‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 55 sur 65 · VAE · texte numérisé non relu

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xvn Après cela, je vis un autre ange

Qui descendait duviel,

Ayant grand pouvoir,

Et la terre fut éclairée de sa plendeur. ? Et il cria de forte voix, disant :

« Elle est tombée, elle esttombée, Babylone la grande,

Elle est devenue habitacle de démons,

Repaire de tout esprit impur, |

Repaire de tout oiseau impur et détesté, [nations, * Parce que du vin de la fureur de sa fornication ont bu toutes les

1-3); une autre voix crie aux fidèles de s’en retirer pour ne point partager son sort (Kvinx, 4-5). Que viennent sur elle tous les maux quelle a mérités (xvur, 6-8) ! Puis on décrit les lamenlations que profèrent, sur la ville qui brûle, les rois (xvux, 8-10), les marchands (xvur, 11-16), les navigateurs et matelots (xvx, 19-19). Cri de triomphe des saints (xvur, 20), proclamation de ruine éternelle, après qu’un ange a jeté dans la mer une grande - pierre pour symboliser cette disparition de la cité coupable (xvin, 21-24). Viendront ensuite les actions de grâce des esprits célestes et des amis de Dieu.

« Après cela, je vis un autre ange », — un ange autre que celui qui vient d'expliquer au voyant le « secret de la grande Babylone », ou plutôt autre que les anges des sept coupes ; car l'ange dont il s'agit ne vient pas parler au voyant, il est dans la vision qui complète la vision des sept coupes (xvi) et l’explication donnée par l’un des sept anges (xvix, 1). — « Qui descendait du ciel, ayant grand pouvoir », — étant l’ange qui doit annoncer la ruine de la grande Babylone et sans doute y présider, bien qu'il n’ait pas besoin d'y mettre la main. — «Et la terre fut éclairée de sa splendeur ». — Formule imitée d'Ézéchiel (xL11, 2). — « Et il cria d'une voix forte », — comme il convenait pour cnnoncer le jugement et l'exécution de la grande Prostiluée, — « disant : « Elle est tombée, tombée, Babylone la grande ». — C'est la formule, déjà citée (xvi, 8), d’Isaïe (xx1, 9). — « Et elle est devenue habitacle de démons, repaire de tout esprit impur, et tepaire de tout oiseau impur et détesté ». — Echo d'Isaïe (xx, 21-92 : XXXIV, 11, 19-15). — « Parce que toutes les nations ont bu du vin de fureur de son

Que les rois de la terre avec elle ont forniqué. Et que les marchands de la terre par la puissance de sa somptuoà [sité se sont enrichis.

‘Et; entendis du ciel un autre voix disant :

« Sortez-en, mon peuple,

Pour que vous ne participiez point à ses péchés,

Et que de ses fléaux vous ne receviez rien ;

Parce que ses péchés ont atleint le ciel,

impudicité ». — On nousa déjà-parlé de ce vin (x1v, 8 ; xvix, 2: la mention de la colère, +05 luuoÿ, qu'on ne trouve pas dans: XVII, 2, fait ici embarras comme dans x1v, 8). — « Que les rois de la terre ont forniqué avec elle » — Fornication déjà signalée (xvir, 2). — « Et que tous les marchands de la terre se sont enrichis par la puissance de sa somptuosilé. » — Ils alimentaient cette force, toujours avide d’un luxe nouveau. Idée d’Ezéchiel (xxvi1), qui sera reprise plus loin. L'ange a prononcé la sentence ; dans l’économie du récit, il annonce le thème de la destruction, que va développer une autre voix. Il va de soi que l'ange a décrit par anticipation l’état de Rome à jamais détruite ; mais la description contredit ce qu'on lira plus loin (x1x, 3) de l'incendie qui durera jusqu’à la fin du monde ; ce trait et différents rapports de perspective et de caractère ont fait supposer que le présent chapitre avait été emprunté par notre auteur à la source principale du chapitre xvir (ct. CHARLES, II, 88-95).

« Et j'entendis une autre voix » — venant — « du ciel », — non pas la voix d’un ange, mais celle de Dieu, à moins que ce ne soit dans la pensée de notre auteur, celle du Christ, — « qui disait : « Sortez-en, mon peuple ». — Ainsi parlait Dieu dans Jérémie (LI, 45, passage qui manque dans Septante ; mais la correspondance est moins exacle avec L, 8 ; LI, 6). — « Pour que vous ne participiez point à ses péchés », — que vous n’en deveniez point solidaires en demeurant avec ses habitants, — «et que vous ne receviez rien de ses fléaux », — des calamités qui,en' châtiment de ses péchés, vont amener saruine. — « Parce que ses péchés », — comme jadis ceux de Sodome et de Gomorrhe (GEN. XVIII, 20-21), — « sont parvenus jusqu'au ciel ». — Réminiscence de Jérémie (21, 9 ; il ne faut pas trop

Et que Dieu s’est souvenu. de ses iniquités.

