INTRODUCTION
Lorsqu'une perte de substance, d'ordre traumatique ou chirurgical, a fait communiquer le milieu intérieur de l’organisme, constitué par le tissu connectif et ses contenus, avec le milieu extérieur, la porte est largement ouverte aux germes pathogènes. Les parasites de divers ordres qui sont capables d'établir la suppuration, peuvent alors s'insérer sur la surface exposée, y pulluler, et, en s’y locelisant, y produire leurs effets Lien connus, Avec eux, les parasites septiques peuvent donner à l'évolution de la perte de substance un caractère particulier, Parfois les effets de ces contages demeureront locaux ; le mauvais aspect des plaies, leur odeur putride, leur transformation en traumatisme infecté par la pourriture d'hôpital ou les manifestations diphthéroïdes, viendront alors rendre l'évolution normale vers la guérison plus tardive et plus complexe en marchant à sa traverse.et en l’entravant. Dans d’autres circonstances, qui trop souvent devenaient la règle avant l'application des méthodes listériennes, les parasites semés à la surface de la plaie se répandront au delà, infectant sur de larges es-
paces le tissu cellulaire, ou, transportés dans toutes les
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parties de l’organisme par le mode de diffusion dit métastatique, iront former des colonies dans une multitude de points, infecter l’organisme’entier, et produire, comme conséquences secondes des traumatismes initiaux, de véritables maladies générales : la pyohémie, les divers modes de septicémie, la diphthérie généralisée par exemple. Théoriquement, les méthodes antiseptiques, qui dans leur essence ont pour but, et quand elles sont bien appliquées ont pour résultat d'empêcher les plaies de devenir un terrain de culture convenable pour les organismes déposés à leur surface, ont coupé court à un tel mode d'intoxication. |
Pasteur a démontré par des expériences décisives que, dans l’état de santé, les tissus et les humeurs entrant dans la constitution du stroma de l'organisme, de son milieu intérieur considéré dans le sens le plus général, sont absolument purs de tout parasite comparable à ceux qui, en chirurgie, deviennent l’origine de l'infection des plaies. Le sang, la lymphe, l’urine même sont dans ce cas, et, recueillis avec des précautions convenables, se conserveront indéfiniment sans devenir le siège de fermentations dues à des micro-organismes figurés.
Cette notion, d'ailleurs parfaitement exacte, du moins en ce qui regarde l’homme et les animaux süpérieurs similaires (4), semblait exclure a priori l'hypothèse d’actions morbigènes dues, en dehors de tout traumatisme, à l'introduction dans l’organisme de parasites anaiïogues à ceux qui trouvent dansles plaies et dans les solutions
(1) Raphael Blanchard. Organismes inférieurs existant dans le sang des grenouilles. Zoologie mêd., p. 69, 1886.
