‹ L'Aperception immédiateChapitre 18 sur 102 · Cousin écrit « son caractère propre intérieur · texte numérisé non relu

Cousin écrit « son caractère propre intérieur

3. La phrase publiée par Cousin est évidemment incorrecte : « Les seuls attributs du moi, ses modes vivants, manifestent son existence

et sont des actes volontaires et libres », Cousin, p. 5.

4. « De choses ou d'objets extérieurs manifestlés », Cousin, p.5. Le mot manifesté a dù être remplacé par la phrase qui suit. Nous avons ajouté, quelques mots plus haut, le mot « soit ».

5. «A toutes les notions générales et universelles ». Ce texte est en désaccord avec la doctrine de Maine de Biran, qui établit une distinction fondamentale entre les idées générales et les notions universelles. Il faut nécessairement supprimer le mot « générales » ; il est possible que Maine de Biran ait écrit au-dessus un mot que le copiste n’a pas pu lire, tel que « simples ». C'est un des adjectifs dont Maine de Biran se sert habituellement pour qualifier les notions.

Plus haut, nous avons écrit « aperception immédiate interne » au lieu de « aperception interne immédiate » qui se trouve dans l'édition Cousin.

constitué par un certain nombre de propriétés ou qualités inhérentes à ce sujet t, et unies entre elles et à lui par ce lien substantiel que l’entendement conçoit, une telle notion. dis-je. (quelque nécessaire? qu’elle soit à l'esprit humain pour concevoir les choses et en parler) ne saurait être regardée comme immédiate, à moins qu'on ne mette l'objet avant le sujet ou qu'on ne cherche dans celui-là les conditions ou le type exemplaire de l'existence ou de l’aperception interne de celui-ci.

« Mais, demande Leibnitz, comment pourrions-nous savoir qu'il y a des étres, des substances, si nous n'étions pas nousmêmes des êtres, des substances ? ». Et comme, dans le point de vue de ce grand mélaphysicien, les êtres ne sont autres que les forces*, sa proposition revient à demander comment nous saurions qu'il y a en nous-mêmes des forces, si nous n'étions pas nous-mêmes et par nous-mêmes des forces individuelles.

D'où suivrait cette expression d’un principe analogue par la forme sinon le fond *, à celui de Descartes : je pense ou j'aperçois l'action, donc il y a en moi une force virtuelle absolue, et par suite d’autres forces dans la nature, conçues d’après la mienne ou d'après la conscience immédiate que j'en ai.

Ici le principe est entendu dans sa véritable valeur ; la force qui est moi, tombe en effet véritablement sous sa propre aperception immédiate interne, tandis que la substance qui ne s'aperçoit pas ou ne se sent pas par elle-même immédiatement, ne saurait s'entendre que comme objet, à part l’aperception ou la conscience actuelle du mot.

Descartes eut évidemment l'intention de prendre son point de départ dans le sujet tel qu'il existe ; mais entraîné par les formes du langage, il exprime l’individualité précise du sujet sous le terme universel appellatif d'un objet indéterminé : de là toutes les illusions logiques et physiques nées du principe ou de la forme de son énoncé. Voyez aussi comment ce grand

1. «Ce sujet », Cousin, p. 6. Le sujet ainsi conçu est en réalité un objet.

2. « Quelque nécessaire et universelle qu’elle soit à l'esprit humain », Cousin, p.6, ce qui estincorrect. Il est probable qu'universelle a été rayé.

3. Les « forces simples », Cousin. Maine de Biran dit en plusieurs endroits les forces ou êtres simples, mais non les forces simples (ce qui serait un pléonasme). :

&. « Par la forme et le fond », Cousin, p. 6. Ce texte est certainement inexact, car il exprime une idée contraire à ce qui précède et à ce qui suit et à la pensée, maintes fois exprimée ailleurs, de Maine de Biran. Il y a probablement un mot omis, le mot « non ». Le «je pense» n'a pas la même signification pour Leibnitz que pour Descartes.

esprit lutte péniblement, dès ses premiers pas, contre les fantômes qu'il se crée lui-même

« Cette proposition : je suis, j'existe, dit-il, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit ; qu'un génie trompeur se plaise à me créer des illusions sur tout, il ne saurait jamais faire que je ne sois rien tant que je croirai être quelque chose. »

Dites qu'il ne saurait jamais faire que je n'existe pas pour moi-même tel que je me sens ou m'aperçois actuellement exister : l'aperception immédiate n’est pas sujette à l'erreur.

