QU'ON EN FINISSE
It octol/^e 1863.
Que' demandaient, que voulaient le Journal des DébaU, la Gazette de France, le Monde, la Patrie, le Siècle et VOpiniéû nationale en tête? Ces six journaux demandaient et voulaient qu'à défaut de l'Angleterre et de l'Autriche, la France se mit seule en campagne pour faire, en 1863, contre la Russie et la Prusse, au profit de la Pologne, ce que la France a fait en 1859 contre l'Autriche au profit du Piémont.
L'action isolée étant souverainement condamnée et définitivement abandonnée, ces six journaux doivent être considérés comme étant hors de combat. Ne les comptons plus !
Que demandent, que veulent le Constitutionnel, le Pays et la France en tête ? Ce que ne veulent pas ces trois journaux, nous le savons maintenant : ils ne veulent pas de ce qu'ils ont appelé l'action isolée; mais ce qu'ils veulent est plus difficile à définir, car ils ne le savent pas eux-mêmes.
Admettons qu'ils obtiennent ce qu'ils paraissent désirer; admettons qu'Angleterre, Autriche et France parviennent à se mettre d'accord pour déclarer à la Russie que la Pologne ne lui appartient plus qu'à titre de conquête ou de possession non garantie par les traités de 1815 : quel changement cette déclaration apportera-t-elle à la situation qui iîroupit dans le sang depuis huit mois ? Cette déclaration enlèverat-elle aux Russes un canon ? donnera-t-elle aux Polonais un fusil ?
L'action commune ne signifie absolument rien, si elle ne signifie pas exécution militaire de la Russie, soit par l'Autriche ayant derrière elle les escadres de l'Angleterre et les
bataillons de la France; soit par l'Angleterre et la France, rAutriche restant en dehors; soit par l'Angleterre, l'Au^ triche et la France , ces trois puissances opérant militairement d'accord.
Qu'on en inisse donc avec la France, le CanstUnHonnel et le Pays, comme on en a fini avec le Journal des Débats, la Gazette de France, le Mande, la Patrie, le Siècle et YOpinUm nationale! Qu'on en finisse par une mise en demeure catégorique adressée en ces termes à l'Angleterre et à rAutriche-: Oui ou non, voulez-yous l'une et l'autre vous joindre à moi pour opérer coercitivement contre la Russie en faveur de la Pologne? Oui ou non, voulez-vous, l'une sans l'autre, vous joindre à moi pour procéder coaclivement en faveur de k Pologne contre la Russie ? Si l'Angleterre répondait : Non, ni avec r Autriche ni sans l'Autriche; si l'Autriche répondait : Non, ni avec l'Angleterre ni sans l'Angleterre, la mise e|i demeure de la France étant restée infructueuse (style d'huissier), le discours de l'empereur des Fiançais, le 5 novembre, aux grands corps de l'État, serait alors en quelque sorte tout fait, puisqu'il n'y aurait qu'à traduire en style impérial le double refus de l'Angleterre et de l'Autriche.
Qu'on fasse cela, si on le veut — non que cela doive servir à rien, sinon à donner satisfaction à une exigence de procédure et à enterrer plus régulièrement peut-être la négociation avortée; — qu'on fasse cela, si on le veut, mais qu'on renonce à ergoter sur tel ou tel article, telle ou telle phrase, tel ou (el mol de tel ou tel des traités de 1815, qu'un jour on déclare morts et que le lendemain on ressuscite !
De deux choses l'une : ou ils existent encore, ou ils n'existent plus.
Si les traités de 1815 n'existent plus, s'ils sont morts, ainsi que l'atteste M. Paulin Limayrac, ainsi que l'avait attesté avant lui H. de la Guéronnière, sur quoi Angleterre, Autriche et France se fondent-elles pour les invoquer, pour intervenir, en leur nom, entre Russes et Polonais ?
Si les traités de 1815 existent encore, s'ils ne sont pas
morts, sur quoi rAutriche qui s'est incorporé rÉtat de Cracovie, sur quoi la France qui a rétabli chez elle sur le trône la dynastie napoléoivienne, se fondent-elles pour imposer à la Russie envers ces traités un respect qu'elles ont commencé par ne pas avoir ? En quoi la Russie est-elle tenue, en 1863, de respecter les traités de 1815 plus scrupuleusement que rAutriche en 1846 et que la France en 1852?
Soyez donc logiques si vous voulez être justes, et soyez donc justes si vous voulez être forts!
Encore une fois , qu'on en finisse avec toutes ces cruelles et puériles ergoteries d'orateur au dessert, qui ne servent qu'à empêcher qu'on prenne un parti décisif, soit pour la paix, soit pour la guerre; qui ne servent qu'à faire fusiller des Polonais par des Russes et qu'à faire assassiner des Russes par des Polonais! Qu'on en finisse ! qu'on en finisse! Nous dirions que c'est le cri de l'Europe tout entière, si nous ne nous étions pas interdit ces formes pompeuses, trop souvent menteuses, sous lesquelles on cherche, en la déguisant, à faire accepter une opinion étroitement personnelle. ^