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de continuité quelconques leur point d'insertion. Aussi’
dans l’ordre médical pur le problème de la nature para sitaire d’une série d’affections semblables dans leurs al= lures, ét cela d’une manière frappante, aux affections chirurgicales dont lé caractère microbien était avéré, soulevæt-il, dès qu'il fut posé, des controverses dont Ia période n’est pas encore close. Cependant, des faits positifs sont venus montrer que dans uné multitude de circonstances, pour une même maladieet pour toutes ses déterminations locales, un parasite le plus ordinaiz rement de l’ordre des schizomicètes pouvait être retrouvé, et poursuivi dans toutes les lésions si dissé= minées qu’elles fussent au sein de l'organisme con taminé. Tel est, par exemple, le cas de la fièvre typhoïde. Qu'on examine une plaque de Peyer, ou un ganglion mésentérique, une nappe inflammatoire développée dans la muqueuse du larynx, une coupe du rein devenu le siège de la néphrite dothiénentérique, ou enfin l'urine émise par ce même rein et recueillie chez l'homme par le catbétérisme, sur tous les points lésés et répondant à l'incitation morbigène chacun à sa manière, onretrouvera identique à lui-même le bacille décrit par Eberth et Bouchart. J'ai cité un exemple, on pourrait en chercher un autre et le trouver dans la variole, dont toutes les lésions disséminées renferment la bactérie bien connue depuis les premierstravaux de Weigert. Or, pourinfecter l’organisme, la fièvre typhoïde et la variole, pour ne citer que les deux exemples que nous avons choisis, n’exigent pas une plaie ouverte. L'homme sain
les contracte sans que son tégument ou que ses mu-
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queuses présentent la moindre solution apparente de continuité. Il faut donc que dans cet organisme, qui semble fermé au premier abord et dont toutes les humeurs, les liquides et les tissus interstitiels sont purs, il existe néanmoins des portes d'entrée si non d'emblée accessibles aux germes pathogènes venus des milieux extérieurs, du moins capables d’être, dans des circonstances déterminées, forcées par eux pour ainsi dire. La connaissance de ce dispositif est, croyons-nous, la première à acquérir si l’on veut savoir en quoi consiste essentiellement l’antisepsie médicale : quelsen sont l’objet, le but, les moyens; et, puisqu'il s’agit ici d'une méthode nouvelle, son avenir.
Partout où pénètrent l'air extérieur et les aliments, les germes pathogènes des divers ordres peuvent tomber sur les surfaces qui limitent le milieu intérieur de l'organisme et le séparent du milieu extérieur. Ces surfaces sont la peau et les membranes muqueuses : depuis l'origine de l'édification de l’organisme à l’état fœtal, ces deux ordres de formations tégumentaires sont tapissées par les épithéliums ; ce sont les épithéliums qui constituent la barrière à franchir. En leur état d’intégrité, les épithéliums forment des couches de revêtement conti nues, au sein desquelles ne pénètrent jamais les vaisseaux ni sanguins ni lympathiques, c'est-à direles voies d'absorption et de diffusion des deux ordres. Les cellules
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épithéliales sont soudées entre elles par .un ciment ; la-
couche de revêtement qu'elles forment se poursuit sans s’interrompre jusque dans les derniers culs-de-sac des glandes ouvertes sur les surfaces. Dans le domaine entier des épithéliums du type malpighien : sur la peau, la muqueuse de ia bouche, ,de l’œsophage et du cloaque, une couche épidermique relativement solide s'étend à l'extérieur, imperméable même, dans la plupart des cas, à la diffusion des cristalloïdes. Dans les voies aériennes et dans tout l'intestin, l’épithélium est limité par une ligne de plateaux solides de nature cuticulaire ; et l’ensemble de ces plateaux forme aussi une pellicule con. tinue, car les cellules caliciformes à mucus ont, elles aussi, la cavité de leur coupe ou de leur urne limitée par une membranule exoplastique. Il semble donc que la surface entière, interne et externe de l’organisme, revêtue parles épithéliums, constitue une barrière infranchissable pour les petits parasites tels que ceux des grandes maladies infectieuses. Ils ne peuvent être, en effet, comparés pour l'énergie de leur puissance pénétrante, bien que beaucoup soient mobiles, ni à un globule blanc qui, lui, est capable de forcer les membranes, ni à plus forte raison à un embryon exacanthe tel que celui des tæniadés. Cependant cette barrière en apparence continue est sur une multitude de points, et
