I/AMIHOIÎSSA
Que portent, accouplés, deux piliers vigoureux. Foule immense ; au travers passe un vieillard imberbe, Vêtu de violet, marchant d'un pas pompeux ; Derrière lui, joueurs de flûte et de cymbales; Ensuite des danseurs; après eux, des soldats. Des filles aux yeux peints, figures virginales^ Lancent des encensoirs en élevant leurs bras; Porteurs de dons sacrés, en robes triomphales, Les princes réunis, maîtres des sept États, Et, sur un palanquin doré, vingt-quatre prêtres Exposent aux regards Tldole des ancêtres, Et chacun se prosterne h terre, le front bas.
Dagon est rayonnant. Sa vitreuse prunelle
D'une ironique joie, à coup sûr, étincelle:
La tunique est d'argent tout entière, où ruisselle
Un serais de saphirs et de rubis. Son col
Montre au bout d'une chaîne un vautour en grand vol,
Et son bonnet pointu, parure solennelle.
L'ombrage sous le dais d'un royal parasol.
Dagon est sur l'autel, et la fête commence.
Le Chef des Princes.
Qu'on amène Samson ! Allez !
Profond silence.
Samson est amené, suivi de Dalila.
Voix DANS LA FOULE.
Laissez-moi voir! C'est lui! C'est elle! Les voilà!
On place les captifs au milieu de la salle.
D.\LiLA, bas à Samson.
Allonge un peu le bras et touche les piliers!
Samson, de même.
C'est bon! Encor deux mots... Ce seront les derniers : Va-t'en !
Dalila.
Ma destinée à ta vertu s'égale; Mon âme est dans la tienne et n'en sortira plus!
Sanson.
Viens donc prendre ta place au milieu des Élus !
Le Chef des princes.
Nous t'avons appelé pour danser! Allons! danse!
Samson.
Je vais vous obéir^ seigneurs! Mais la cadence,
II vous faut me l'apprendre ! Allez donc la chercher !
Il ne dit que ces mots; il pousse d'un bras raide Chacun des deux piliers, qui par le milieu cède ; Et des pierres d'en haut pleuvent sur le plancher ! La multitude, émue, éclate en cris sauvages; Mais le plafond s'écroule, et, dans d'épais nuages De poussière, et, soudain, dans des mares de sang, Dagon casse et s'abat comme un bloc impuissant.