MOTS
tes. Elle était prise sans motifs d'accès de rires, de pleurs, de grincements de dents, mais jamais elle n'avait eu de grande attaque avec convulsions des membres et perte ou obnubilation de l'intelligence.
Il y a dix-huit mois, elle fut péniblement impressionnée par des discussions et des scènes violentes qui eurent lieu entre son père et sa mère ; c’est à ces chagrins domestiques qu’elle fait remonter, et probablement avec raison, l’origine de ses accidents. Vers ce moment, en effet, elle devint aphone, ne put plus parler qu'à voix basse, et dans l’espace de deux mois, l’aphonie devint du mutisme, dès lors, elle ne put même plus émettre uh son. Dans la maison qu’elle habitait, on Pappelait la Muette. Elle communique avec les personnes qui lentourent, au moyen d’une ardoise sur laquelle elle écrit ce qu’elle ne peut dire. Elle travaillait dans l'atelier de M. G.. où elle s’est toujours fait remarquer par sa bonne tenue, son travail, et où elle gagnait très suffisamment sa vie : la famille de M. G... qui s’intéressait particulièrement à elle, Pa conservée parmi les ouvrières, malgré sa maladie et à pu suivre tous les accidents. Nous avons été ainsi tenus au courant de tout ce qui s'était passé. Nous rappelons ces détails pour éloigner l’idée d’une simulation, idée qu’on ne saurait trop avoir à l'esprit lorsqu'on rapporte l’observation de malades hystériques, toujours portés à exagérer les symptômes qu’elles présentént où même à les inventer, pour peu qu’elles paraissent éveiller lintention ou la sympathie du médecin ou des personnes qui les entourent. Ajoutons encore que la malade est très vive, très intelligente et paraît profondé- : ment peinée des accidents survenus si inopinément et dont elle redoute les conséquences, craignant surtout de perdre un emploi qu’elle remplissait bien jusqu’à ce jour.
Aussi a-t-elle consulté nombre de médecins et de spécialistes ; elle est entrée plusieurs fois à l'hôpital.
Tous ceux qui l’ont examinée ont été d'accord sur le diagnostic de paralysie hystérique des muscles du larynx ; On lui à conseillé l'électricité, l'hydrothérapie, les bains de mer, divers médicaments toniques... Ces différents traitements ont tous été suivis avec une exactitude scrupuleuse, sans amener aucune amélioration dans l’état de la malade.
Le 10 novembre 1895, elle fut amenée à l’Hôtel-Dieu à la clinique de M. le Professeur Béhier, suppléé alors par Pun de nous.
Elle nous donne par écrit, avec une grandeintelligence, tous les renseignements que nous venons de rapporter, et qui concordent parfaitement avec ceux fournis par sa famille et par les chefs de l’usine dans laquelle elle est employée. Elle n’a pas de boule hystérique, pas d’hémianesthésie, pas de troubles des organes des sens. Les ovaires et particulièrement l’ovaire gauche sont douloureux à la pression. Aucun trouble viscéral. En un mot,en dehors des troubles laryngiens et de la douleur ovarienne, la malade ne parait présenter rien d’anormal.
On peut promener le doigt dans toute l’arrière-gorge, chatouiller l’épiglotte, sans provoquer de mouvements refiexes, sans que la malade en éprouve aucune gêne. L'examen laryngoscopique, bien facile en pareille circonstance, fut pratiqué par le D' Moure. Il put constater une paralysie des cordes vocales ; celles-ci font un mouvement presque imperceptible lorsque la malade cherche à émettre un son.
Nous jugeàmes inutile de revenir ou d’insister sur les moyens thérapeutiques, dont l’inutilité avait été ici surabondamment démontrée.
Nous réservâmes le pronostic, sachant qu’en pareil cas la guérison survient souvent au moment où l’on sy attend le moins, et quelquefois au sortir d’une grande attaque convulsive.
C’est même la connaissance de ce dernier fait, quinous