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COMMENT LA FRANCE IMPÉRIALE FAIT LA GUERRE

Mais M. Paulin Limayrac s'est grossièrement trompé en comptant qu'il détournerait la polémique par cette manœuvre. Nous dressons procès-verbal qu'il n'a pais répondu, qu'il n'a pas pu répondre.

Nul n'a oublié comment la France impériale fait la guerre, et peut-être y a-t-il peu de tact à le rappeler durement à

rAutriche quand on la presse si vivement de nous prêter son concours ! C'est précisément parce que nul ne Ta oublié que la France n'a point à craindre qu'on l'accuse de s'être GOUÇEÉE DANS LÀ BOUE, sclon Tcxpression de M. Gnéroolt.

Que la reconstitution de la Pologne soit une question européenne et ne soit pas une question française , que la France, sans l'Angleterre et sans l'Autriche, ne doive pas entreprendre une nouvelle guerre contre la Russie : assurément ce n'est pas nous qui soutiendrons le contraire, et sur ce point nous sommes parfaitement d'accord avec le ConstU tutUmnel, la France et le Pay$; mais où noue nous séparons carrément de ces trois journaux, c'est quand ils vantent l'action commune qui a été l'action stérile, pis que cela encore, qui a été l'action cruelle; car sans la prétendue action commune la Pologne eût accepté l'amnistie qui lui a été donnée , la Pologne serait maintenant en pleine possession des Six Points, le sang de la Pologne n'eût pas coulé à flots, l'assassinat ne l'eût pas souillée!

Pour nous, le mot qui n'est point le nom d'une personne ou d'une chose, qui n'en est point la représentation exacte, çst un son qui se perd dans le vide et n'est point un mot. Décomposons ce fameux titre :

LA POLOGNE SOUS LA PROTECTION DE l'eUROPE.

D'ahord, par ce mot « l'Europe » que faut-il entendre î Est-ce que l'Angleterre, l'Autriche et la France forment à elles trois toute l'Europe ? Non ; donc on ne devrait pas dire : l'Europe; on devrait dire : la France, l'Autriche et l'Angleterre. Est-ce que ces trois puissances se sont enfin mises d'accord , après huit mois de conférences et de correspondances, sur ce qu'il y avait à faire pour protéger la Pologne ? Non ; elles ne sont pas plus avancées à cet égard que le premier jour et peut-être moins. Alors que signifie le mot « protection »? Il ne signifie absolument rien ; il est tout aussi inexact que le mot c Europe ». Alors quelle valeur a donc le titre donné par M. Paulin Limayrac à son article inséré dans

le ConsiHuUownel? Aucune. G*est un titre trompeur, menteur, imposteur. Ce n'est pas protéger un peuple que d'attendre qu'il soit exterminé pour aller à son secours. Si le feu prenait aux bureaux du Constitutionnel, que dirait M. Paulin Limayrac des pompiers qui attendraient pour venir éteindre l'incendie que le feu eût tout consumé? M. Paulin Limayrac dirait qu'il eût mieux valu ne pas compter sur eux.

Ce qui nous indigne, c'est de voir qu'on fait tant de phrases an sujet des Polonais sans songer sérieusement i eux. Il n'y a peut-être que nous, qui ne faisons point de phrases sur eux, qui nous en préoccupions constamment, qui ayons toujours devant les yeux les mourants, les blessés, les exilés , les ruinés !

Phraseurs de l'action commune et phraseurs de l'action isolée , finissez-en donc avec vos phrases , dont chaque mot peut coûter la vie à plusieurs hommes.

Le Constitutionnel avait enterré l'action isolée; à présent il la couvre de fleurs. Que par pitié il se hâte donc maintenant d'enterrer et de couvrir également de fleurs l'action commune !

Qu'attend-il ?

Il sajt que l'Angleterre ne fera rien que des discours avinés ! Il sait que l'Angleterre ne contredira pas sa politique traditionnelle depuis George III! Il sait que l'Angleterre redoute bien plus encore son < allié suspect » que son « ennemi puissant » ! Il sait pertinemment que si la France, après une campagne hardie et une victoire glorieuse, avait réussi, à elle toute seule, à reconstituer la Pologne du congrès, c'est-à-dire la Pologne de 1815, l'Angleterre ferait pour la Pologne, en 1864, ce qu'elle a fait en 1860 pour l'Italie. Elle ferait des meetings où elle accuserait la France de n'avoir pas, en 1863, reconstitué la Pologne de 1772, comme en 1860 elle a accusé la France de n'avoir pas, en 1859, arraché la Vénétie aux Autrichiens et Rome au pape !

