ANTISEPSIE DES ORGANES GÉNITO-URINAIRES
Les organes génito-urinaires sont une Source fréquente de contagion. — C'est le champ d'expérience par excellence de l’antisepsie. — Traitement antiseptique de la blennorrhagie. — Antisepsie de la vessie. — Cystite et fermentation ammoniacale. — Protection du rein. — Antisepsie de l'accouchement. — Protection de l’économie contre la septigémie puerpérale. — Moyens employés. — Résultats obtenus.
La muqueuse des organes génito-urinaires constitue une des portes d'entrée de l'organisme le plus souvent franchies par les agents pathogènes. Chez la femme les accouchements, chez l'homme la rétention d’urine et toutes ses conséquences, les rapports sexuels, etc., sont pour elle des causes fréquentes de déchirures et de desquamation épithéliale, et la présence à sa surface de liquides susceptibles de se décomposer offre aux germes un terrain de choix. Aussi, dès que la méthode antiseptique a été découverte a-t-elle été appliquée à ces organes et, nous devons le dire, avec le plus grand succès.
Les causes de contagion de l'économie due à l’effraction par les germes septiques de la porte cloacale sont si
nombreuses, les moyens mis en usage pour les combattre en faisant de l’asepsie ou de l’antisepsie ont acquis de nos jours un tel développement que nous pe
saurions les énumérer tous. Pour. montrer comment on peut défendre l’économie contre les infections venant par cette voie, nous procéderons par des exemples et nous indiquerons successivemént les moyens antiseptiques
employés pour protéger la vessie et le rein contre la
blennorrhagie et la fermentation ammoniacale, et l’appa-
reil génital de la femme contre la septicémie puerpérale. | Ÿ
La nature parasitaire de la blennorrhagie est aujourd’hui tout à fait mise hors de doute. Les gonococcus, déjà vus et signalés par Hallier, en 1869, ont été retrouvés par Bouchard, en 1878, et par Neisser, en 1879, qui en fit une description complète. On sait que leur forme est arrondie, globulaire et qu’ils se rencontrent au nombre de 8 à 30 dans les leucocytes du pus blennorrhagique. Ils siègent à l’intérieur des globules blancs (Neisser) et dans les cellules épithéliales (Bouchard) dont ils amènent la nécrose et la chute, provoquant ainsi un catarrhe consécutif,
D'abord localisés sur les surfaces où s’est faite leur inoculation, les gonococcus finissent par se répandre dans les vaisseaux lymphatiques qui entourent la fosse naviculaire (Bockhart), puis enfin dans le sang, où on les retrouve chez les individus affectés de rhumatisme -blennorrhagique. Cette observation fait donc de la blennorrhagie une véritable maladie générale. « Il manque,
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dit Bouchard (Maladies par ralentissement de la nutrition), pour que ja démonstration de la nature blennorrhagique soit complète, que l'on ait démontré la présence des parasites dans les jointures malades.» Capitan l’a rencontré dans le sang des malades présentant des complications fébriles, sans détermination articulaire. Ce parasite est du reste sûrement l'agent infectieux, car on le rencontre toujours dansle pus blennorrhagique et, d'autre part, il est capable de reproduire Îla maladie par inoculation après culture, ainsi que l'ont montré Bockhart, C. Paul, etc.
La découverte du parasite devait amener l'emploi du traitement antiseptique. C'est ce qui a eu lieu et le nombre des substances antiseptiques employées jusqu’à présent est déjà fort grand. Elles doivent, croyons-nous, étre données tout à la fois en injections pour détruire le foyer local, et A l’intérieur pour attaquer les gonococcus entrés dans lé sang. Îl est vraisemblable que c'est de cette dernière façon qu’agissent le copahu et le cubèbe une fois absorbés. Avant d'être éliminés par les urines, la peau et le poumon, ils passent dans le sang et doivent avoir sur les organismes qui s'y trouvent la même action que celle qu'exercent les injections sur les parasites habitant l’urèthre.
Actuellement les substances antiseptiques qui, données en injections, paraissent avoir les meilleurs résultats, sont le sublimé à 4/2.000, le sulfate de quinine à 47100 et le salicylate de bismuth à 5/100. Nous ren-
voyons aux auteurs spéciaux pour tout ce qui a trait à
| dir leur mode d'emploi, et nous ne voulons pas davantage discuter leur valeur relative (1). Notre but est seule ment de montrer l’importance de l’emploi de la méthode antiseptique contre la blennorrhagie, affection nettement parasitaire et le plus souvent généralisée, Pour éviter cette généralisation et ses dangers, il est donc du plus grand intérêt de détruire le foyer initial le plus rapidement possible, et pour cela on devra avoir recours à des solutions antiseptiques. La seule difficulté qui paraisse s'opposer à une action rapide sur les gonococcus, c’est la disposition de la muqueuse uréthrale en cryptes où les injections pénètrent mal,
Lorsqu'on laisse à l’air de l’urine fraîche, sa réaction normalement acide devient alcaline par suite de la transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque. En 1859 Pasteur a découvert que cette modification de l’urine tenait à la présence d’une torulacée, dont Van Tiéghem étudia depuis les propriétés. Cette torulacée est formée de chapelets de globules sphériques très réfringents, homogènes et toujours en mouvement. La torulacée ne décompose pas l'urine par elle-même, mais bien en donnant naissance à un ferment soluble découvert par Muculus en 1876 : c'est ce ferment qui, en se décomposant, fixe deux molécules d’eau sur l’urée et la
(1) Notons l’emploi des injections d'eau chaude faites avec succès par Diday et Curtis (Jullien, Maladies vénériennes, 1886, p. 73). :
(2) Consulter les ouvrages spéciaux et la thèse de Con Paris, 1884; la Revue critique de Pezzer, in Annales des maladies des organes génito-urinaires, 1885, etc.
transforme en carbonate d'ammoniaque. Ce phénomène demande de quinze à vingt jours pour amener la transformation de la totalité de l’urée et vingt-quatre à trente-six heures seulement si on ajoute à l'urine en expérience quelques gouttes du sédiment d'une autre urine en pleine fermentation (1).
Le ferment de l’urée vit péniblement dans un liquide trop acide et se développe, au contraire, avec facilité dans un liquide alcalin. i
D’après des recherches plus récentes, la torulacée de Pasteur et Van Tiéghem ne serait pas le seul agent de fermentation de l’urée. Miquel a découvert dans les eaux d’égout un bacille qui possède les mêmes propriétés. D’après le professeur Bouchard, les torulacées ne se rencontreraient guère cliniquement que deux fois sur cent, et dans tous les autres cas, on observerait un autre ferment de l'urée formé de petits bâtonnets isolés ou agglomérés. Ces bâtonnets se meuvent, mais leurs mouvements cessent lorsqu'ils existent en nombre considérable. Le bactérium de Bouchard jouit des mêmes propriétés que la torulacée de Pasteur, mais à un degré moindre.
Lorsque les microbes, torulacée ou bactérie, ont pénétré dans la vessie, ils amènent la production d’une quantité variable de carbonate d'ammoniaque. Ce sel, très irritant pour la muqueuse, détermine son inflammation : les urines sont troubles et les mictions fré-
: {1} Nous avons emprunté les principaux éléments de cette partie de notre sujet à l’excellente thèse de Guiard (De l'Ammoniurie, 1883), et aux dernières leçons du professeur Guyon.