‹ L'antiquitéChapitre 5 sur 46 · D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE

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Coup d'oeil général.

Le berceau des sociétés est protégé parla Théocratie. Le prêtre règne. Vice-Dieu, roi sacerdotal, il explique aux nations la nature et Tunivers, mystère éternel. Alors Tautel est le trône, la tiare est le diadème. A cette phase '. correspond une forme de poésie et d'art, celle des Indiens, des Hébreux, des Persans et des Égyptiens.

A côté de ce régime théocratique, sur une ligne parallèle, s'offre la vie patriarchale et la vie de famille, mode primitif des Arabes et des tribus sauvages, premier système social des Chinois. La tente de l'Arabe a ses récits et ses hymnes. Chez le Chinois, le culte de la famille s'est combiné avec l'idolâtrie des symboles matériels de la pensée ; son intelligence s'est pétrifiée et concentrée dans la mémoire des signes.

Cependant les dieux détrônent les prêtres : le sacerdoce est refoulé dans le sanctuaire. La (^r^ce prés'^nte

la plus brillante expression de celte Iransformalion nouvelle.

Bientôt Rome hérite des arts grecs. Le polythéisme s*épuise après avoir donné des chefs-d'œuvre, et le christianisme naît.

Il lutte avec les dieux d'autrefois. Lié à Thébraïsme, et par conséquent à l'Orient, il introduit de nouveau dans le monde occidental l'influence asiatique, depuis longtemps affaiblie. Les dieux du paganisme croulent. Le Dieu Triple et Un des chrétiens s'avance; et voici, pour augmenter la confusion, un flot de peuples tombant du nord sur les régions alors civilisées, et important avec la conquête toutes les traditions lugubres de ses bois et de ses cavernes.

L'ère chrétienne des arts et des lettres commence dans ce chaos. Ces éléments disparates bouillonnent longtemps et se dégagent enfin. Une nouvelle Europe éclôt, le langage latin se subdivise; le keltique meurt; le gothique engendre vingt langues, le slave se conserve dans les régions sauvages, une nouvelle impulsion est donnée à l'Orient par Mahomet; tout se complique, et le genre humain avance dans sa route.

La poésie et les arts de l'Arabie et des khalifes apparaissent; et vis-à-vis d'eux, la poésie et les arts de la féodalité, puis de la chevalerie.

Ces derniers sont ceux que le monde européen revendique comme siens. Au seizième siècle, ils se transforment; après que le catholicisme ou la Foi a donné ses fruits, le protestantisme ou le Doute offre les siens; De là date l'ère philosophique ou sceptique qui a rempli trois siècles. Au moment ou nous écrivons, parvenue à ses résultats les plus redoutables, elle remue le monde ; elle essaye de pénétrer dans l'Orient, qu'elle ébranlera.

Lliistoire de la pensée humaine, manifestée par les arts ou la parole écrite, se compose donc de quatre grandes périodes que l'on peut rattacher Tune à l'autre par des points de transition :

4« 1/ère théocratique ;

2** L'ère du polythéisme ;

S** L'ère chrétienne ;

4<* L'époque actuelle, éminemment critique et analytique.

Sous le polythéisme, l'influence du patriarcat et de la théocratie se prolongeait. L'esclavage antique, né de la piemiére civilisation, s'esf perpétué dans le christianisme môme. Rien ne meurt sur notre glohe.

g II.

l/Hindoustan.

Les écrits qui portent la trace de l'antiquilé la plus haute appartiennent à la péninsule de l'Inde. - La langue sacerdotale, la langue parfaite (tel est le sens du mot sanskrit), n'est égalée, s'il faut croire les Bopp et les Burnouf, par aucun idiome connu. La phip'«rt des langues d'Europe s'y rapportent comme à une source mère. Épopée, hymne, drame, fable, morale, métaphysique, les mille manifestations de l'intelligence humaine, tous les systèmes se confondent et s'allient dans les épopées hindoues. Ce sont des proportions colossales, une fécondité sans bornes, un panthéisme mythologique qui embrasse les extrêmes, une synthèse qui amalgame Tidéal et le positif; toutes les formes et toutes les forces divinisées.

ft L'ANTIQUITÉ.

La fleur des champs devient un monde; la malédiction est une foudre qu'on ne peut éteindre ; ces épopées, dans leur marche gigantesque ressemblent à l'éléphant des plaines hindoustaniques.

A la naïveté s'y mêle une grandeur démesurée. Une croyance sans bornes enlace toutes les doctrines et ouvre son sein à des divinités innombrables. Des colonnes énormes, taillées dans la roche vive, sont brodées de fleurs et de dentelures. Des statues de divinités aux mille bras offrent une finesse de détails excessive. Dans le Mahabharata, les mondes se heurtent, et une fleur sourit à Tenfant qui passe. Les Titans dévorent l'univers, et une femme armée d'une paille les extermine de sa main.