Qu'attend-il?

Il sait que l'Autriche traînant les boulets de la Vénétie, de

la Gallicie, de Gracovie, sans parler de la Hongrie, ne peut ni avancer ni reculer! Il sait qu'elle est condamnée à Timmobilité et à l'impuissance! Il sait qu'elle a un égal intérêt à maintenir et à déchirer les traités de 1815, en vertu desquels elle possède la Gallicie et en violation desquels elle détient Cracovie !

Qu'attend-il?

Il sait que, si l'action isolée était périlleuse, du moins elle était possible, tandis que l'action commune, qui ne serait pas périlleuse , cela est vrai , est impossible.

Dira-t-il que l'action commune est une transition nécessaire pour masquer une retraite qui serait trop brusque? Dira-t-il que l'action commune a l'avantage d'effacer la responsabilité sous la solidarité ?

Si le Constitutionnel, au lieu d'esquiver une réponse promise, avait la franchise d'avouer ce qu'il dissimule, nous lui répondrions que la France n'est jamais plus imposajiUe que lorsqu'elle est sincère et ne décline aucune responsabilité, même celle d'une tentative infructueuse faite dans une intention louable.

La France a pensé qu'en soumettant la Russie à une prèssion de l'Europe en faveur de la Pologne , elle obtiendrait de l'empereur Alexandre davantage et plus vite que si elle ne donnait pas aux Polonais cette marque de sympathie.

La France s'est évidemment trompée.

L'empereur Alexandre a fait ce qu'eût fait à sa place Tempereur Napoléon. Il a maintenu la plénitude de son initiative et a voulu garder le mérite de ses actes.

— Qu'y a-t-il à faire ?

— Le lui laisser.

De deux choses l'une : ou l'empereur Alexandre, affranchi d'une pression défiante et blessante , s'empressera de faire , et au delà , pour la Pologne tout ce que l'Angleterre , l'Autriche et la France avaient réclamé; ou l'empereur Alexandre, mentant à tout son passé , replacera la Pologne sous le joug de fer qui a duré de 1832 jusqu'à 1854.

Dans le premier cas, la Russie s*élève et donne tort à la France, à l'Angleterre, àTAutriche.

Daps le second cas , la Russie s'abaisse et donne raison à rAulriche, à TAngleterre, à la France. Ses rigueurs n'ayant plus pour les couvrir le manteau de la guen*e, la Russie n'est plus , en Europe , que la dernière des nations civilisées.

Est-il admissible que le souverain qui a affranchi vingt millions de serfs, qui les a rendus à la dignité d'hommes, qui les a élevés au rang de citoyens, préfère la seconde hypothèse à la première? Non ; c'est pourquoi, nous souvenant de paroles restées célèbres (1), nous disons qu'il faut se hâter de sortir de la solidarité pour rentrer dans la responsabilité.

A la Russie devant l'Europe, à la Russie devant la Civilisation , à la Russie devant l'Humanité , à la Russie devant THisloire , la responsabilité de ses œuvres !

Les meilleures leçons adonner, ce sont les bons exemples.

Si l'Angleterre veut donner aux Russes une bonne leçon , qu'elle s'occupe plus activement et plus efficacement encore d'améliorer le sort de tant d'Irlandais qui meurent de faim , et qu'elle ne commette pas aux Indes les excès qu'elle flétrit en Pologne ! *

Si l'Autriche veut donner aux Russes une bo.nne leçon , qu'elle s'entende avec le roi d'Italie pour lui céder la Vénétie, à des conditions honorables, qui affermissent la paix!

Si la France veut donner aux Russes une bonne leçon, qu'elle se hâte un peu plus de rentrer dans la plénitude des libertés dont elle a été en possession et dont son orgueil blessé souffre de ne plus jouir !

Si le Conslitutionnel a des objections sérieuses contre cette conclusion , qu'il nous les fasse; nous prenons l'engagement de n'en laisser aucune sans réponse; l'exemple que nous lui donnerons sera une leçon; nous lui montrerons :

GOMMENT LA Presse tient parole.

(1) • Je tais aorti 4« la légalité pour rentrer daof le droit. •

PreclamûHoH aprèt U 2 décembit iSjl.

LA GENDARMOCRATIE

30 octobre 1863.

Lldéal de M. Labbé, vicaire de M. Guéroult, le grand prêtre de la déesse Bellone , c*est la gendarmocratie.

