OBSERVATION N° III
Aphonie psychique Marie Louise Giraud, maîtresse sage-femme à l’Hôtel- Dieu d'Angers, âgée de 44 ans, en ISIS, avait été réglée à quinze ans et demie. Jusqu’à 48 ans, écoulement avait été régulier, lorsqu'elle éprouva une forte perte qu’elle attribua à des chagrins violents qu’elle eut alors. A ce moment, se déclara une aphonie complète qui dura plusieurs jours, s'arrêta, reparut, tantôt plusieurs fois par
mois, tantôt à un mois, deux mois, cinq mois de distance, sans la moindre régularité, on le voit. La durée de cette aphonie variait comme les retours de son apparition, et se prolongeait chaque fois cinq ou six jours. Il n’y avait pas de troubles généraux précurseurs de l’aphonie, elle s’annonçait seulement par une irritation légère de la gorge, qui augmentait graduellement d'intensité jusqu’à ce que l’extinction de voix commençât. Elle diminuait alors, et disparaissait quant l’aphonie était complète. Marie Girard avait des règles abondantes, mais leur cessation définitive, arrivée avec l’àge voulu, n’apporta pas de notables changements.
Dès les premiers temps, on chercha à combattre cet accident par les antispasmodiques, sous toutes les formes, les révulsifs, les purgatifs, tout fut essayé sans succès ; l’aphonie persistait au même degré et se dissipait d’elle-même, au bout d’un temps plus ou moins long. Enfin, on eut recours à la saignée, et chaque saignée ramenait la parole ; toutefois ce m'était pas la vue du sang qui était efficace, mais la saignée elle-même. Chaque fois qu’il s'était écoulé une demi-once de sang, la voix commençait à reparaître, et peu après la suspension de l’écoulement de sang, l’aphonie n’existait plus. Ce succès inattendu fit employer chaque fois le même moyen, et constamment on obtint le même résultat.
(Thèse de Lafitte, page 38).
OBSERVATION N° IV Aphonie psychique. Type intermittent
, ya 17 ans, c’est-à-dire en 1812 (car Rennes publie cette observation en 1829) Me M... éprouva sans cause connue, une extinction de vorx subite à midi précis, sans fièvre, sans douleur locale.
Elle cessa dans la nuit pour se reproduire le jour sui- .vant à la même heure. Après trois semaines l’extinction de voix disparut brusquement la nuit, comme elle avait
commencé. Elle se montra à deux ou trois reprises dans le cours de la même année et dura de quinze à vingt jours. De même, dans les deux ou trois années qui suivirent. l’extinction de voix reparaissait tous les trois ou quatre mois, durait chaque fois un peu plus de temps et se terminait toujours de la même manière. Ce n’est qu’en 1819 que l’aphonie intermittente se régularise ainsi que je vais l'indiquer :
Tous les ans, dans le mois de février, tantôt au commencement, tantôt à la fin, le retour de la maladie est annoncé par des frissons vagues, des baillements, des pandiculations. À midi très précis, sans que Me M... ressente aucune douleur à la gorge, sans que le pouls éprouve aucüne altération, le timbre de la voix change brusquement, la phrase commencée ne peut être achevée que très bas, et si la malade veut continuer la conversation, elle ne réussit à se faire entendre qu’autant qu’elle s'efforce de grossir sa voix. Pour peu qu’elle prolonge ses efforts, elle se fatigue, elle souffle et laphonie devient presque complète. Elle ne sent aucune gêne au larynx, obstacle semble venir de la région épigastrique, vers laquelle la malade éprouve pendant accès un sentiment de constriction ou de malaise plus ou moins prononcé. Ge n’est que plus tard, et par la prolongation du mal que l’état de Me M... devient pénible.
Dans les circonstances ordinaires, ni la chaleur, ni Paccélération du pouls, ni la céphalagie, ni la soif, ni l’anorexie, ne semblent indiquer un état fébrile, et souvent, si midi sonne pendant le repas, Mr M... n’est avertie du changement qui vient de s’opérer en elle que lorsqu'elle commerce à parler. L’extinction de voix se continue au même degré pendant toute la soirée, la malade se sent plus faible, l'anxiété épigastrique se prolonge, augmente quelquefois, mais ne s'élève que rarement jusqu’à la douleur. La nuit vient, M M... se couche, et quand le lendemain elle se réveille, quand ce serait
même sitôt après minuit, l’aphonie a disparu, mais sitôt que midi sonne, elle reparaît.
(Thèse de Laflite, page 364
OBSERVATION Ne V Aphonie chez une hystérique
Pauline Feusse, âgée de 72 ans, est entrée à l'hôpital de la Charité, le 13 juin 1872, salle Sainte-Bazile ; elle est complètement aphone, le moindre son articulé ne peut S’échapper de son larynx, elle à cependant l’air de mettre toutes les forces en activité en voulant se faire entendre. Sa constitution est chétive, elle est maigre et pâle.
Elle nous raconte qu’à l’âge de 21 ans, comme elle donnait à boire à sa mère gravement malade, celle-ci mourut dans ses bras. L’émotion qu’elle en ressentit fut si violente, qu'immédiatement elle tomba à la renverse en proie à des convulsions nerveuses.