Le Ramayana et le Mahabharata sont l'Odyssée et l'Iliade de l'Inde. Quelle Iliade, et quelle Odyssée! Le Mahabharata seul est divisé en dix-huit parties qui forment cent mille distiques ou Shlokas, c'est-à-dire deux cent mille vers. Grâce primitive et terreur hideuse, mille instruments de carnage, mille chars roulants, mille br agités, le sang couvrant la terre, puis l'ingénuité des légendes, et la délicatesse exquise ; — vous diriez le génie grec encore enfant, manquant de propoition et de règle, grave et candide comme il convient à une race sacerdotale. Des fables enfantines ondulent comme un voile sur le sanctuaire, et les théories cosmogoniques se cachent sous ces replis. Le Symbole rend les arts hindous monstrueux et disproportionnés. La Force est représentée par la multitude des bras, la Providence par un grand nombre d'yeux, la Sagesse par une trompe d'éléphant.

Ne cherchez donc pas dans les poèmes de l'Inde l'économie et l'ordonnance des Grecs ou la science des Ro-

mains; mais fécondité, gravité pour ainsi dire pontificale, quelque chose de primitif et de grand, de doux et d'éthéré.

Dans le drame indien régnent une atmosphère tiède et une lumière pure, une lueur de grâce calme qui en adoucissent les contours. Là, comme dans le poëme épique indien, les détails frivoles se mêlent aux événements majeurs; l'incident fortuit de deux chars échangés décide du sort des rois.

Matériellement, il ressemblait au tliéâtre hellénique : en plein air, dans- une vaste enceinte, qui offrait à la fois une perspective animée et laissait plonger Tœil du spectateur dans l'intérieur de plusieurs maisons, se jouaient les grands drames de Bavhabouti, de Soudraka et de Calidasa ^ Des incidents variés, des caractères vrais, de la grâce, de la tendresse, souvent de l'émotion étaient exprimés dans un dialogue facile. C'est du théâtre espagnol que le théâtre de l'Hindoustan se rapproche le plus par la rapidité et la facilité.

Il y a dans les œuvres des Hindous un sentiment délicat et vierge d'amour pour la solitude, le monde végétal et la nature inanimée; on dirait la première extase de l'homme; la lumière du jour sourit à sa naissance. La confusion d'un luxe qui ne sait pas se borner caractérise ce sublime et confus éveil de la poésie et de l'art.

* Voy. H. H. Wilson, Hindoo Théâtre, translatée from the SanskrU, — Calcutta, 1827, 5 vol. iii-8. — Londres, 1835. 2 vol. in-8.

gnr.

Oéveloppement de Tesprit humain chez les nutres peuples de rOi ieiit.

Où trouver le premier germe des théories platonique et aristotélique, qui, devenues chrétiennes, ont remué rOccident? dans Tlnde. Ces contes dont rArabie a fait ses délices, et que l'Europe a recueillis, sont le fruit de rimaginalion hindoue. Les dogmes pylhagoriques émanent de l'Inde. Le dogme du Dieu Homme, qui fait la base du christianisme, y était professé lorsque Alexandre la conquit. On a retrouvé naguère les racines de nos langues dans la langue sacrée des Brahmanes.

La mythologie égyptienne et la mythologie hindoue coïncident singulièrement. La théogonie des deux peuples est la même; les castes établies chez les Hindous et chez les Égyptiens sont soumises aux mêmes subdivisions. Mais la Théocratie s'afierinil en Egypte, au lieu d'être sans cesse combattue, comme dans l'Inde. Les dogmes égyptiens sont mystérieux, immobiles et rigides; la science égyptienne se cache sous les voiles du sanctuaire; un pelit nombre de théocrates dominent une population esclave. Devenus des instruments vivants, les peuples érigent ces monuments immenses dont l'hiérophanle avait tracé le plan. Cetie civilisaiion, à la fois matérielle et colossale, nous a laissé les pyramides, symboles de lelig'on et de servitude.

La Chahléo, l'Assyrie, Bahylonc cultivèrent les arts manuels avec succès; le luxe orna le palais des rois et It' temple des prêtres. La poésie et l'art furent étouffés parle triomphe de l'autel, l'oppression du symbole et du

INFLUENCES LinERAÎRES. 9

mythe, la prépondérance des classes dominantes, et In règne de ces mages parmi lesquels on choisissait les rois.

Cependant la science morale des Égyptiens, les connaissances astronomiques de la Clialdée, les perlèctionnements industriels des empires babyloniens et assyriens, le commerce de la Phénicie, accomplissent leurs conquêtes ; et l'alphabet phénicien, issu des hiéroglyphes qui Tout précédé, fait la conquête du monde.

Un grand progrès s*est opéré chez les Persans : ils s'éloignent du panthéisme matériel des Égyptiens et des Hindous : la Théocratie cesse d'être écrasante; la monarchie devient patriarcale. Autour de cette monarchie persane régne comme une auréole de grâce et de majesté morale, répandue dans les souvenirs poétiques de cette nation; souvenirs qui se réduisent d'ailleurs à des fragments très incomplets.

Les chants modernes du mahomél^n Ferdousy en ont conservé quelques traces, comme les métopes brisées de ia Persépolis antique révèlent aux voyageurs un souvenir de la vieille architecture persane, chaînon intermédiaire entre l'art hindou et l'art hébraïque.

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