israël !

« Prolongées comme des vallées!

« Comme des jardins sur le fleuve!

(( Comme des aloës que Dieu a plantés !

« Comme des cèdres sur les eaux! »

Vous sentez le rhylhme; vous suivez Iç mouvement énergique et allcraé du poète; cette poésie brève et dure est réduite à ses grands traits et à sa charpente. Voici la cadence sauvage, celte double percussion de clia jue image exprimée par un nombre égal de mois, par une suite de sons analosrups. La fin de la bénédiction de Bilame est sublime :

t( Ils (les Hébreux) dévoreront les peuples qui

seront leurs ennemis ; ils leur briseront les os, et les perceront d'outre en oulre avec leurs flèches. — Quand

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Juda se couche, il dort comme un lion, comme une lionne que personne n'oserait éveiller. Celui qui te bénira sera béni lui-même, et celui qui te maudira sera regardé comme maudit. »

Comparez l'hymne original :

a II dévore les peuples ses ennemis;

c Écrase leurs os, les perce de ses flèches ;

f S'agenouille, se couche comme un lion, comme une lionne.

c Qui le fera lever?

t{ Bénis qui te bénissent;

c Maudits qui te maudissent ! »

C'est dans le texte hébreu qu'il faut voir le lion de Juda, repu de sang, las de meurtre, s'agenouillant, se couchant, et terrible encore,

A guisa di leon, quando si posa !

Même observation sur le cantique de Moïse, qui, par sa beauté, offre un exemple plus saisissable et plus vigoureux :

« Gieux, écoutez ce que je vais vous dire : que la terre entende les paroles de ma bouche. Que les vérités que J'enseigne soient comme la pluie qui s'épaissit dans les nuées; que mes paroles se répandent comme la rosée, comme la pluie qui se répand sur les plantes, et comme les gouttes de l'eau du ciel qui tombent sur l'herbe qui commence à pousser. Car je vais célébrer le nom du Seigneur. Rendez l'honneur qui est dû à la grandeur de notre Dieu. »

Voici le texte hébreu :

« Prêtez l'oreille, Cieux, je vais parler!

a Terre, écoute les paroles de ma bouche!

« Qu'elle ruisselle comme la pluie, ma doctrine;

« Que ma parole coule comme la rosée,

« Comme l'averse sur Tarbrisseau,

(i Comme les torrents d'eau sur l'herbe!

« Car c'est le nom de Jéhova que j'évoque.

« Apportez mille magnificences à mon Dieu ! »

Il est inutile d'entrer dans une longue et pédantesque dissertation. Qui ne reconnaît ici la forte saveur de la poésie primitive? Écoutez le chant de menace, prononcé dans le désert :

« Dieu vous a trouvés dans une contrée déserte (dit Moïse au peuple rebelle), .

« Dans une solitude d'effroyables hurlements ;

« Il a enveloppé, élevé, conservé son peuple,

« Comme la prunelle de son œil ;

« Comme l'aigle surveille son nid, plane sur ses pclils,

« El end les ailes, les prend, les emporte dans son essor! w

Si nous revenons à la traduction, nous croirons descendre de la cime du rocher dans la plaine ; tout devient calme et plat, l'élément lyrique disparaît :

« Dieu a choisi son peuple pour être particulièrement à lui, il a pris Jacob pour son partage. — H l'a trouvé dans une terre déserte, dans un lieu affreux et dans une vaste solitude, il l'a conduit dans divers chemins, il l'a instruit, il l'a conservé comme la prunelle de son œil. — Comme un aigle attire ses petits pour apprendre à voler, et voltige doucement sur eux, il a de même étendu ses ailes, il a pris son peuple sur lui et l'a porté sur ses épaules ! »

Le Dieu terrible, le Dieu de vengeance continue par la bouche de Moïse :

ff La colère s'est enflammée dans mes narines,

« Elle brûlera jusqu'aux confins du ScheoU

f Elle consumera la terre el ses produits,

ik Elle embrasera les fondements des montagnes.

I Âh! reconnaissez-vous maintenant que Moi, Moi, je

wm Dieu?

« Nul Dieu près de moi ! C'est moi !

« Je tue, je vivifie, je blesse, je guéris ; « J'étends ma main vers les cieux, et je dis : moi, je

vis Étemel!

« Oui, j'enivrerai mes flèches de ce sang, « Mon glaive dévorera la chair, c II vivra du sang des morts des captives, ff Du crâne dépouillé de l'ennemi, ff Nations ! félicitez le peuple de Dieu, « Car il venge le sang de ses serviteurs, « Car il se venge de leurs ennemis ! »

Mouvement, force, rage inefTable, poésie qui n'a d'analogue nulle part 1 Voici les faibles paroles de la Bible vulgaire t

« Considérez que je suis le Dieu unique, qu'il n'y en a pas d'autre que moi seul. C'est moi qui fais mourir, et c'est moi qui fais vivre; c*est moi qui blesse, et c'est moi qui guéris, et nul ne peut rien soustraire ù mon souverain pouvoiri — Je lèverai ma main au ciel, et je dirai : C'est moi qui vis éternellement. — Si je rends mon épée aussi pénétrante que les éclairs, et que j'entreprenne d'exercer mon jugement selon ma puissance, je me vengerai de mes ennemis, el je traiterai ceux qui me baissent comme ils m^ont traité, etc.^ etc.

C'est dans le texte même, ou dans le calque le plus servilement littéral qu'il faut lire cette Bible, contemporaine du berceau de l'Asie antique, code, épopée, histoire, généalogie, dithyrambe, trésor sublime des peuples chrétiens, source de toute notre poésie, témoin d'une civilisation à jamais détruite.

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