L'ACTION ARMÉE
La guerre ! ce mot que la Patrie n'a pas eu le courage d'articuler, VOpinion nationale a la franchise de le prononcer.
Elle s'exprime en ces termes :
f( La diplomatie n'obtiendra rien. Il lui appartient de poser la question; à la guerre seule H appartient de la résoudre.
» Que Tempereur se souvienne de l'enthousiasme qui accueillit son départ pour l'Italie ! Qu'il se décide à agir pour la Pologne, et nous lui promettons encore de plus chaudes acclamations! »
A la bonne heure ! Nous aimons qu'on dise nettement ce qu'on pense nettement.
VOpinion nationale est logique. Elle ose conclure. . M. Guéroult a raison de répéter, après nous, que la diplomatie n'obtiendra rien.
C'est ce que , dès le premier jour, nous avons débuté par -dire.
Pour prévoir que la diplomatie n'obtiendrait rien, il suffisait de se souvenir.
Pour prévoir que l'intervention diplomatique mènerait par la pente de Timpuissance à l'intervention militaire, il suffisait de connaître la loi de déclivité et de la calculer. Aussi, en tout temps, avons-nous toigours été opposé à toute intervention diplomatique.
En Angleterre, l'intervention diplomatique a peu de danger, parce qu'elle y est rarement prise au sérieux, et qu'elle y est presque toujours plus apparente que réelle. C'est un simulacre préparé en vue surtout des débats du Parlement. L'Angleterre nemetpas sonpoint d'honneur où la France place le sien. Les satisfactions dont l'Angleterrese contente ne sont pasde mèmenature que celles qu'il faut à la France. Autant il en coûte beaucoup à la France de se dédire après qu'elle s'est engagée et de reculer après qu'elle s'est avancée, autant il en coûte peu à l'Angleterre. On la vu dans l'expédition du Mexique, où l'Angleterre n'était pas moins engagée que nous. A-t-elle hésilé à se dédire et à reculer ? A-t-elle hésité à se retirer lorsque rester nous paraissait un devoir? L'Angleterre ne connaît pas la fausse honte. Les Notes de l'Angleterre ne l'engagent point. Il n'en est pas ainsi de la France. Ses Notes l'engagent: elle ne pardonnerait pas k son gouvernement de ne point teniruneparole qu'il aurait donnée, de ne point frap- I)er quand il a menacé, eût-il eu tort de menacer. C'est là le danger, le grand danger des hommes tels que M. Arthur de La Guéronnière; ils sont aux hommes tele
que M. Adolpfae Guéroult ce que la capsule qui enflamme est k la cartouche qui (ue.
M. de La Guéronnière fait marcher ceux qui le suivent un bandeau sur les yeux ; M. Guéroult le feit tomber. M. Guéroult est donc moins dangereux que M. de La Guéronnière. Avec M. Guéroult on sait tout de suite oiïi Ton va ; avec M. de La Guéronnière on ne le sait que lors qu'il est trop tard !
M. Guéroult, armé en guerre, a son plan tout fait et ses alliés tout prêts.
Pour alliés, il a Tltalie, la Suède et la Pologne, en attendant la Hongrie.
Stockholm est sa base d'opérations, de débarquement, de réembarquement et de ravitaillement.
Stockholm, Saint-Pétersbourg et Riga sont les trois angles de son triangle. Mesurés à la pointe de son compas, ils se touchent.
Impatiente, la Samogitie l'attend !
C'est le plan tracé en 1855 par le général Mieroslawski, imprimant ce qui suit : « La Russie n'est vulnérable que dans sa part de Pologne; mais pour atteindre ce seul côté vulnérable et accessible de l'empire russe, il faut éviter d'en demander la permission aux puissances allemandes cofartageantes ; donc, il faut prendre un chemin qu'elles ne puissent interdire; ce chemin, c'est la mer ; la Pologne est l'isthme qui joint la mer Noire à la mer Baltique; les deux bou^s de cet isthme sont compris dans la part russe de la Pologne ; ils ne touchent pas à Sébastopol et à Gronstadt, mais à Odessa et à Riga, ces
deux anses de la Pologne par lesquelles rien n'est plus facile que de la soulever et de la délivrer. »
Mais après que M. Guéroult, élevé au grade d'aide de camp du général Mieroslawski, aura soulevé et déli^ vré la Pologne, dicté ses conditions de paix à la Russie, comme la France, en 4859, les a dictées à l'Autriche, s'arrêtera-t-il à mi-chemin et laissera-t-^il en arrière la Posnanie, la Gallicie et Cracovie, comme y est restée la Vénétie ?
Dès le débarquement heureux, à Riga, des Français et de leurs alliés, la Grande-Bretagne, malgré toutes les assurances contraires qui lui en seront données, ne pressentira-t-elle pas la reprise d'Anvers par la France victorieuse et ayant redemandé au Rhin ses limites?
M. GuérouU a-t-il fait entrer dans son plan de campagne les défiances de Tombrageuse Angleterre? A-t-il assuré le retour de ses troupes triomphantes, soit par la mer Baltique et la mer du Nord, soit par la mer Noire et la Méditerranée ?
Un si grand capitaine a dû tout prévoir, même l'insuccès.
LA POLOGNE DE \in
Si de rintervention diplomatique la France passe à rintervention armée, qu'il ne soit plus question du rétablissement de la Pologne de 181 5. Une peutplus être question que du rétablissement de la Pologne de 1772. Celleci seulement aurait raison de renaître et pouvoir de subsister.
Or voici, d après Kubalski, Fauteur du Tableau de r Europe orientale, ce qu'était la Pologne en 1772 :