‹ L'apaisement de la PologneChapitre 59 sur 73 · LES PLUS CRUELS ENNEMIS DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LES PLUS CRUELS ENNEMIS DE LA POLOGNE

2 octobre 1863.

On lit dans Y Opinion nationale :

n Le temps, qui ftit tout naturellement justice des idées fausses, simplifie et précise chaque jour la question polonaise. On ne parle plus aujourd'hui de la Pologne libre dans la Russie libre , sortie un beau jour de la fertile imagination de M. de Girardin pour passer sans retour dans la région des chimères.

» Assez de dépèches , assez de protocoles , assez de paroles , assez de phrases; nous demandons des actes. Au nom de Thumanité outragée, de l'équilibre européen compromis, nous demandons au successeur de Napoléon P' de relever le gant de la Russie; nous demandons la gusku.

» Signé : ad. oukkoult. »

Pour parler ainsi qu'ils parlent, pour engager le gouvernement français aussi loin qu'ils l'engagent, pour le placer aussi étroitement entre deux extrémités dont l'une pourrait être dangereuse à qualifier; pour compromettre, enfin, l'honneur du nom français aussi gravement qu'ils l'auraient compromis si la guerre n'était pas au bout de telles paroles , il faut que Y Opinion nationale, il faut que M. Guéroult soient bien sûrs de leur fait, il faut qu'ils soient bien sûrs de la guerre !

La guerre étaiit ainsi demandée en ces termes formels par Y Opinion nationale sans qu'elle ait été avertie, lorsque la Presse l'avait été la veille pour une image contestée : quiconque observe , compare et pèse , en dort conclure que la guerre a pour elle des sympathies décisives que n'a pas la paix« Désormais ^ nous tiendrons compte de cette indication

dans toutes nos appréciations. Nous raisonnerons comme si l'opinion de M. Guéroult devait définitivement prévaloir.

Selon M. Guéroult : « la Pologne libre dans la Russie libre » est une idée fausse dont le temps a fait justice et qui a » passé sans retour dans la région des chimères. » Avant que la Presse ait été avertie le 30 septembre t863, nous eussions répondu à M. Guéroult en lui disant : Nous verrons laquelle, de la Pologne insurgée ou de la Pologne désabusée, sera le plus tôt libre; mais à présent, nous lui répondons en lui disant : Nous verrons ce que la liberté de la France gagnera à l'indépendance de la Pologne. Partez donc , puisque vous le voulez ! partez, quoique le Mexique vous retienne ; partez, quoique l'Angleterre vous pousse; mais si vous partez pouf la Russie , tâchez de n'en pas revenir comme en 1812!

4 octobre 1863.

Ce qui suit est textuellement extrait de VOfinion natwnal^ :

« Se figure'-t-on le gouvernement impérial laissant protester sa signature , prenant l'univers à téi^oin de son impuissance et laissant égorger sous ses yeux ses protégés de prédilection! Se Àgure-t-on M. Billault venant raconter aux grands corps de l'État comme quoi la France a ypulu sauver H Pologne , eX co^fv^e quoi ses ^o^is of^eiç^ n'ont réussi qu'à la perdre: comme <mo| l'Angleterre et l'Autrfçhç s'étant décidées à ne pas rendre le sontlet de la Russie, nous avons jugé à propos d'en garder notre partT Voyez-vous d'ici la f&anci acceptant cette honte, se couchant davs cettb 90ue !

» L« fail^lesse*, la lâcheté n'ont jan^^j^ ^a|ivé pi^rsonne. \^ IS'rapçe pouvait peut-être au début (je dis peut-être] ne pas entrer dans la question polonaise. Aujourd'hui elle n'en peut sortir que par un succès. C'est pour elle une question d'honneur, et les questions d'honneur, pour un gouvernement qui se fonde, sont aussi des questions d'existence.

» Signé : ad. guéroult. »

Consigné pour mémoire.

6 octobre 1S63.

