‹ L'apaisement de la PologneChapitre 60 sur 73 · INÉVITABLE · texte numérisé non relu

INÉVITABLE

Inévitable , quand elle est impossible !

Ce serait à ne pas y croire, si nous ne citions ici textuellement cet incroyable article :

« LA GUSBRS BST iNBTiTABLE : TOUT T p&KciPiTR. Seulement le caractère de la guerre peut être différent, selon les circonstances qui la feront éclater. Demain, elle sera une question de nécessité; aujourd'hui, elle est une question de morale.

» En effet, par les traités de Vienne, nous sommes garants de texiS" tence politique de la Pologne, garants de ses droits, garants de ses libertés. Or, dans tout contrat, le garant est responsable, et, s'il se prête à rinexécution du contrat, il se met en faillite avec le signataire principal : il devient complice des méfaits.

» Ainsi , dans l'état actuel des choses, en acceptant en silence les abominations du statu quo, nous sommes simplement complices des FENDBURS, DES BRULEUBs ET DES MASSACREUBS. Mourawlcff cst liotrc agent; car nous sommes partie contractante dans le traité qui fait du cxar

un roi de Pologne, et si nous ne savons pas faire exécuter les condi* lions auxquelles est attachée celte royauté, nous acceptons la

SOLIDARITS DK TOUS LES CEIMSS.

u Signé : élias rbgnault. »

Condamner ainsi la France comme solidaire de tous les crimes qu'on flétrit, la condamner comme complice des pendeurs, des brûleurs, des massacreurs qu'on dénonce chaque soir à l'indignation publique, voilà l'œuvre à laquelle se complaît l'orgueil patriotique de MM. les rédacteurs de Y Opinion nationale, qui ne sont heureusement plus les rédacteurs de la Presse !

Et ceux qui vomissent en ces termes sur leur pays l'injure et l'opprobre, ce sont les hommes qui, à tout propos et hors de propos , ont sous la plume ou à la bouche le mot : nationalité !

Ces messieurs ne pourraient-ils donc être Polonais sans cesser d'être Français ?

Ne pourraîent-ils donc plaindre et honorer la Pologne sans insulter et déshonorer la France, sans la traîner dans la boue, comme ils disent ?

Et pour vouer ainsi la France à la honte, à l'infamie, sur quoi se fondent-ils ?

Ils se fondent sur les traités de Vienne, dont ils prétendent que la France est responsable en qualité de garant !

La France garant responsable des traités de 1815, que la première elle a foulés sous ses pieds en 1831, lors du siège d'Anvers; qu'elle a mis en lambeaux en 1852, quand le prince Louis Bonaparte , sous le nom de Napoléon III, est monté sur le trône de Napoléon P% son oncle ; enfin qu'elle a mis au pilon en 1859 lorsqu'elle a donné la Lombardie au roi Victor-Emmanuel !

C'est trop fort ! c'est par trop se moquer de ses lecteurs ! C'est vraiment les supposer trop ignorants, trop oublieux ou Irop bêtes !

Mais admettons que la France n'ait rien fait de ce qu'elle a fait si glorieusement; admettons que la France ait scrupu-

leusement respecté ces traités de 1815, faits contre elle, ces traités de 1815 dont le journal de M. Guéroult prétend qu'elle est responsable en qualité de garant ; admettons enfin que le passé n'écrase pas de tout son poids les avoués de Y Opinion nationale: de quoi la France serait-elle le garant responsable envers la Pologne ?

Avoués qui occupez pour la Pologne, produisez votre titre :

Le voici :

ACTK DV COISGRES DE YIBNNK DU 9 JUIN 1816.

« ART. 4'^ Le duché de Yarsovie, à reiception des provinces et districts dont il a été autrement disposé dans les articles suivalits, est réuni à Tempire de Russie. Il y sera lie irrévocablement par sa Constitution, pour être possédé par S. M. renipereiir de toutes les Russies, ses héritiers et successeurs à perpétuité. Sa Majesté Impériale se réserve de donner à cet £tat, jouissant d'une administration distincte, Textension intérieure qu'elle jugera convenable. Elle prendra avec ses autres titres celui de czar, roi de Pologne , conformément au protocole usité et consacré pour les titres attachés à ses autres possessions.

» Les Polonais, sujets respectifs de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse, obtiendront une représentation et des institutions nationales, réglées d'après le mode d'existence politique que chacun des gouvernements auxquels ils appartiennent jugera utile et convenable de leur accorder. »

Que vaut ce titre ?

Voici ce qu'en disait au Sénat, le 19 mars 1863, M. Billault :

<( Les traités de 1815, que beaucoup de gens invoquent, ces traités sont-ils eux-mêmes un remède à cette situation? Ils ont promis, et, à ce point de vue , ils ont constitué un engagement extérieur vis-àvis des puissances européennes qui Tont signé ; ils ont promis «ux peuples de Pologne des institutions et une représentation nationales. Mais à cette promesse leur texte ajoute immédiatement : « d'après le » mode d'existence politique que chacun des gouvernements auxquels ils » appartiennent jugera utile et convenable de leur accorder, » Cette phrase , qui réduisait la promesse à une sorte de concession facultative dans son étendue, a été Tobjet, entre les puissances, d'une discussion indéfinie et jusqu'à présent sa^s solution. Pendant que TËurope ou plutôt les puissances libérale^ dç i'£)urope disaient ;

Vous êtes obligés par les traités à constituer une représentation et une administration séparées et nationales, on répondait : Oui, mais dans le mode d'existence politique que nous jugerons utils et contb- VABLE, et les détails ne sont qu'une question intérieure <|ui ne regarde pas l'étranger. »

Voici ce qu'en avait dit, vingt-deux ans auparavant, le 1*' octobre 1831^ lord Heytesbury, ambassadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbourg, dans une dépêche à lord Palmerston :

« Les stipulations du traité de Vienne sont d'une nature si vActis et si GENERALE , quuH changement complet et radical pourrait être apporté à la condition politique de la Pologne sans qu'aucune de ces stipulation^ eût été violée.

» ... On m'a toujours assuré que les stipulations du traité de Vienne seraient strictement observées, mais celte assurance se réduit a peu de cnosE ou a ries, car les stipulations elles-mêmes se réduisent

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