Nous avons ajouté nous-même ces titres
Dans l'édition Cousin, le texte est précédé de cette note : « Manque l’Introduction, où la question devait être posée. » Dans l'avant-propos de l'édition de 1841, il nous dit que le fragment qui suit « ne porte aucun titre et ne commence qu'à la seizième page ». Une lecture approfondie, ajoute-t-il, nous permet d'affirmer que c'est bien là le mémoire couronné par l’Académie de Berlin (Œuvres philosophiques de Maine de Biran, Ladrange, 1841, t. Ier, p. vi). Les pages qui manquent seraient donc selon lui l’Introduction au manuscrit de Berlin. Nous avons démontré dans la préface que ce «morceau sans titre » était un fragment de l’Anthropologie. Il est impossible d'en déterminer la place exacte. mais on ne peut pas ne pas être frappé du lien qu'il a avec les premieres pages des Considéralions sur les principes d'une division des faits psychologiques el physiologiques, où Maine de Biran divise les systèmes de philosophie, en philosophies de la substance et en philosophies de la force.
Maine de Biran commence par montrer qu'il.n’y a pas d’aperception immédiate interne de la substance (37-46), il montre ensuite les conséquences auxquelles on aboutit, selon que l'on part de l'idée de substance ou de l’idée de force, et que celle-ci est seule en accord avec les données primitives de la conscience (46-62), enfin il se place exclusivement sur le terrain psychologique et tâche de résoudre par l'analyse
qui peut être connu ou exprimé dans cette notion de chose ou de substance.
Réciproquement, tout ce que le sujet pensant conçoit et exprime comme élant dans la substance (l'âme ou le corps), il l'affirme d’un autre être que de lui-même.
Après avoir posé, dans le premier membre de l’enthymème", le fait de conscience ou de l'existence du moi, je pense, j'aperçois mon existence, ce qui est le même que de dire : j'existe, je suis un être individuel et réel qui pense ; la conclusion : je suis une substance ou chose pensante est opposée au principe ou hétérogène avec lui, loin de lui être identique.
Cette conclusion donc je suis, à savoir : une chose pensante, serait mieux exprimée en effet par ces termes, donc, il y a en moi (homme concret) une chose pensante. Je conçois et crois nécessairement l'existence réelle en tant que je pense ; de plus, j'affirme cette réalité hors de ma pensée actuelle ou de la conscience de moi-même. Mais comment dirai-je qu'elle est moi quand je la conçois comme substance là où le moi n’est pas ? Le moi qui attribue la pensée à la substance de l'âme, n'est donc pas cette substance dont il croit et affirme ? l’ètre absolu : le sujet qui attribue et qui dit je, n’est pas l'objet d'attribution actuelle.
La pensée, telle que Descartes l'entend en la prenant comme principe de la science idéologique, enveloppe ce fait primitif
le premier problème, de la philosophie, c’est-à-dire le problème de l’existence. Selon Maine de Biran les métaphysiques « priori ne sont pas arrivées à résoudre ce problème ; elles ont fait faillite à leurs engagements. Il faut l’aborder par une autre voie, et s’élever des faits aux notions ; et commeil entre dans l'idée que nous nous faisons de la réalite plusieurs ordres de faits (affections, intuitions, aperception proprement dite, notions), il importe de les distinguer les uns des autres et de déterminer l'origine, la nature et la valeur de chacun d’eux. Maine de Biran est ainsi amené à faire l’analyse de la pensée actuelle, envisagée comme mode de connaissance; mais il la fait, au point de vue général que nous avons indiqué; il indique l’ordre et la filiation des questions psychologiques enveloppées dans le problème fondamental de la philosophie : il en tirera ensuite les conclusions qui en dérivent naturellement au point de vue métaphysique.
4. « Le premier membre du dilemme », Cousin, p. 4. Le premier membre d'un dilemme est un raisonnement non un jugement. Nous pensons qu'il faut lire « enthymème ». C’est ainsi que Maine de Biran désigne habituellement « le cogito ». Nous ne voyons pas comment serait formulé le dilemme, dont il est question, dans l'édition Cousin.
2. Cousin écrit, « dont il croit affirmer ». L'erreur est ici certaine. Il faut lire où « dont il croit », ou bien « dont il affirme », ou « dont il croit et affirme l’ètre absolu ».
de l'individu, de telle sorte que ce fait perd son caractère intérieur propre? et prend celui d’un abstrait, d’une chose indéterminée.
Le moi, proprement sujet d'attribution dans le point de vue intérieur, n’est pas la substance ou la chose dont il énonce les prédicats comme étant dans un autre.
Les seuls attributs du moi qui manifestent son existence ?, ses modes vivants, sont des actes volontaires et libres, et ces attributs ou modes ne sont pas dans le moi ou inhérents à lui comme dans une substance, mais ils sont pour lui comme produits de la force active qui le constitue et qui s'aperçoit ou se manifeste elle-même dans les produits de sa création.
Ce que le moi perçoit ou conçoit comme passif, il le met hors de lui ou l’attribue à d’autres êtres quelui, et ces êtres il les reconnait et les désigne soit sous le titre de choses ou d'objets extérieurs*, dont les qualités se représentent par les sensations, soit à un titre plus vrai et plus conforme au fait primitif, comme des forces étrangères, conçues à l'instar de la sienne propre.
En résumé, il y à aperception immédiate interne ou conscience d'une force qui est moi et qui sert de type exemplaire à toutes les notions simples et universelles de causes, de forces, dont nous admettons l’existence réelle dans la nature, etc.
Il n’y a point d'aperception interne d’une substance passive avec laquelle le moi ne fasse qu'un, tout au contraire, la notion d’une substance ou d'un sujet d'attribution, d’un tout objectif
1. Nous ne serions pas étonné que le mot « individu » fût rayé, et qu'il y eût écrit au-dessus ou en marge : « de la personne » ou « de l'existence personnelle » ou même « de l’existence individuelle ».