VOpinion tiationale nous signale cette phrase de là Revue des Deux-Mondes, et nous invite à la reproduire :

« Au point où les choses en sont venues , il n'est pas permis à notre gouvernement de reculer. »

Nous n'avons aucune raison de ne pas faire ce que désire VOpinion nationale, à laquelle nous demandons en retour de vouloir bien nous dire quel sera le rôle de la France, si elle ne se reconnaît pas le devoir défaire à elle SEULE là police de L'EUROPE, après avoir laissé imprimer sans protestation, sans rectification, qu'U ne lui est plus permis de reculer, et que si eUe jugeait à propos de garder sa part du soufflet de la Russie, que si elle acceptait cette honte, cette lâcheté, ce serait là fràmcb se

COUCHANT dans là BOUE ?

Quelle était la politique de la Presse? — C'était, eq 1863 comme en 1840, de conserver précieusement à la France sa liberté d'action, en écartant toute question de susceptibilité blessée, en soutenant et en démontrant que s'il y a divergence, il n'y a point ofFENSE. Quelle est la politique de VOpinion nationale ? — C'est de soutenir et de démontrer que la signature de la France est engagée; que la question est une QUESTION d'honneur, cc qui veut dire, pour un gouvernement qui se fonde, une question d'existence. *

Toutes les apparences sont que la politique de VOpinion nationale l'emporte sur la politique de la Presse. Nous devons l'avouer, car nous devons à nos lecteurs la vérité. Noire qualité est de ne leur rien cacher, ni le fort ni le faible d'une situation, comme la qualité du baromètre est d'être exact, comme la qualité de la longue-vue est de montrer distinctement les objets que ne percevrait pas l'œil nu.

Depuis six mois, nous nous refusions à croire à la guerre ; mais il faut bien que nous nous rendions à l'évidence. Si le gouvernement français n'inclinait pas à la guerre, et qu'il

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vention dont voici à peu près les dispositions principales : Le sultan offrira au pacha d'Egypte TÉgypte héréditaire et le pachalik de Saint-Jean d'Acre. Si dans dix jours le pacha n'a pas consenti, le sultan ne lui offrira que l'Egypte seule. S'il refuse, les quatre puis» sances s'engageront à f^ire rentrer Méhémet-Ali dans l'obéissance. Ce fait , qui paraît certain , est SI GRAYË que nous nous abstenons aujourd'hui de toute réflexion. »

Et le Courrier français, ayant alors pour rédacteur en cJaef M. Léon Faucher, de s'écrier :

« Si l'Angleterre, de concert avec la Prusse et l'Autriche, a donné sa sanction aux propositions que M. de Brunow lui portait au nom de la Russie, c'est un eyénbmemt d'une immense gravite. C'est la guerre, et une guerhe européenne succédant, avec toutes ses conséquences , à la paix qui a duré vingt*cinq années. »

Et le Sièck, ayant pour rédacteur en chef M. Chambolle, d'ajouter :

« Le rôle de la Presse est odiemx... La France a été menacée dans son honneur et dans sa dignité par les quatre puissances signataires du traité de Londres... Il lui faut une réparation et une vengeance! »

Aujourd'hui que la question est refroidie, quand on relit de pareilles déclarations, de pareilles exagérations, de pareilles aberrations, ne croit-on pas rêver ?

Dans vingt ans, en 1883, si on relit les articles de YOpinian nationale, du Siècle, de la Patrie, publiés depuis six mois , le sentiment d'incrédulité qu'on éprouve en relisant en 1863 les articles de 1840 ne sera-t-il pas alors le même ?

C'est le même vocabulaire, c'est le même refrain :

« La France est défiée.

» La France est menacée dans son honneur.

> La France est insultée.

» La France est outragée.

> Il faut à la France une réparation et une vengeance. » Il n'est plus permis à la France de reculer.

]» La faiblesse, la lâcheté n'ont jamais sauvé personne. » Les questions d'honneur, pour un gouvernement qui se fonde, sont aussi des questions d'existence.

» Si elle gardait sa part d'un soufflet, si elle acceptait cette honte, ce serait la France se couchant dans la. boue. »

En 1840, la Presse l'emporta sur le Courrier frtmçttis et le Siècle; en 1863, le Siècle et Y Opinion nationale l'emporterontils sur la Presse ?

14 octobre 1863.

Qui a raison peut mépriser Tinsulte, car il a pour lui le temps qui se charge de le venger.