Aimant la liberté d*un amour si froid, il est tout simple que MM. les rédacteurs de Topinion nationale , journal de$ natianalUés, aient une passion si brûlante pour le gendarme et n'imaginent rien 4e plus beau, rien de plus grand. Cet idéal, npus l'avouonç, n'est pas celui de la presse , jotirnu/ de la paix et dfe la liberté en Europe,

Nous imaginons pour la France un autre rôle que celui de gendarme à la ppurçuite des malfaiteurs couronnés. Nous Tondrions qu'elle fût la grande nation expérimentale; la grande nation modèle; la grande nation fermant l'ère des questions pour ouyrir l'ère des solutions , l'une après l'autre ; la grande nation mettant fin au règne des expédients par le règne des principes; la grande nation donnant l'essor à tous les progrès et l'émulation à tous les peuples; la grande nation ayant les routes les mieux entretenues, les chemins de fer les plus commodes , les plus sûrs , les plus rapides , les hôtels et les auberges les plps propres et (es plus confortables, les villes d'eaux les plus attrayantes, la capitale renfermant les musées les plus beaux du monde, les bibliothèques les plus précieuses , les collections d'objets d'art les plus complètes , les monuments les plus dignes d'être visités et imités, les établissements d'instruction publique les plus parfaits ; offrant les spectacles les plus variés, les distractions les plus nombreuses et le séjour à la fois le plus agréable ,

le plus sûr et le moins cher, dernière condition essentielle que rendraient possible la transformation de l'impôt et la suppression, de l'octroi ; conviant enfin à venir chez elle de tous les points de l'Europe tout ce qui pense et tout ce qui dépense ! Cet idéal, si facile à réaliser par la paix et avec le crédit, c'était celui de l'empereur Napoléon !•' à Sainte- Hélène, lorsqu'il disait le 11 novembre 1815 : « J'allais me » donner uniquement à l'administration de la France, et je » crais que j'eusse enfanté des prodiges... Teusse fait la

» CONaUÊTE MORALE DE l'EUROPEI »

De cette conquête morale de l'Europe par la France et par la paix, MM. les rédacteurs de Y Opinion nationale ne font nul cas; ils disent avec dédain que c'est de la fantaisie. Qe qu ils veulent, le voici :

n Un malfaiteur s'est introduit avec effraction et escalade dans l'Europe civilisée. Il y pille, il y brûle, il y tue, il viole les femmes, il fait les enfants orphelins, il traîne dans son enfer de glaces des jeunes filles de quinze ans. Ce malfaiteur, c'est le Russe, c'est le Tarlare, c'est la barbarie mongole, c'est le mauvais génie du désert asiatique. Nous entendons les cris des victimes, et nous appelons les gendarmes contre les assassins. »

Les Russes étant les assassins , il est clair que ce sont les Français qui sont les gendarmes!

C'est donc avec raison que nous avons dit que l'idéal de M. Guéroult était la gendarmocratie.

M. Guéroult et ses collaborateurs ont encore un autre idéal : c'est celui de Joseph de Matstre, exprimé par ces paroles qu'ils citent : « Noiis sommes bro^^éspour être mêlés, »

Ayons le courage de notre lâcheté, osons dire que ce mélange n'a rien qui nous tente, rien qui parle à notre imagination, rien qui la séduise. Nous le trouvons hideux et nous le disons.

Pour nous le faire trouver beau, c'est vainement que Y Opinion nationOk ajoute ce qui suit :

« C'est la guerre qui, sur les pas d'Alexandre, a porté la civilisation jusqu'aux bords de la mer Caspienne. C'est la guerre qui, jNir les Romains, a préparé, en fondant l'unité de l'empire, la future

unité de l'Europe catholique, qui ne s'est jamais affirmée si hautement que par la guerre, au onzième et au douzième siècle. Sans la guerre, la France serait anglaise aujourd'hui, et nous ne sommes pas de ceux qui maudissent Jeanne d'Arc parce qu'elle nous a privés des bienfaits de la liberté britannique. » «

À cette glorification de la guerre dans la personne d'Alexandre , puisque Y Opinion nationale a un goût si marqué pour les auteurs catholiques, nous répondrons par le passage suivant de Bossuet :

