Voyez le Mémoire de Magendie (note de Maine de Biran
$. « À la perception du rapport d’extériorité ou de localisation des sensations diverses », Cousin, p. 66.
7. Il y a dans la perception proprement dite un autre élément : le
A la contraction des fibres musculaires, ou encore à la pression el à la collision de leurs parties contiguës, correspond une espèce d'impressions sensibles où se trouvent réunies les conditions propres à les rendre mutuellement distinetes. Ces impressions qui commencent à la racine des nerfs, quelle que soit la nature de leur cause !, affectent une surface organique, formée de parties juxtaposées et intimement unies dans le tissu nerveux musculaire, sans se confondre. La force qui les met en jeu ou qui change leur état ou leur ton naturel pénètre la masse et agit sur chacune de ses parties ; toutes ces impressions ou déterminations motrices se réunissent sans se confondre, et ainsi elles se représentent dans l’ordre de coexistence que nous appelons l'étendue.
Cetle intuition de l'étendue tient toujours, en effet, à ce que chaque molécule ou fibre nerveuse est mise en jeu distinctement de toute autre fibre collatérale par un mème agent, par une même cause d'impression qui s'applique à elle ; que si l’une ou l’autre de ces deux conditions manque, si tout l'organe est ébranlé à la fois et en masse par une seule cause exclusive, ou si plusieurs agents d’impressions affectent à la fois les mêmes points nerveux, la même fibre distincte, il y aura sensation confuse dans l'animal, et point d’intuition distincte localisée ou représentative d’une étendue quelconque.
De là, il suit (contre Leibnitz) que la sensation animale est purement affective et confuse par sa nature mème, tant que les impressions organiques, qui concourent à la produire, affectent des parties nerveuses irrégulièrement disposées ou agissent plusieurs à la fois sur les mêmes points de l'organe ; que ces conditions changent et que celles de l'intuition aient lieu, la sensation n'existe plus, ou elle peut encore, à certain degré, se joindre à l'intuition, mais sans se transformer en elle ?.
Il suit encore que si, au moyen de quelque organe différent de ceux par lesquels l'homme se représente les autres existences, il pouvait avoir une perception distincte des éléments
sentiment de l'effort musculaire. Les réactions musculaires, dont il est ici question, peuvent être déterminées par l'instinct, comme il arrive chez l'animal, non par la volonté ; dans ce cas, elles ne sont pas accompagnées de conscience.
1. Que celte cause soit une force hyperorganique; c'est-à-dire l'action de la volonté, que ce soit une cause naturelle, comme l'instinct ou l'habitude.
2, « La sensation n'existe plus ou peut encore se joindre, dans certains degrés, à l'intuition sans se transformer », Cousin, p. 68.
de l'étendue, soit de notre propre corps, soit des corps étrangers, toute l'étendue disparaitrait aux sens, et par cela même que les êtres simples tomberaient sous le sens direct de l'être intelligent et actif, les corps tels que nous les percevons, la substance elle-même, entendue sous raison de matière, cesseraient d’être perçus ou entendus par l'esprit t.
c. Rôle du sens de l'effort dans la perception de l'étendue organique.
Reprenons maintenant.
Cette espèce de sentiment vague et obscur, lié à tout mode de vie animale ou organique, ne diffère point, pour l’homme animal, de celui de Fexistence ou de la présence de l'étendue de son corps ; c'est le fond auquel toules les impressions se rattachent, et elles ne sont véritablement senties dans le tout de l'animal, qu'en tant qu'elles affectent une partie de l'étendue organique du corps vivant et modifient ou changent son état, c'est-à-dire le ton actuel de sa vie ou de sa sensibilité propre. Olez celle étendue sentante el l'imagination ne trouvera plus où rattacher ces purs phénomènes sensilifs?.
Mais comment cette étendue sentante peut-elle être sentie par le moi ou la personne qui l'aperçoit par intuition en s’apercevant elle-même ? Cette question qui peut trouver sa réponse uniquement dans l'expérience intérieure ou le fait même de conscience n'est que la traduction du problème de la métaphysique : quel est le lien des deux substances spirituelle et maté-
1. Ici se termine la réponse à la première question posée : « Quelles sont les conditions organiques des intuitions étendues ? », et par suite à cette question plus générale : « Si l’étendue existe objectivement telle que nous nous la représentons, ou si elle est un phénomène relatif à la constitution de certains sens comme le toucher et la vue ? » Maine de Biran accepte cette seconde solution, avec loutes ses conséquences ; notamment que nous n’aurions aucune représentation de l'étendue si nous percevions au moyen d'organes différents (par exemple, si l'organe du toucher se terminait par un ongle extrèmement pointu) les êtres simples qui sont les éléments des choses telles qu'elles nous apparaissent. Mais l'intuilion n'est pas la perception. Maine de Biran va maintenant se demander comment le moi se distingue de l'étendue organique, ou plutôt comment elle va devenir pour ui un objet distinct, où se localisent nos diverses sensations.
2. « Pur phénomène sensitif », Cousin, p. 69. 3. Nous avons ajouté « uniquement ».
rielle ? Si ce problème ontologique était! susceptible d'être résolu, il faudrait en chercher les données dans les faits primitifs du sens intime et dans leurs conditions comparées. C'est à quoi nous procédons,
Nous avons considéré précédemment que la force motrice de Pâme est déployée à la fois, pendant l'état de veille?, sur tous les organes externes placés sous sa dépendance, sur les muscles contractés dans l’immobilité du corps. Fœil tenu ouvert dans d’épaisses ténèbres, l'ouie tendue dans le silence de la nature, les mouvements d'inspiration répétés sans aucune cause odorante. Par le fait seul de cet exercice, c'est-à-dire le sens de l'effort étant” isolé de toute cause d'impression et n'ayant d'autre principe que la force vraiment hyperorganique qui opère par le vouloir, le moi, avons-nous dit, serait pleinement constitué.
Le moi, sans doute; mais l'homme, sujet mixte à ses propres yeux, ne serait pas tel pour lui-même sans l'union des * deux vies qui constituent son humanité; car l'homme n’agit qu'en sentant et l’action même de la volonté est nécessairement accompagnée, précédée et * suivie de quelque passion.
Les organés du mouvement volontaire ont leur mode de vie. Leurs parties élémentaires sont disposées ou coordonnées de la manière la plus propre à donner aux impressions immédiates qui y ont leur siège le caraclère d’intuitions distinctes, directement transmises au centre commun. Elles donnent le premier éveil à la force motrice de l'âme et précèdent et amenent les premiers efforts5.
Dans l'exercice complet du sens de l'effort, le moi, qui commence le mouvement, aperçoit l'effort qu'il fait, et celte aper-
4. « Est susceptible », Cousin. Nous retrouvons encore ici la trace et la preuve de la préoccupation de Maine de Biran dans cet écrit d’opposer le point de vue psychologique au point de vue ontologique.
2. Nous avons ajouté « pendant l'état de veille ». (Voir plus haut, I, p. 34 et 35.)