pendant l’état de santé le plus parfait, à chaque instant
forcée et détruite. Elle est criblée d’orifices microscopiques par l'action de ces mêmes globules blancs de la lymphe et du sang, auxquels nous comparions tout à l'heure l’action des microbes mobiles. Les éléments de la
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lymphe, en même temps qu'ils sont, dans l'intimité des tissus, les agents les plus actifs, pour ne pas dire essentiels, des mutations organiques dont cès dernièrs sont le théâtre, vont devenir, par un contraste inattendu, de véritables agents d’effraction, ouvrant largement, par une série de pertes de substance microscopiques, des portes innombrables par lesquelles vont pénétrer dans le milieu intérieur les organismes pathogènes des différents ordres,
Les globules blancs de la lymphe, en effet, après être sortis des capillaires sanguins par la diapédèse, n’accomplissent pas tous leur voyage circulaire au travers des tissus pour rentrer dans les voies canaliculées de la lymphe et de là de nouveau dans le satig. Un grand nombre échappent à ce cycle, prennent une marché divergente, viennent aborder les surfaces ‘épithélialés, les pénètrent, et de là tombent dans le monde extérieur. C'est à ce groupe que mon maître, le professeur Renaut, a donné le nom de groupe aberrant des éléments de la lymphe (1). Considérons d’abord ce qui se passe : dans l'intestin. Sur une multitude de points, le derme muqueux est infiltré de cellules lymphatiques ; on trouve ces dernières engagées dans l'épaisseur de l'épithélium ; on en trouve d’autres à la surface et mélangéés au mucus intestinal. Au-dessus des grändes masses de tissu réticulé formant les follicules isolés où agminés en plaques
de Peyer, on peut saisir ces mêmes globules en voie
(1) J. RenauT. Comptes rendus de l'Académie des sciences (note sur l’épithélium fenêtré et les stomates temporaires des follicules clos de l'intestin du lapin, 1883).
d'issue.et constater un fait de toute importance, Qu’on imprègne d'argent la tête ou portion saillante d’un des follicules clos entrant dans la constitution d’une plaque de Peyer chez le lapin : on verra que non seulement le revêtement épithélial de cette tête est infiltré de globules dé la lymphe, que ses cellules constitutives sont remaz niées, fenêtrées et comme réticulées par l’action de ces mêmes éléments, mais encore que la ligne de léurs pla= teaux cuticulaires en a été perforée d’une multitude de trous microscopiques qui donnent à la surface ‘entière l’apparence d’une pomme d’arrosoir! Une innombrable série de stomates temporaires est ainsi ouverte, stomates par lesquels, avant qu'ils nese soient refermés, peuvent pénétrer librement et directement dans les voies de la Eymphe les parasites qui habitent régulièrement, comme on le sait, la cavité intestinale, Ces parasites, d’une infinie ténuité, peuvent êtré, en effet, énitraînés dans ces porés ouverts, soit par les courants de diffusion qui s'y précipitent, soit après avoir été captés par les globules blanés comme des particules étrangères, à 14 façon des globulés de graisse émulsionnée. La lymphe, puis le sang, le tissu connéctif, toute l’économie enfin seront donc aisément contaminés par cette Voie pour peu que l'organisme offre un terrain favorable à la culture et à la pullulation des micro-organismes émigrés dans Îles tissus par la voie des stomates ouverts.
‘Voilà donc une découverte-qui, du domaine de l’anatomie générale passe d'emblée dans celui de la patho- ‘génie, tandis que de prime abord elle sembiait ne devoir jeter quelque lumièr2 que sur certains phénomènes phy-
siologiques obscurs de l'absorption intestinale. Nous comprenons maintenant pourquoi dans la fièvre typhoïde les lésions marchent des plaques de Peyer et des follicules isolés aux ganglions mésentériques. Nous compre-. nons aussi pourquoi des crachats tuberculeux avalés par un phtisique pendant les efforts irréguliers d’expectoration vont s’insérer dans l'intestin, et produire, au niveau des appareils lymphoïdes de ce dernier, les lésions de l’entérite tuberculeuse qui se propage également par les lymphatiques.