* Payez-la comme êlle a payé, Ei faites-lui Le double de ce qu’elle a fait ; Dansla coupe où elle a versé à boire, Versez-lui double; * Autant elle a étalé de gloire et je luxe,

serrer dans notre pie le sens de éxckünoay, comme si fes “iniquités avaient dû s’amasser sous la voûte des cieux jusqu’à y toucher ; le mot grec correspond simplement à l'hébreu higgÿu ; cf. Zac. xIV, 5). — « Et que Dieu s’est souvenu de ses iniquités ». — C'est pourquoi la nouvelle Babylone va être traitée selon ses mérites (ef. xvr. 9). Dans la perspective de l'Apocalypse

l'avis de fuir n’a plus guère de sens, puisque toute la cohorte des saints est au ciel après la grande persécution, avantle fléau

des sept coupes ; mais on conçoit que l’auteur ait pu retenir ce

trait, qui, dans la source, visait probablement les Juifs de Rome

après l'an 90 ; il y avait aussi de nombreux chrétiens à Rome

au moment où notre livre fut écrit, et ce conseil de fuite est presque un trait commun de tradition apocalyptique GE Mc.

XUI, 14-18 ; Mr. xx1v, 16-20 ; La. xx, 217).

« Da comme elle a payé, et rendez-lui le double de ce qu'elle a fait ». — Propos imités de Jérémie (1, 15, 29 ; cf. Ps. cxxxvur, 8) et d'Isaïe (xL, 2). L'ordre ne s’adresse pas aux fidèles du Christ, mais, par une figure de rhétorique, aux exé-

cuteurs du jugement divin, soit les anges, soit les rois alliés de

la Bête, soit de façon indéterminée. La destruction de Rome pär

le feu vient d'être annoncée (xvnr, 16) ; mais notre passage a été

conçu indépendamment de ce qui a été dit plus haut (xvr, 19)de la destruction de Rome par un tremblement de terre. — « Dans la coupe », — ici la coupe de colère, les violences que Rome a

fait subir à lous les peuples, — « qu’elle a préparée » — littéralement : « qu’elle a mêlée », pour la faire boire aux autres, — «préparez-lui le double », — pour le lui faire boire. Il y

a peut-être lieu de noter que l'on nous a montré dans la main de la Prostituée une coupe d’impureté (xvr, 4), qui était aussi bien une coupe de colère et dedestruction.— «Autantelle a étalé de gloire et de luxe » — en sa prospérilé, — « autant donnez-

Ne .

Pautint donnez-lui tourment et affliction.

Parce qu’elle dit en son cœur ; À «Je siège en reine, , NUE Je ne suis pas veuve, :

Et deuil point ne verrai. »

* Pour cela, en un jour viendront ses fléaux, Peste, deuil, famine, Et en feu elle sera brûlée, Parce que fort est Seigneur Dieu, qui l’ a jagée, * Et ils pleureront et se PTE sur elle 2 Les rois de la terre,

- lui de tourment et d’aflliction». — Ce ton de Leo di ne 1720

se soutient pas, et la phrase s ‘achève en justification du juge ment divin ; après quoi sera décrite l'impression produite dans eV le monde par la chute de Babylone. Il n’est pas sûr pourtant que l’auteur se soit substitué à la voix céleste (soit au milieu 15

s de xvIn, 7, soit à la fin de 8), et l'ensemble du discours pourrait PR

É: - être attribué à la voix d’en haut. Lie

“4 « Parce qu’elle a dit en son cœur », — ce qu 'Isaÿe (KLVI, \ Leur

= 7, 8) fait dire à Babylone : — « Je siège en reine », — pourvue ge, de toute puissance, — « je ne suis pas veuve », — pas comme une femme sans appui de mari ni consolation d'enfants, — « je LR né connaîtrai pas le deuil », — je resterai forte éternelle { ment ; — « à cause de cela », — en punition de celte jactance, ee __— «en un jour viendront», — comme le dit encore lsaïe(xLv, > 9), — « ses fléaux,mort » — — «deuil». — Le mot (évlos } a serait peut-être à prendre au sens. de « calamité », ou mieux encore peut-être, vu le rapport avec Isaïe, « le deuil » signi- __ fierait la perte desenfants. — « Famine ; et elle sera brûlée au Pi eu », — comme il a déjà été dit (xvnr, 16), el comme on le lit 4 dans Jérémie (L, 32. — « Parce que », — comme l’a dit le même #4 Jérémie (1, 34), — « fort est le Seigneur Dieu qui l’a jugée », — #3 < et le châtiment sera ce qu'il doit être. É À Grande sera la situpeur des hommes devant une telle ruine. rie Et'ils pleureront et se lamenteront sur elle, les rois de- la #3 terre », — non pas ceux qui seront venus pour la détruire, mais ES A ceux dont ila été parlé auparavant (xvir, 2), 18 ; xvint, 3), — «qui avec elle ont forniqué et mené vie de délices » — L'empire étant

320 APOCALYPSE DE JEAN, xvVIli, 10-12

Quiavec elle ont forniquéet mené vie joyeuse, Lorsqu'ils verront la fumée de son embrasement, ” Se tenant à distance par crainte de son tourment, (Et) disant : ‘ «Malheur ! Malheur !

