‹ L'apaisement de la PologneChapitre 58 sur 73 · UN ESSAI · texte numérisé non relu

UN ESSAI

1^ octobre' 1863.

La France oppose au discours si péremptoire, prononcé par M. Billault le 6 février 1863 devant le Corps législatif ,. le passage suivant, extrait de son discours du 19 mars devant le Sénat :

«t La question de la Pologne est éminemment européenne. Nous n'y avons ni une politique particulière ^ une action isolée; elle intéresse et oblige autant les autres puissances que nous. Elles se doivent à elles-mêmes (si elles ont le sentiment du bon, du droit, du juste, de la civilisation), elles se doivent à elles-mêmes de se joindre à nous, et, pratiquant avec nous cette politique à la fois pacifique et libérale, d'essayer défaire comprendre à la Russie et à la Prusse leurs vrais intérêts et les nôtres, en leur expliquant ce que Thumanité, la paix de l'Europe, la nécessité leur imposent de faire par elles-mêmes...

u Là est le commencement d'une œuvre diplomatique sur laquelle toute parole serait aujourd'hui imprudente et prématurée. »

Dans ce passage qui nous est, on le croit, si victorieusement opposé, qu'y a-t-il qui contredise le discours du 6 février, même le discours moins catégorique du 19 mars? A quelle politique M. Billault fait-il appel ? Est-ce à la politique comminatoire? est-ce à la politique martiale? Non; c*est à la POLITIQUE à la fois pacifique et libérale. Loin d'engager la France, M. Billault prend, au contraire, le^plus grand soin de la d^ger, en déclarant que dans la question de Pologne, la France n'y a « nt une politique particulière ni une action » isolée » ; il circonscrit en ces termes l'œuvre diplomatique : « ESSAYER de faire comprendre à la Russie et à la Prusse leurs » vrais intérêts, . . »

S'est-on borné à un essai? N*èst-on pas allé inconsidéré-

ment dans la fixation des Six Points jusqu'à une intervention,

jusqu'à UNE INGÉRENCE?

Si les dépêches de M. Drouyn de Lhuys n*ont pas été plus loin que les discours de M. Billault,-si le gouvernement français n'a pas dépassé les limites d'un essai , alors nous avons raison plus encore que nous ne le pensions, quand nous avons dit , répété , soutenu que l'honneur de la France n'exigeait pas d'elle qu'elle entrât en guerre contre la Russie, son alliée naturelle.

Nous avons essayé ée faire comprendre au pape ses vrais intérêts, et nous n'y avons pas réussi. Avons -nous évacué Rome?

Nom avons essayé défaire comprendre aux deux présidents Abraham Lincoln et Jeflferson Davis leurs vrais intérêts, et nous n'y avons pas réussi. Avons-nous forcé le blocus plus ou moins effectif, et chargé nos vaisseaux du coton qui manquait à nos filatures ?

Qui dit essai dit tentative dont le succès est douteux.

La France n'est pas tenue d'être plus russe que la Russie et plus prussienne que la Prusse. Si la Prusse et la Russie, averties, méconnaissent leurs vrais intérêts, tant pis pour elles; cela les regarde plus que nous.

La France, en terminant, se félicite de ce que l'œuvre diplomatique , si elle n'a pas entraîné la Russie , a « soulevé topinioni^. Nous ne saurions partager la satisfaction que M. de la Guéronnière ressent à cet égard. Il y a des espérances qu'il est bon de ne jamais faire naître , ce sont celles qui doivent être déçues. La Russie était en voie d'améliorer le sort des Polonais ; elle n'avait donc pas besoin que l'Angleterre , l'Autriche et la France exerçassent sur elle une pression qui, au lieu de la faire avancer, l'a fait reculer.

La preuve que cette pression a été fâcheuse, c'est qu'aussitôt qu'elle aura cessé, la Russie, qui a reculé, avancera et tendra une main libérale à la Pologne apaisée.

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