C'est là aussi la clef de la production secondaire si souvent observée, la laryngite tuberculeuse. Dans le larynx comme dans toute l'étendue, d’ailleurs, de la surface muqueuse bronchique extérieure au poumon, des points, des follicules lymphatiques sont subjacents à l’épithélium, et ce dernier est incessamment criblé de stomates temporaires par les globules du groupe lymphatique aberrant en voie d'issue. Waldeyer et Stôhr (1) ont étendu à tout le pharynx et à la surface des deux ordres d’amygdales, gutturales et pharyngiennes, les résultats établis par le professeur Renaut pour la muqueuse de l'intestin. Dans les fosses nasales, surtout vers la partie postérieure où les follicules clos et les points lymphatiques sont nombreux, un mouvement semblable de diapédèse s'effectue incessamment au tra-
vers de l'épithélium de la surface. Il en résulte que dans
(1) Srôur. Sur les amygdales et les glandes vésiculeuses de la base de la langue. Arch. f. path. Anat. u. Physiol., Bd XCVIIL. Heft 2. WaLDxyer. Soc. de méd. interne de Berlin. (Sem, médicale, 1885.)
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toute l'étendue des voies aériennes extra-pulmonaires le revêtement épithélial ne peut plus être considéré comme continu. Sur une multitude de points, il est incessamment envahi, pénétré, disloqué par les cellules Iympha-: tiques; ainsi sont créées d'innombrables portes d’entrée, microscopiques il est vrai, mais par lesquelles à tout instant n'importe quels germes extérieurs pourront pénétrer.
En réalité donc, la porte des muqueuses (tant d’origine ectodermique que d’origine entodermique) n’est pas close ; elle est ouverte aux petits germes extérieurs, aux bactéries, quand bien même elle pourrait paraître inaccessible à des parasites de dimensions plus élevées. L’on comprend maintenant que pour expliquer l’antique pratique chinoise des inoculations varioliques par l'introduction dans les fosses nasales de croûtes pulvérisées, il n’est pas besoin de faire intervenir le facteur incertain d’ulcérations nasales adventices. Par les fosses nasales, par le pharynx, par les voies bronchiques, par l’intestin, les parasites peuvent pénétrer. Ils. le peuvent même jusqu’à un certain point par les muqueuses du type malpighien.
En effet, à la base de la langue, à la surface des amygdales gutturales, là .où existent des appareils lymphoïdes subjacents et où la formation épidermique n’est pas solide comme sur la peau, on voit le corps muqueux délicat comme à la face extérieure de la cornée, infiltré de cellules lymphatiques, et les plans épidermiques perfurés comme à l’emporte pièce par une multitude de petits trous, vestige chacun
du passäge d’une cellulé lymphatique aberrante. De mêémé dans le vagin, sur le col utérin, partout où l'épithélium d'origine ectodermique est de constitution molle. Sur la peau même, dans les plis cutanés profonds intérdigitaux, sous-mammaäires, inguinaux, les cellules lymphatiques, comme l’a démontré Ranvie’, filent incessamment dans les assises de cellules supérposées et s'ouvrent un chemin au dehors. Ces points de là peau, on le sait, constituent des portes d'entrée faciles pour des substancés insolubles telles qüé le mercure, les com: posés plombiques (Manouvrier, de Valenciennes). En est-il de même pour certains parasites extérieurs ? C’est là une question que l’on peut du moins poser. fi
En’ résumé l'organisme ést accessible sans troumatisme ni Vulnérution préalable :
4 Par là porte éctodermique : les muqueuses buccale, nasale, pharyngienne, trachéo-bronchique, c'est-à-dire par les points où pénètre l'air extérieur. Nous ajouterons que les voies bronchiques conduisent dans les alvéoles pulmonaires. Dans cés alvéoles et dans de certaives conditions viendront s’accumuler des parasites qui exerceront secondairement une action pathogène Sur la paroï qui les limité, si seulement certaines conditions sont réalisées par le milieu ambiant : tel est le cas du micrococcus en capsule de Friedlander dans la pneu: moñie fibrineuse, et télle la cause de son développement dans l’alvéole quand il y trouve un milieu favorable à sa pullulation. 7
2° Par la porte Qué l'on pourrait âppeler éntoder= miîque. Celle-ci est ‘également ouverte aux parasites