La ville grande, Babylone, la ville forte, En une heure est venu ton jugement ! »

“ Et les marchands de la terre pleurent et se désolent sur elle, Parce que, leur marchandise, nul ne l’achètera plus : Marchandise d’or, d'argent, pierres précieuses et perles, Linon, pourpre, soie et écarlate, Tous bois de thuya, tous objets d'ivoire, Et tous ouvrages en bois précieux, En airain, en fer eten marbre,

ravagé par les rois du dehors, il ne peut y avoir pour pleurer Rome détruite que les rois sujets ou alliés des Romains ; mais l’auteur de ce tableau a voulu exploiter l’oracle d'Ézéchiel (xxv1, 16) contre Tyr ; et de là viennent ces rois qui se lamenteront — « quand ils verront la fumée de son embrasement ». — Ils ne regarderont pas de trop près, — « se tenant à distance, par crainte de son tourment », et « disant : « Malbeur ! Malheur » — à Loi — « grande ville, Babylone, la ville forte ». — Echo d'Ezéchiel (xxvr, 19 ; cf. Is. xxv1, 1). — « En une heure », — variante de: «en un jour » (xvux, 8 ; cf. 16, 19) — « est venuton jugement ». | Après les rois, les marchands. Leur lamentation est librement tirée d'Ezéchiel (xxvu). — « Etles marchands de la terre pleurent et se désolent sur elle », — non par compassion, mais — « parce que nul désormais n’achètera leur marchandise », — à la lettre : « le chargement » de leurs vaisseaux. Suit énumération, d'après Ezéchiel (&XvIr, 12, 13, 14, 22), de ces marchandises précieuses. — « Cargaison d’or, d'argent, de pierreries et de perles », — pour les mélaux et joyaux, — « de linon, de pourpre, de soie et d’écarlate », — pour les étoffes, — «ous les bois dethuya », — employés en ébénisterie, — « tous les objets d'ivoire, tous les objets en bois précieux, en airain, en fer et en marbre », — pour les matériaux de construction et

# Cinnamome, amome, parfums, Baume et encens, Vin et huile, farine et blé, Gros bétail et moutons, Chevaux, chars, esclaves Et vies d'hommes.

” Et les fruits que désirait ton âme s'en sont allés d’avec toi,

d’ornement,les œuvres d’art ; — « cinnamome »,—la cannelle, -- « amome », — en pommade (auteurs latins cités CHarzes II, 104, à propos de äuwuoy), — « parfums, baume et encens », — pour les produits aromatiques ; — « vin, huile, farine et blé, gros bétailet moutons », — pour l'alimentation (mais xz4vn s’entend aussi des bêtes de trail), — « chevaux et chars », — pour les courses et convois ; — « esclaves et personnes » — de service ; littéralement : « des corps, et des âmes d'hommes », deux formules pour désigner les esclaves, mais qui n’en peuvent guère viser deux catégories spéciales. Ils semblerait plutôt que les mots : « chevaux, et chars, et corps », irrégulièrement construits au point de vue grammatical (xoi {rrwy at Éed@y xal swuarwy au génitif, quand les autres membres de l’énumération, dans le contexte immédiat, sont à l’accusatif), et qui font double emploi (trrwy avec xrivn, et surioul sopärwy avec duyus 2Y)00rwy), sont une surcharge ajoutée par notre auteur ou par un glossateur (cf. CHARLES, Il, 109).

La suite de la description se trouve coupée par une apostrophe qui n’est pas à sa place et qui pourrait en effet avoir été accidentellement transposée d’un autre endroit (selon plusieurs elle comblerait une lacune qui semble exister dans le paragraphe suivant, au milieu de xvin, 23, où la reprise : « parce que les marchands » etc., n'est point préparée ; cf. B. Weiss. D. Neue Testament Deutsch, IX, 531 ; l'adaptation toutefois n’est pas complète, et les deux 65:, à la fin de 23 se heurtent ; le passage viendrait mieux après xvint, 21, où le met Cars, Il, 105). — « Et les fruits » — à la lettre : «les fruits de l’automne » (6rwp) — « que désirait ton âme s’en sont allés d’avec toi », — ceci, probablement, pour les plaisirs de la bouche. — « Toutes douceurs ». — Les « choses grasses » (1x4 Aimuoa) semblent ètre les friandises plutôt que le confortable en général. — « Et toutes

A. Loisy. — Z’Apocalypse de Jean. AI

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