‹ L'Aperception immédiateChapitre 4 sur 102 · Cousin. /d · texte numérisé non relu

Cousin. /d

Ainsi l’opinion de Cousin en 1841 sur la date et la nature de ces deux écrits diffère totalement de celle qu'il avait exprimée dans l'inventaire des manuscrits de M. de Biran le 13 août 1895. Or, nous savons d'une façon certaine que c’est celle-ci qui était la vraie. Nous possédons en effet les manuscrits du Mémoire de Berlin et du Wémoire de Copenhague, qu'il chercha vainement à se procurer en 1841, et ces mémoires sont très différents des deux écrits dont il s’agit. On se demande avec étonnement comment Cousin, qui fit un scrupuleux inventaire, un examen altentif de ces manuscrits en 1825, a pu les oublier au point de les confondre avec des écrits si différents par la forme et par le fond. Et cet étonnement ne fait que s’accroître si l’on réfléchit que Cousin connut M. de Biran pendant au moins dix années de sa vie, les dix dernières, et qu'il fut par conséquent le témoin, nous ne disons pas de la transformation, mais du développement et de l'achèvement de sa doctrine philosophique. Mais cette erreur ne peut nuire en somme qu’à sa réputalion d’historien de la philosophie. Nous avons un reproche plus grave à lui adresser : c’est d’avoir manqué, involontairement sans doute, et par suite d’une incroyable légèreté, à son devoir envers la mémoire de celui « qui fut, nous dit-il, un de ses maitres », et qu'il nomme « le premier métaphysicien de son temps ‘», en donnant, comme l'expression exacte de sa pensée, un texte, mutilé en plus de quatre cents endroits, et complètement défiguré. C’est à la négligence de son illustre éditeur, que la philosophie de M. de Biran doit principalement la réputation, qu’elle conserve encore aujourd'hui, d'obscurité : réputation imméritée, comme en peuvent juger ceux qui ont lu l'excellente édition que publiait M. E. Naville, en 1858, « de L'Essai sur les fondements de la psychologie ». Au célèbre professeur de l'Université de Genève, revient ainsi l'honneur d’avoir

1. Cousin. Œuvres philosophiques de Maine de Biran, 1, Avant-propos, DEMA®

réparé, dans une large mesure, le tort qu'avait fait Cousin à la philosophie française.

IL. 11 fut le premier aussi à signaler, dans le catalogue raisonné des ouvrages philosophiques tant inédits que publiés de M. de Biran!, l'erreur commise par Cousin en 1841, sur la nature de l'écrit publié sous le titre d’aperception immédiate. Voici ce qu'il disait dans la notice qu’il écrivait à ce sujet :

« Cet écrit” offre une lacune au commencement, et, ainsi que le précédent, a été publié d’après une copie. Par son contenu, il porte le caractère manifeste d'une nouvelle rédaction des idées émises dans l’Essai sur les fondements de la psychologie, moditiées sous quelques rapports, par suite des dernières réflexions de Pauteur.

«On y trouve : une discussion étendue sur la nature du fait primitif et le principe de la connaissance ; la distinction de l’aperception du moi et de la notion de l’âme subs- Lance ; des considérations sur les systèmes des philosophes, examinés sousle rapport de la place qu'ils assignent aux idées de substance et de force ; une analyse des phénomènes qui résultent de l'union, à des degrés divers, du moi et des impressions ; la théorie des sensations, sous le double point de vue de la physiologie et de la pyschologie; enfin, la dérivation des notions universelles. Mais toutes ces idées se trouvent dans un désordre assez évident, et un examen un peu attentif porte nécessairement à douter que ce soit (abstraction faite de la lacune indiquée) un tout suivi et complet.

« M. Cousin, de même que pour le numéro précédent, a émis deux avis divers sur la nature de cette composition. Il l'a considérée, en 1825, comme un fragment du dernier tra-

1. Naville. Nofice historique et biographique, 1851, p. 38. Cette notice a été imprimée à la fin de son édition des œuvres inédiles de Maine de Biran.

Page 1