VALET DE CHAMBRE OU ROI
TRENTE ET UiNlÈME ABBÉ (COMMANDATAIRE ) ,
A Mademoiselle de Tyran-de-la-Gayrosse, Fille d'Honneur de la Reine.
Montrez-vous, jeune merveille !
Venez dans nos bois touffus ;
Tout confus Je suis là prêtant Toreille !...
J'entends le bruit de vos pas, Et vraiment je ne sais pas
Si je dors ou si je veille ; Je me sens près du trépas!
La fougueuse impatience
Tient mon cœur et rend mes sens
Frémissans!
La crainte et la confiance Me saisissent tour à tour ; Pauvre esclave de Tamour, Je n'ai plus d'autre science Que désirer nuit et jour.
Quoi ! me disent les poètes, Toi, le meilleur d'entre nous.
Si jaloux De vers, de chants et de fêtes.
Te voilà? Tu ne veux rien Que resserrer un lien Qui, fatal aux nobles têtes.
N'a jamais fait aucun bien !
J'entends Ronsard qui m'embrasse, Mon du Bellay, mon Baïf,
Le plus vif!
Et Marot, l'enfant d'Horace ; Ils me blâment sans pitié, J'ai perdu leur amitié...
Si j'avais du moins la trace, La trace où posa ton pié ?
Que jamais je te contemple Dans la cellule où j'attend!
Trop content, Trop heureux dans ce vieux temple Sera ton fidèle amant ; Et jusques au monument Je pourrai servir d'exemple Du bonheur et du tourment!