Mile Maillard : Monographie, p
3. De Longuemar : Les anciennes fresques du Poitou, Poitiers, 1881, p. 117.
têtes, se trouvent encore quelques traces du dessin. C’est d’abord le buste d’un homme en tunique verte; la tête a disparu, mais le bras est tendu vers les têtes du Dragon, et, si l’on en juge par le geste de la main, par le corps rejeté en arrière, l’attitude est celle de la frayeur. Derrière ce personnage, nous en voyons un autre qui fait le même geste; son buste avec un de ses bras est encore visible.
Que représentait cette scène ? Dans l'illustration de l’Apocalypse, celles où figure le Dragon sont nombreuses. Si nous écartons les histoires de la Femme attaquée par le Dragon et du combat de saint Michel contre ce dernier, il nous reste les scènes suivantes : la mort des deux témoins (xr, 7), l’adoration de la Bête de la mer (xu1, 1-10), la grande Babylone sur la Bête à sept têtes (xvu), l’enchaînement du Dragon (xx, 2). L'état actuel des fresques nous oblige à faire toutes réserves sur l’identification du sujet. Mais le geste des deux personnages devant le Dragon, la position de sa grande tête nous font penser qu'il pourrait s’agir de la « Mort des deux témoins ». S’il en était ainsi, la scène serait très intéressante au point de vue iconographique *.
La cinquième composition, à partie du côté sud, conserve les fragments de sept personnages debout. Leurs têtes sont effacées; ils sont vêtus de blanc et se tiennent tous debout dans la même attitude; c’est tout ce que nous pouvons encore distinguer. Il s’agit, sans doute, de la scène des sept anges tenant les trompettes (Apoc., vi, 6) ou les coupes (Apoc., xvi, 1), telle que nous la rencontrons généralement dans l'illustration de l’Apocalypse.
La sixième scène conserve de nombreuses traces de peintures, mais le badigeon n’est pas encore entièrement enlevé, il nous est impossible, à notre grand regret, de savoir ce qu’elles représen-
tent.
La seconde travée conserve cinq scènes sur six, l’une d'elles
ayant été complètement détruite. Ce sont, du sud au nord, juste après la scène disparue : 1° saint Michel et ses anges combattant
h. Voir page 126.
1h L'APOCALYPSE DE SAINT-SAVIN
contre le Dragon (Apoc., xn, 7) ; 2° la Délivrance des anges de l’Euphrate et le Fléau des cavaliers (Apoc., 1x, 13-21); 3° le Fléau des sauterelles (Apoc., 1x, 1-6); 4° la Femme attaquée par le Dragon (Apoc., xt, 19-xn) et 5° une scène difficile à identifier : Mlle Maillard y voit une représentation de la Jérusalem nouvelle d’après le texte de l’Apocalypse (Apoc., xx1, 2-4).
Nous allons revoir en détail chacune de ces scènes :
1° Le combat de saint Michel contre le Dragon (PI. IP.
La scène est partagée entre saint Michel et son compagnon à gauche, d’une part, et le Dragon et deux autres anges à droite, d’autre part. Saint Michel, monté sur un cheval blanc, armé d’une lance et d’un bouclier, est suivi d’un ange monté sur un cheval vert, et brandissant un long glaive blanc. Ils s’élancent vers le Dragon. Saint Michel est vêtu d’une tunique verte et d'un manteau blanc * ; son nimbe est brun foncé et ses ailes sont de deux tons de brun; son bouclier, ovale, pointu dans le bas, est jaune avec des cercles blancs; le harnachement des deux chevaux est brun. Le compagnon de saint Michel est vêtu d’une tunique brune et d’un manteau jaune; nous ne voyons qu'une de ses ailes, peinte en blanc; son nimbe est jaune, entouré d’un cercle brun.
Devant eux se dresse le monstre; son corps est jaune d’un côté et brun de l’autre, avec des reprises en brun et en blanc. Ses ailes sont en deux tons de brun.
Derrière lui, se tiennent debout deux autres anges; le premier brandit une épée au-dessus de la tête du Dragon, tandis que le second frappe avec une épée le cou de la Bête. Ils sont vêtus d’une tunique blanche et d’un manteau brun. Leurs nimbes sont jaunes et leurs ailes brunes avec des retouches de brun foncé et de blanc. s:
Le fond est composé de zones de couleurs différentes : quojqu'il soit très détérioré, on peut facilement le reconstituer : en
5. Ici, la couleur est Lombée pour la plus grande partie, en laissant voir les esquisses en bistre.
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bas, une bande brun foncé avec plusieurs rayures brunes audessus, ensuite une bande jaune plus large qui se termine par une série de lignes blanches marquant l'horizon. Au-dessus, se trouve un vaste champ vert clair, très dégradé par le temps; au milieu de ce fond vert, on voit encore la trace d’une bande bleue, étroite et longue, qui devait traverser la scène au niveau des épaules des anges. C’est une disposition très curieuse que nous retrouvons dans la scène qui lui fait pendant, celle de la Femme attaquée par le Dragon. Si nous imaginons la peinture dans son état primitif, nous pouvons penser que l’effet de couleur était particulièrement remarquable.
2° La Délivrance des anges de l’Euphrate et le Fléau des cavaliers (PI. ID).
La scène est divisée en deux par le milieu : à gauche, la scène de la Délivrance des anges de l’Euphrate; à droite, le Fléau des cavaliers.
À gauche, on voit un ange, aux cheveux et au nimbe jaunes, ce dernier entouré de deux cercles, l’un blanc, l’autre brun, aux ailes jaunes rehaussées de traits blancs. Il sonne dans une trompette qu'il tient de la main gauche. Cet instrument est jaune retouché de brun. La robe de l’ange est blanche et son manteau brun. Le dessin de ses pieds nus est bien conservé. De la main droite, il délie les quatre anges de l’Euphrate qui se tiennent debout devant lui, sur le fleuve, représenté par un fond blanc sur lequel est peinte une multitude de lignes blanches ondulées figurant l’eau. Leurs nimbes sont alternativement jaunes et bruns; de l’un d’eux, on ne voit que la moitié de la tête nimbée; les trois autres sont figurés en entier. Le premier est vêtu d’une tunique blanche et d’un manteau brun foncé: le second est en brun et en vert, le troisième en blanc et en brun. On ne distingue que quatre ailes dont deux sont brun-rouge, les deux autres jaunes. Ils tendent leurs mains enchaînées vers l’ange libérateur; la chaîne