« Cet empire formidable qu'il (Alexandre) avait conquis ne durera pas plus longtemps que sa vie, qi^i fut fort courte. A l'âge de trente* trois ans, au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus et avec les plus justes espérances d'un heureux succès, il mourut sans avoir eu le loisir d'établir solidement ses affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas âge, incapables de soutenir un si grand poids. Mais ce qu'il y avait de plus funeste pour sa maison et pour son empire, est qu'il laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer que l'ambition et la guerre. Il prévit à quels excès ils se porteraient quand il ne serait plus au monde... La Macédoine, son ancien royaume, tenu par ses ancêtres depuis tant de siècles, fut envahie de tous côtés comme une succession vacante; et, après avoir été longtemps la proie du plus fort, il passa enfin à une autre famille. Ainsi, ce grand conquérant, le plus renommé et le plus illustre qui fut jamais, a été le dernier roi de sa race. S'il fût demeuré paisible dans la Macédoine , la grandeur de son empire n'aurait pas tenté ses capitaines , et il aurait pu laisser à ses enfants le royaume de ses pères. Mais, parce qu'il avait été trop puissant, il fut cause de la perte de tous les siens : et voilà le fruit glorieux de tant de conquêtes! »

BossuBT. Discoun sur T histoire universelle, III« part., ch. v.

Nous ajouterons que la civilisation, pour «'étendre jusqu'aux bords de la mer Caspienne, n'avait pas attendu les victoires d'Alexandre. Portée dans l'Asie Mineure et dans le nord du Pont-Euxin, cette civilisation fut l'œuvre non du conquérant, mais d'émigrants et de colons grecs. Elle remonte aux années 1130 (colonie ionienne), 1132 (colonie dorienne), et 1189 (colonie éolienne).

Toutes ces colonies , antérieures de douze siècles environ à Jésus-Christ, de huit et de neuf siècles à Alexandre, étaient au nombre de plusieurs centaines : elles se donnèrent une

foule de constitutions particulières , et mirent en circulation une masse considérable d'idées et de combinaisons politiques.

Les plus remarquables furent Éphèse , Smyrne , Phocée , Milet, etc. Milet fonda jusqu'à trois cents colonies sur les rivages du Pont-Euxin. Les Phocéens étendirent leur commerce dans tout l'Occident; leurs flottes visitèrent les côles de l'Italie , de la Corse , de là Gaule , de l'Espagne , jusqu'au détroit de Gades. Les progrès des Grecs asiatiques dans les arts utiles, dans la philosophie, les sciences et les lettres furent prodigieux. Les constitutions de ces républiques gréco-asiatiques , et particulièrement celle des Lyciens , ont été regardées comme les modèles de la confédération dans l'antiquité. Pendant les guerres des successeurs d'Alexandre, ces industrieuses colonies reçurent de profondes atteintes; elles disparurent dans les guerres des Romains. Les empereurs romains mirent fin aux colonies qui restaient, de même que les généraux de la république avaient détruit l'organisation républicaine de la Grèce et l'avaient réduite en province romaine. Alexandre n'est donc point l'auteur de cette civilisation si brillante qui existait avant lui. Elle a péri dans les eflroyables luttes de ses généraux et de ses successeurs. Cette unité prétendue de l'empire d'Alexandre n'a été qu'un éclair. Alexandre a détruit Thèbes, Persépolis et Tyr, la Venise de l'antiquité.

Quant à l'unité romaine, elle était factice; elle faisait violence à la nature des choses; elle ruinait l'univers au profit de quelques nobles devenus riches comme des rois (à l'époque de Pline, quatre personnages possédaient l'Afrique), et au profit de la plèbe de Rome. Ce que les Romains ont détriiit de villes industrieuses est prodigieux. Ils ont anéanti Carlhage, Corinthe, la belle et industrieuse république des Rhodiens, les villes si riches et si commerçantes de la Grande Grèce.

Raisonner dans l'hypothèse de la paix et dire que, sans la guerre, la France serait anglaise aujourd'hui, c'est dire un

non-sens : car sans la guerre, la bataille de Patay, où Jeanne d'Arc battit Talbot, n'eût pas eu lieu.

Si Y Opinion nationale tient à faire triompher sa doctrine de la civilisation par la guerre, doctrine empruntée à Joseph de Maistre , doctrine qui consiste à broyer les peuples pour les civiliser, nous l'engageons à chercher des preuves plus coïivaincantes que celles qu'elle a citées et que nous avons reproduites afin que nos lecteurs les jugent !

2 novembre 1863.

Ce que nous voudrions que la France et que Paris 'devinssent, c'est ce que l'empereur Napoléon P' voulait qu'ils fussent lorsque, le 5 mars 1 816, il s'exprimait en ces termes :

K Si le ciel m*eût accordé quelques années, assurément j'aurais fait de Paris la capitale ob l'univers , et de toute la France un véritable

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