Elle ne se rappelle pas combien de temps dura cet état, étant seule avec sa mère qui venait de lui échapper, mais ce qu’elle affirme, c’est qu'au moment où elle se releva, elle ne pouvait plus dire un seul mot, et ses règles, qui étaient en plein cours, cessèrent immédiatement de couler.
Elle ne les avait vues pour la première fois qu’à l’âge de 19 ans, mais quoique tardives, elles s'étaient montrées toujours régulières en quantité et en qualité jusqu’a làge de 21 ans.
Elle resta ainsi sans règles et sans voix pendant quatre mois. Alors elle consulta un médecin qui lui pratiqua une petite saignée: sa voix, comme par un effet magique dont elle ne pouvait revenir, reparut aussitôt à peu près comme elle était auparavant et elle put la garder ainsi pendant dix-huit mois. Quant aux règles, elle ne les revoyait plus ; seulement, aux époques où elle devait les avoir, un petit écoulement blanc, quelquefois rose, ettrès faible d’ailleurs, se montrait.
Riraux. 5
Or —
Son tempérament devenait alors véritablement hystérique et son caractère irritable.
La moindre contrariété lui donnait des spasmes nerveux, les variations atmosphériques suffisaient même, car elle avoue qu'avec les temps orageux et sans cause occasionnelle, elle avait de fortes attaques. Sa voix se troubla de nouveau : elle ne pouvait.parler qu'avec peine et sentait, comme elle le dit toujours sa gorge embarrassée jusqu’à l’âge. de 48 ans, qui fut pour elle celui de la ménopause. Alors se suspendit définitivement cet écoulement blanc rosé dont j'ai parlé, et avec lui se suspendit sa voix qui disparut complètement. Depuis ce temps, en
effet, elle a une aphonie des plus absolues ; quand elle
veut parler, c’est plutôt aux mouvements silencieux de ses lèvres qu’au faible murmure qui s'échappe de son larynx qu’on devine qu’elle veut parler et ce qu’elle veut dire.
Depuis un an ou deux, elle vient de temps en temps à l'hôpital de la Charité consulter M. Bourdon, qui lui fait pratiquer séance tenante par ses externes, de petites saignées externes, de petites saignées très légères, et aussitôt sa parole revient pour ne céder la place à l’aphonie qu’au bout de deux deux ou trois semaines. Elle revient alors à ses loisirs revoir M. Bourdon qui emploie toujours à son égard le même traitement ; mais, chose curieuse, pour qu’il soit suivi des mêmes résultats heureux et surprenants que je viens de citer, il faut que cette femme voit bien son sang couler. Cela est indispensable, et sans cette condition l’aphonie persiste. Pour s’en assurer M. Bourdon cherchait à la surprendre en la saignant sans qu’elle pût voir son sang qu’on lui cachait avec un linge pendant qu’il s’'échappait, ou bien encore en la piquant simplement avec une épingle en lui faisant croire qu'on la saignait, mais jamais la voix, dans ces sortes d'expériences, ne reparaissait. Si, au contraire, elle voyait lejet s’élancer de son bras, sa voix repartaitcomme
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de plus belle. C'était donc la vue du sang qui agissait dans ce cas et non la saignée elle-même ; pourquoi ? C’est ce qu’il serait bien intéressant d'expliquer.
En dehors de ces accidents, cette femme présente une vertèbre dorsale qu’on ne peut lui toucher sans qu’elle accuse une vive douleur et qu’elle exécute un ou plusieurs mouvements désordonnés. Elle à encore de la névralgie intercostale et à chaque instant des embarras gastriques, elle en a même en ce moment.
Au deuxième temps et à la base, le cœur présente un bruit de souffle très considérable, mais qu’il est suivi d'aucun des symptômes qui accompagne les affections cardiaques ; du reste, comme 1il s’étend aussi dans les carotides et que cette femme est très anémique, on peut très bien Pattribuer à l’anémie.
(Extraite de la thèse de Lafitte 1872, page 32)
OBSERVATION N° VI Aphonie chez une hystérique
(Progrès Médical 25 février 1876)
Le sujet de notre observation est une jeune fille, âgée de 18 ans, grande, forte, dont la santé est habituellement excellente et qui n’a jamais ressenti d’autres troubles que ceux pour lesquels elle est venue nous consulter. Elle est hystérique ; elle y était prédisposée par ses antécécents de famille. Sa mère a de grandes attaques, qui surviennent tous les mois ou tous les deux mois s’accompagnant de cris, de pleurs et parfois de perte de connaissance. Une sœur, âgée de 13 ans, a des attaques fréquentes qui rappellent tout à fait celles de la mère et, depuis deux mois, elle est prise d’un tremblement que plusieurs médecins ont qualifié de chorée hystérique. Le père luimême est très nerveux, impressionnable et d’un caractère emporté.
Jusqu'à ces dernières anhées, l’hystérie ne s’était manifestée chez notre malade que par des attaques incomplè-
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