AVANT-PROPOS
Les maladies épidémiques, contagieuses et virulentes sont demeurées, jusqu’à une époque toute voisine de nous, un véritable opprobre pour la médecine. Contre ces maladies en effet, le médecin ne pouvait rien ; il ne savait qu'assister en spectateur à leur évolution souvent mortelle, heureux si parfois il en pouvait combattre les symptômes d’une façon heureuse, par l'emploi de quelques médicatiors empiriques. Seule, grâce au génie de Jenner, la variole échappait à la loi commune. Pasteur, en établissant sur des bases solides la nature vivante de la virulence de la contagion, a changé du coup la face des choses. Avec lui, toute maladie virulente est devenue fonction d’un microbe, découvert ou à découvrir. Il s’est emparé de ces virus vivants; il a su en atténuer quelques-uns et les changer en vaccins, en modifiant ainsi
du tout au tout la notion générale de la vaccine, telle Lemoine. 1
Ma TE qu’elle ressortait des travaux de Jenner et de ses successeurs. Un même organisme pathogène est devenu entre ses mains tout à la fois le poison morbide et le remède préventif de l’empoisonnement.
Avec le virus rabique, Pasteur a fait plus encore. Ici l'organisme pathogène restdit-iñnconnu, êt cependant il réussit à transformer par l'atténuation méthodique la matière vivante infectée en une substance vaccinale : la plus puissante de toutes celles connues puisqu'elle est efficace à prévenir le mal, mème pendant toute une période de la durée de son incubation. |
En même temps, parallèlement aux méthodes de vaccination découvertes par Pasteur, et les ayant même précédées, s’établissaient en chirurgie d’autres méthodes, applicables à des maladies contagieuses non justiciables d'une vaccine quelconque puisque leur première atteinte ne donne aucune immunité pour l’aveñir. Ce sont les méthodes! antiseptiques proprement dites, opposéés Surtout à la septicémie et à la pyohémie, dont Lister et Alph: Guérin furent presque simultanément les fondateurs et qui ont trouvé dans la suite leur point d'appui: dans les théories microbiennes.
L'application de ces méthodes ou de méthodes similairés aux maladies infectieuses d'ordre médical, tel est l'objet de ce mémoire:
L'antisepsie, méthode antiparasitaire seconde, infinimentmoins sûre et moins bien déterminée que celle des vaccinations, commence à peine; il faut le dire; à s’introduire dans le domaine médical à la:suite des travaux du
professeur Bouchard qui, ànotre connaissante du moins;
en à le premier donné la formule en médecine, quand dans une communication lue au Congrès de Copenhague il montra l'inanité des objections qu'on pouvait lui opposer êt posa les bases sur lesquelles on pouvait l'établir.
« On ne conteste plus, dit-il, la valeur de l’antisepsie chirurgicale, mais on oppose à l'antisepsie médicale une fin de non-recevoir absolue. On dit que l'agent infectieux étant dans l'intimité de l’organisme, il faudra pour l'atteindre imprégner tout l'organisme de la substance antiseptique, qui impressionnera également les cellules humaines et les cellules de ferment et qui tuera le malade avant de tuer le microbe.
« Ce sophisme peut être réfuté par trois arguments:
«4° Ilest des substances inoffensives pour l’homme, qui tuent, je ne dis pas les microbes, mais certains microbes. L’oxygène indispensable à l’homme empêche la vie de toute une catégorie de ferments; l'argent, à dose insignifiante pour un organisme animal, arrête le développement d'un aspergillus.
« 2° Il ya des maladies médicales, la dysenterie, le choléra, la diphthérie, etc., où l’agent infectieux est, au moins pour un temps limité, à la surface de certains organes et pourrait être atteint localement sans imprégnation de toute l’économie par lä substance antiseptique.
« 3° La thérapeutique antiseptique médicale ne se propose pas de tuer le microbe, comme on le répète faussement,elle se propose seulement d’entraver sa pullulation. En effet, quand dans les maladies infectieuses, la victoire se décide en faveur des ferments, c’est parce que
ces derniers se renouvellent incessamment, parce que de nouveaux combattants, toujours plus nombreux, SUCcèdent à ceux qui se sont usés dans la lutte pour la vie, contre les cellules animales... On peut espérer que des modifications peu considérables de l’organisme humain infecté pourraient entraver la pullulation indéfinie de certains microbes qui l’auraient déjà envahi » (1). 1 Tels soni les principes généraux de l’antisepsie médicale proprement dite. C’est d’elle que nous nous occuperons exclusivement ici, rejetant l'étude des vaccins comme étrangère, par son essence et sa définition même au sujet que nous voulons traiter, dont on verra bientôt
que le champ est déjà bien vaste.
(1) Bouchard. Communication faite au Congrès de Copenhague. De l'antisepsie dans les maladies infectieuses. Revue de médecine, 1884,
Déjà auparavant, l'antisepsie appliquée à l'obstétrique et au traitement des maladies des femmes, avait fait de grands progrès entre les mains des accoucheurs, notamment du professeur Tarnier et de Pinard. Mais la communication de Bouchard fut l’origine de nombreuses recherches, en France et à l'étranger, ayant pour but de substituer aux anciennes mé thodes de traitement employées conire les maladies contagieuses, la méthode rationnelle antiseptique. Enumérer ici tous ces travaux serait fastidieux ; nous en ferons l'historique au cours des différents chapitres.