‹ L'antiquitéChapitre 45 sur 46 · VI · texte numérisé non relu

VI

Des régies fixes ont-elles présidé aux mutations des mots chez les races

teutoniques et les races latines ?

Quelle que soit la langue primitive et perdue qui a été la source des langues teutoniques et latines, ou mùmc du samskrit, source qu'aujourd'hui les esprits les plus sagaces ne peuvent découvrir; ce qui n'est pas douteux, c'est que certaines lois ont présidé aux diverses meta* morphoses des langues et des dialectes. Ces métamorphoses sont à peu près de vingt espèces; elles ne dépendent pas seulement de la variation des mœui's, mais aussi des habitudes de la prononciation. Les mômes mots deviennent complètement différents d'eux-mêmes, suivant qu'un peuple leur applique la consonne fi, un autre la consonne I\ un autre f . Par exemple le grec pous, podos, et le hi'm pes^ p^dis, deviennent le gothique fôliis, le vieux saxon vitos, l'anglo-saxon fôt^ les consonne P, F, K, ayant la même valeur.

Bopp, le premier, a prouvé que des règles certaines sont observées dans ces changements des consonnes et des voyelles, et voici le tableau synoptique qu'il a donné pour les consonnes :

Traiisfonnylioii

Transformation

Grecc-Utin.

gothique

et aiiglo-saxonne.

allemande.

Th.

Ch.

LANGUES TEUTOMQUES ET LVTINES. 425

Pour les voyelles, Bopp, dans un volume plus récent, a montré que les lois de leurs changements ne sont que celles de la prosodie; les brèves sont remplacées par dos brèves, et les longues par des longues. Voici des exemples :

fMlin^ Auris.

Go(h, Auso.

Anglo-Saxofi, Eare (îrc).

Anglais, Ear (ire).

GreCf Polis.

Golh, Fùtus.

Anglaia, Foot (foût).

GreCf E. -lachus.

halin, . . . levis.

Aiiglaix, ... lighl.

Ainsi ;ia/er (iat.) est devenu fadar, (golh.), et father (angl.) ; poretmn (grec), faran, (goth.) et fare (angl.) ; mêne\ {grec) moon^ (angl.); raillx (Iat.) roof (angl.) etc., etc..

S'il fallait suivre toules les révolutions des inots, jo copierais ici le dictionnaire entier de Kaltschmidt.

lui recherchant Tongiiie des langues, en étudiant leur développement, leurs phases et leur vieillesse, cette remarque philosophique nous a frappé, qu'il y a dans les variétés presque infinies de leurs métamorphoses et dans les lois qui président à ces variétés une iorce de perpétuité admirable. D'un âge à un autre âge, d'une race ancienne à une race plus moderne, les mots se transforment, destinés à revêtir des formes inattendues, sans pourtant abdiquer jamais leur racine primitive dans leur croissance ni dans leur grandeur ; — toujours nouvelles et toujours anciennes, différentes à la fois et identiques, elles restent elles-mêmes tout en s'altéranl.

424 i;antiquité.

Doux grandes zones partagent toute Thistoire des langues et delà littérature européennes; la zone graecolatinc contient les traditions élégantes et splendides d'une civilisation perfectionnée à diverses reprises et. impérissable : la zone scandinave-teutonique renferme les éléments du monde nouveau et les souvenirs empruntés à une existence plus longtemps farouche et que le christianisme seul a civilisée. A Fune de ces zones, que domine la langue grecque, se rattache, dans les arts et la poésie, le culte du heau^ de la forme et du fini; à l'autre le sentiment du vrai, de l'intime, du devoir et de rinfîni. L une tend à la poésie et se maintient dans la synthèse ; Tautre penche vers l'observation et adopte l'Analyse.

Hors de ce double point de vue, il est impossible d'expliquer et de comprendre les langues et les littératures du monde ancien et du monde moderne, — de THellénisme méridional et du Teutonisme septentrional.

PàttÂCE,

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