« Je ne conçois pas encore assez clairement « ce que je suis 1», moi qui suis certain que je suis ». lci en effet commente l'illusion ; en disant moi j'existe, avec le sentiment intime de la vérité exprimée par ces paroles,je dis tout ce qu'il m'est possible de savoir sur moi-même au titre individuel ; tout ce que je puis chercher et trouver au delà de cette aperception interne ne m'apparait? plus au même titre.

Les philosophes, comme l'a très bien remarqué Leiïbnitz, se font souvent des difficultés sans sujet; par exemple, les êtres, c'est-à-dire les substances mêmes peuvent se manifester sous tels modes immédiats et sont conçus avant les abstraits. Ces abstraits, que Locke appelle modes simples ou idées simples de sensations, les couleurs, le son, l'odeur, elc., ne viennent qu'après et ne sont conçus que dans l'objet substantiel à qui ils sont inhérents; les idées de ces abstraits n’ont d’existence séparée que dans l'esprit.

« En distinguant deux choses dans la substance, les attributs ou produits, et le sujet commun de ces produits, ce n'est pas merveille qu'on ne puisse rien concevoir de particulier ou de déterminé dans ce sujet ; il le faut bien, puisqu'on a déjà séparé de ce sujet, tout ce. qui pouvait le faire concevoir à l'esprit ou aux sens de quelque manière déterminée. Aussi”, demander quelque chose de plus dans ce sujet, en général, que ce qu'il faut pour concevoir que c'est la mème chose (par exemple, qui entend et qui veut, qui imagine el qui raisonne) c'est demander l'impossible et contrevenir à la propre suppo-

4. « Clairement que je suis », Cousin, p. 7. « Ge » est omis. 2. «Ne m'appartient plus », Cousin,p. 8. C’est probablement « apparait » qui se trouve dans le manuscrit.

3. « Ainsi», ditle texte de Cousin. Il noussemble qu’ « aussi » marque mieux le lieu des idées. Plus haut « séparé dans ce sujet », Cousin.

sition telle qu’on l’a faite, en concevant séparément le sujet et ses qualités ou accidents. »

Leibnitz prend à propos, pour exemple, le moi substantiel qui est et se conçoit ‘ le même être qui entend et qui veut, etc., parce qu'il existe en effet et qu'il s'aperçoit et se sait rester le même dans la succession et la diversité de ses propres actes réflexifs.

Mais il n'est pas si facile d'entendre ce qui peut rester le mème dans l’objet, quand on a * fait abstraction de toutes les qualités sous lesquelles se manifeste la réalité extérieure.

Dans le morceau de cire que Descartes prend pour exemple, toutes les qualités perceptibles à l’ouie, à l’odorat, au goût s'évanouissent successivement l'une après l’autre, à mesure que la cire se fond et se vaporise ou se réduit en ses derniers éléments qui n'ont plus rien de sensible. Ne peut-on pas dire” que la substance mème de la cire est détruite, et qu'il n'en reste absolument rien à quoi puisse s'appliquer la même dénominalion ? Puisque les qualités ou accidents n'existent plus, il ne s’agit plus de leur chercher un soutien, un lien substantiel.

A quoi donc rattacher la conception de l'identité de la chose étendue et de la chose colorée ou sonore, ou odorante, alors qu'il n'y a plus rien qui soit hors de l'esprit ou qui ait quelque type réel au dehors ?

Mais, sous ce terme, on a pu comprendre une certaine collection de réalités *, c'est-à-dire de forces ou de puissances invisibles, insensibles, en elles-mêmes, quoique capables, par leur réunion, de faire sur nos sens externes, des impressions de différentes espèces, et ces forces restent ou sont censées rester, après que la substance matérielle a disparu ou qu'elle est détruite ; et nous concevons que si ces forces élémentaires pouvaient se grouper de nouveau, de manière à reconstituer la même substance cire, ce serait encore là le sujet identique des mêmes attributs ou accidents qui leur étaient auparavant rapportés, etc. Il suivrait de là que c’est dans le sujet pensant seul qu'est le type ou le fondement de tout ce quiest conçu

1. Dans l'édition de Cousin, il y a après « qui est et se conçoit » une virgule quirend la phrase inintelligible.

2. « Quand on fait abstraction », Cousin, p. 9. « Quand on a fait »

est plus précis et probablement plus exact.

Page 1