Le temps ne nous vengera que trop cruellement de M. Guéroult et de cette phrase :

«t La plus grande preuve que je puisse donner de mon amour pour la liberté, c'est que je n'en suis point dégoûté, mèdie par le triste usage que vous en faites. »

L'usage que nous faisons de notre liberté, le voici : — Arrêter en Pologne l'effusion du sang ; mettre un terme aux supplices et aux assassinats; démasquer des impostures opiniâtres d'où naissent des illusions funestes; porter la lumière dans l'ombre ; avertir la France des sacrifices en hommes et en argent que lui imposerait une guerre où elle aurait contre elle la Russie et la Prusse coalisées, l'Allemagne inquiète, l'Angleterre défiante, l'Autriche guettant la première occasion favorable de reprendre la Lombardie et de rétablir sur leurs trônes le roi de Naples, le grand-duc de Toscane, le duc de Modène, etc., etc., etc. !

L'usage que M. Guéroult fait de sa liberté, le voilà ; — Sachant que l'action commune est une chimère; sachant que l'action isolée n'est jamais entrée sérieusement dans les desseins de l'empereur; ayant comme nous recueilli les déclarations de M. Billault faites au Corps législatif, réitérées au Sénat, ainsi que les discours de lord John Russoll avec et sans le yerre en main; ayant lu les dépêches de M. Drouyn de Lhuys, particulièrement celle du 1« mars 1863 ;

ayant été averti par tous les articles de la presse inspirée... pousser, malgré Tévidence, les Polonais à se faire tuer, à se faire massacrer, à se faire fusiller, à se faire pendre, à se noyer dans leur propre sang; ranimer sans relâche et sans fin une lutte inégale, lutte commençant par le martyre et finissant par l'assassinat, lutte faisant reculer d'un siècle l'humanité, lutte chassant la civilisation et ramenant la barbarie ; entasser cadavres sur cadavres pour s'en faire une tribune aux articles, mais tribune loin du péril, tribune loin des balles, tribune loin des supplices, tribune où Ton a frais l'été, où l'on a chaud l'hiver, où l'on ne prend la plume qu'après avoir bien déjeuné, où l'on est sûr que le dîner ne inanquera pas, et le spectacle après pour se reposer et se divertir!

De l'usage que M. Guéroult fait de sa liberté et de l'usage que nous faisons de la nôtre, quel est le plus convenable, quel est celui qui aura l'approbation définitive des Polonais qui auront survécu aux excitations homicides de VOpinion nationak ?

Un jour viendra, et peut-être ce jour n'est-il pas loin, un jour viendra où il n'y aura qu'une voix parmi les Polonais pour rendre justice à nos sentiments, à nos efforts, et pour maudire les efforts contraires de M. GuérouU !

Les Polonais sur lesquels ne pèse pas un terrorisme plus inexorable que le plus cruel despotisiiie ; les Polonais qui ont conservé, non en Pologne mais en France,, la liberté de dire ce qu'ils pensent, ne sont déjà plus trompés par les tirades mélodramatiques de M. le député de la sixième circonscription du département de la Seine ! Ils savent trèsbien que lorsque nous soutenons que la Russie a raison, cela ne veut pas dire qu'elle a raison contre eux , mais qu'elle a raison contre la diplomatie qui intervient là où elle n'avait pas à intervenir, là où il eût mieux valu pour eux qu'elle n'intervint pas !

Nous faisons de l'humanité sans phrases; M. Guéroult fait des phrases sans humanité.

Entre Tusage qu'il fait de sa liberté et Tusage que nous faisons de la nôtre, voilà la différence ! Le temps jugera entre nous !

15 octobre 18C3.

VOpinion ^lalionak continue de remplir le rôle odieux, inhumain, barbare que nous avons justement flétri.

Après qu'il est certain , après qu'il est évident que l'Angleterre ne donnera pour assister la Pologne contre la Russie ni un homme ni un shelling ; après qu'il est certain , après qu'il est évident que l'Autriche, complice de la Russie et alliée de la France, ne changera rien à son double jeu , qui consiste à ne se brouiller ni avec la France ni avec la Russie ; après qu'il est certain, après qull est évident que la France a irrévocablement abandonné toute pensée d'action isolée, si elle en a jamais eu, et n'a plus d'illusions sur l'action commune, YOpimon nationale continue d'envoyer au combat, continue d'envoyer au supplice les malheureux Polonais, aux yeux desquels elle persiste à montrer la guerre conune

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